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Interview / Sitti Farouata Mhoudine : «Le développement communautaire doit être une pierre angulaire de notre marche en avant»

Interview / Sitti Farouata Mhoudine : «Le développement communautaire doit être une pierre angulaire de notre marche en avant»

Elections 2019 | -

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Al-watwan accorde des interviews aux candidats à l’élection des gouverneurs de Mwali et de Ndzuani. Aujourd’hui : Sitti Farouata Mhoudine.

 


Qu’est-ce qui vous a motivé à briguer le mandat de gouverneur de l’île de Ngazidja ?



Vous savez, je suis une militante et une femme politique depuis longtemps. J’ai envie d’apporter des choses nouvelles pour notre pays. Dès mon plus jeune âge, j’ai rejoint les mouvements citoyens et j’ai milité sans relâche en faveur des droits de la femme et des populations vulnérables. Ma volonté de devenir gouverneur s’inscrit dans ce sens. En tant que  commissaire au Genre depuis 2016, je me suis rendu compte de la potentialité de notre jeunesse et de la femme comorienne qui souhaitent s’inscrire pleinement dans la vie publique. Notre île a besoin d’un véritable élan citoyen en faveur des idéaux auxquels nous croyons : la solidarité, trop souvent laissée de côté au profit de l’individualisme,  le développement communautaire, qui doit être une pierre angulaire de notre marche en avant, la justice et la paix sociale pour consolider notre unité. Tout cela dans un seul but, l’avènement d’une société inclusive, apaisée et prospère.


Quel est votre projet politique ?



Mon projet s’inscrit dans la droite ligne du projet du Président AZALI. Je     souhaite mettre à la disposition de l’île de Ngazidja, l’expérience que j’ai pu     acquérir en tant que Commissaire au Genre et aux solidarités.
Lors de ces deux dernières années, j’ai pu dresser un état des lieux, cibler les problèmes auxquels nos citoyens sont confrontés et réfléchir à des solutions concrètes pour les résoudre et envisager des perspectives d’avenir. C’est tout le sens pratique de ma candidature poser les bases d’un développement durable.  
Nous     visons l’émergence à l’horizon 2030 et cela passera par l’accession de femmes comme moi dans les sphères de décision qu’elles soient privées ou publiques. L’égalité des chances doit être une réalité dans ce pays. Nos filles doivent grandir avec l’ambition de devenir des leaders de ce pays.


Certains jugent que les compétences des îles ont été diminuées. Quelle est votre avis ?



Je pense que la nouvelle constitution a renforcé le pouvoir de nos îles, au contraire. En effet, le texte du 30 juillet dernier fait la part belle à la décentralisation par une administration directe auprès des communautés via les communes. Cette administration sera plus efficace grâce à l’intercommunalité qui va donc renforcer le pouvoir des communes et rendre effective la continuité du territoire. Pour que le pouvoir de l’Union soit fort, il faut que les bases soient solides. Ainsi le développement local que j’appelle de mes vœux sera la locomotive du développement national. Par ailleurs, ce qu’apporte le nouveau texte c’est de la clarté dans nos institutions. Demain, il y aura un Président et une gouverneure. En aucun cas, une gouverneure ne pourra se substituer au Président. C’est pour cela qu’un ticket à 4 candidatures initiées par l’Amp (Alliance pour la mouvance Présidentielle) était novatrice: avoir une équipe qui travaille de concert pour le bien et l’équilibre de nos îles. Fini les tiraillements entre les différents exécutifs. Les missions de chacun sont connues et distinctes et avec un objectif commun : l’émergence des Comores à l’horizon 2030.


Vous êtes la première femme candidate au poste de Gouverneur de Ngazidja, comment vous-vous sentez ?



