Dans plusieurs établissements scolaires, des élèves présentent des malaises parfois attribués aux djinns. Entre pratiques religieuses, inquiétudes familiales et explications médicales, la prise en charge reste délicate.
Dans certains établissements scolaires, des élèves sont sujets à des malaises que leur entourage attribue parfois à la présence de djinns. Ces épisodes, qui peuvent se manifester par des pertes de connaissance ou d’autres troubles, inquiètent des responsables scolaires et des familles. Si certains privilégient les pratiques religieuses pour apaiser les élèves concernés, un médecin psychiatre évoque, pour sa part, différentes manifestations psychiques nécessitant une évaluation adaptée.À l’école Imani, ce phénomène aurait été observé par le passé. Toutefois, une source de l’établissement, qui a souhaité garder l’anonymat, affirme que la situation s’est apaisée depuis plusieurs années. «Depuis plusieurs années, aucun élève n’a eu ce problème de djinn», explique-t-elle.
Elle précise que certains élèves peuvent perdre connaissance en raison de la faim ou de problèmes de santé, notamment le diabète. Selon elle, lorsqu’un élève présente un malaise ou des manifestations d’ordre psychologique, les responsables de l’établissement examinent la situation et prennent les dispositions nécessaires.Du côté de l’établissement Éclairage, le proviseur se montre sceptique quant à l’hypothèse d’une intervention des djinns. «Je ne crois pas à ce genre de choses. Je pense simplement que certains élèves cherchent à perturber les cours», affirme-t-il.
Selon lui, certains élèves simuleraient des troubles somatiques pour interrompre les enseignements. Il indique que ces incidents surviennent notamment lors des devoirs de mathématiques ou de physique. Le proviseur signale que trois élèves rencontrent des difficultés de ce type. Lorsque de tels épisodes se produisent, il contacte leurs parents. « Parfois, ce sont les parents qui viennent nous dire que leurs enfants ne viennent pas en classe », rapporte-t-il.
Des situations délicates
Le proviseur de l’établissement privé Éclairage, Saïd Aboubacar, affirme avoir mis en garde les élèves contre les comportements susceptibles de perturber les cours. «Si un élève fait des choses pour perturber les cours, je lui remets son dossier et il sera expulsé de mon établissement», déclare-t-il. Pour gérer ces situations, il fait également appel aux parents afin qu’ils “prennent les dispositions nécessaires”.
Au lycée Saïd-Mohamed-Cheikh, le proviseur, Jean Moné Ahmed, évoque lui aussi ce phénomène. «L’année dernière, nous avons eu beaucoup d’élèves qui présentaient ce genre de troubles, mais cette année, nous n’avons pas encore rencontré ce problème», précise-t-il.
Il ajoute que lorsque ces situations surviennent, “des élèves et des enseignants se mobilisent pour lire le Coran”. Les responsables font également appel à la sécurité civile.
Des troubles psychiques
Le médecin psychiatre Mistoihi Hassani Msoma évoque plusieurs manifestations psychiques, notamment des troubles anxieux et psychotiques. Il distingue des troubles qui peuvent se manifester différemment selon les personnes. «Le malade peut avoir peur de quelque chose et rester conscient de ce qu’il lui arrive», explique-t-il.
Le psychiatre note que certaines manifestations peuvent s’accompagner de réactions physiques, notamment d’une perte de connaissance, et être liées à des difficultés psychologiques ou familiales. Selon lui, la prise en charge doit tenir compte de la situation de chaque patient et des facteurs susceptibles de déclencher les symptômes. «La galère [souffrance] peut provoquer un traumatisme», estime-t-il. Il recommande ainsi un accompagnement psychologique pour les personnes concernées.
Une mère, qui souhaite garder l’anonymat, témoigne des difficultés rencontrées par sa fille, qui ne parvient plus à se rendre régulièrement à l’école. «Je ne sais pas quoi faire. Chaque jour, j’appelle des maîtres coraniques pour faire des douans, mais jusqu’à maintenant, elle n’est pas guérie», confie-t-elle avec inquiétude. Elle affirme que sa fille peut parfois disparaître pendant plusieurs heures, notamment la nuit. «Je garde l’espoir», ajoute-t-elle. Pour tenter de l’apaiser, la famille récite la sourate Yassine.