Je suis tout à fait sereine sur ce sujet. Nous avons une tradition comorienne qui a toujours mis les femmes en avant. De grandes souveraines ont régné sur les Comores. C’est d’ailleurs paradoxal, eu égard à notre tradition, notre culture et notre histoire que je sois la première. En tout cas j’espère que j’initie quelque chose de nouveau. Il est temps que les femmes investissent les sphères de décisions, nous avons les compétences, les moyens et la volonté. Il n’y a plus qu’à passer à l’action. A titre de rappel des femmes se sont portées candidates aux élections présidentielles de l’Union et des gouverneurs des îles. Certes les candidates n’ont pas été élues. Par contre actuellement Mbadjini a voté Mme Hadjira Oumouri qui siège actuellement à l’assemblée de l’Union.


Que répondez-vous à ceux qui disent qu’une femme ne peut pas être gouverneure de l’île de Ngazidja ?



C’est triste parce que ces hommes-là ont des femmes, des sœurs, des filles et     je crois qu’ils espèrent tous le meilleur pour elles. En tout cas le monde nous regarde. Ce serait une première dans notre pays si je venais à être élue dimanche prochain. Mais je crois que l’élection d’une femme à la tête de l’île serait l’aboutissement de notre tradition matriarcale. Nous vivons dans une société comorienne où tous les biens appartiennent aux femmes, où les femmes tiennent les décisions dans leur foyer et leurs familles. C’est donc tout naturel qu’elles partagent la décision publique avec les hommes, car encore une fois elles en ont les compétences et les capacités ; et elles le prouvent tous les jours dans leur quotidien. Savez-vous que les entreprises dirigées par des femmes ont un rendement supérieur à celles dirigées par des hommes ? Que les filles réussissent mieux que les garçons à l’école et sont plus diplômées ?


Vous étiez commissaire au genre, quel sera la place de la femme dans votre gouvernorat ?



Ma candidature n’est pas une candidature féminine. Je suis une femme     certes, mais avant tout une politique et une militante des droits humains. Ma     condition de femme fait juste que je vis au quotidien les inégalités hommes-femmes dans les sphères de décision malgré tous les droits que les femmes comoriennes disposent, que beaucoup de femmes, y compris en occident nous envient. Effectivement, la femme comorienne a déjà une place particulière et de choix dans notre pays. Ce que je souhaite, c’est qu’elles s’investissent d’avantage dans les partis politiques, qu’elles créent des entreprises. Mon objectif n’est pas de remplacer les hommes par des femmes,     mais que les femmes dirigent ce pays avec les hommes. C’est un travail d’équipe et nous avons besoin de tout le monde pour réussir.


Une fois élue gouverneure, quelles seront les  premières mesures de votre gouvernorat ?



Mes priorités tiennent en quelques points, mais qui nécessitent un travail de concert avec le gouvernement: Réduire la fracture communale et favoriser l’intercommunalité car les communes seront les  premières interlocutrices du gouvernorat. Il s’agira de rapprocher les communes du gouvernorat de manière effective, afin qu’elles puissent jouer pleinement leur rôle d’une administration de proximité en matière de gestion du quotidien et de vivre ensemble. Restructurer et valoriser l’éducation de base car l’éducation est le premier rempart contre la délinquance juvénile et l’extrémisme.
L’objectif sera de faire de l’école un lieu  qui enseigne et qui protège grâce à l’introduction des programmes de cours d’instruction civique, un suivi médical (vaccin et soins infirmiers..) et une disposition réaliste de la carte scolaire qui prend en compte les réalités de l’environnement immédiat.
Lutter contre la pauvreté en milieu rural et réduire l’exode rural qui appauvrit nos régions en leur privant de leur potentiel humain en l’occurrence, les jeunes. Pour cela, la mutualisation des financements de projets de développement local sera essentielle pour créer les conditions d’un développement local durable. Développer la formation professionnelle et artisanale pour donner plus d’atouts aux jeunes et assurer ceux sans formation, ni qualification un véritable métier.

Propos recueillis par
Chamsoudine Saïd Mhadji

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