Réuni à Moroni pour le 40e Conseil des ministres de la Commission de l’océan Indien, le ministre comorien des Affaires étrangères, Mbae Mohamed, a rejeté la volonté française d’intégrer Mayotte à l’organisation et appelé Paris à respecter le droit international.
Les Comores ont accueilli, hier au Palais du peuple de Hamramba à Moroni, le 40e Conseil des ministres de la Commission de l’océan Indien. La réunion était présidée par Mbae Mohamed, le ministre comorien des Affaires étrangères. Les cinq États membres ainsi que le secrétaire général de l’organisation ont pris part aux travaux.
La cérémonie d’ouverture a été honorée par la présence du président de l’Assemblée nationale, du président de la Cour suprême, du secrétaire général du gouvernement, de plusieurs membres du gouvernement, de députés, du corps diplomatique accrédité aux Comores ainsi que de nombreux hauts cadres de l’administration publique.
Au total, six allocutions ont été prononcées lors de l’ouverture des travaux : celles du secrétaire général de la Coi, Dr Ibrahim Norbert Richard, de l’ambassadeur représentant le ministre des Affaires étrangères des Seychelles, Nicolas Prea, de la ministre déléguée française auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Éléonore Caroit, du ministre délégué aux Affaires étrangères de Maurice, Hambyrajen Narsinghen, de la ministre des Affaires étrangères de Madagascar, Alice N’Diaye, et enfin celle de Mbae Mohamed, en sa qualité de président en exercice de la Coi.
Dans son intervention, le chef de la diplomatie comorienne a répondu à la déclaration d’Éléonore Caroit, qui a exprimé la volonté de la France de voir Mayotte intégrer la Coi. Selon la représentante française, «l’intégration de Mayotte à la Coi sera l’une des priorités de la présidence française».
Une déclaration qui a suscité de vives réactions et poussé le ministre comorien à réaffirmer la position de son pays sur la souveraineté de l’archipel. «Ce 40e Conseil des ministres de la Coi revêt une importance toute particulière.
Il constitue non seulement un temps institutionnel et diplomatique majeur pour notre région, mais marque également les quarante ans d’adhésion de l’Union des Comores à la Coi, dans ses frontières dûment reconnues par le droit international, comprenant Ngazidja, Ndzuani, Mwali et l’île comorienne de Mayotte», a déclaré Mbae Mohamed.
Le ministre a insisté sur le fait que Mayotte, faisant partie intégrante de l’archipel des Comores selon Moroni, ne saurait adhérer à une organisation dont les Comores sont déjà membres. «Il ne saurait être question d’intégrer Mayotte à la Coi. Mayotte est comorienne conformément aux résolutions des Nations unies qui ont consacré l’indépendance de notre archipel dans son intégrité territoriale composée de quatre îles», a-t-il affirmé.
Poursuivant son argumentation, il a estimé que «la présence française sur l’île comorienne de Mayotte, cinquante ans après l’indépendance des Comores, constitue une violation flagrante du droit international». Il a ainsi appelé la France à «respecter la souveraineté des États et le droit international».
«L’heure n’est pas aux provocations outrancières»
Présidant le dernier Conseil des ministres en tant que président en exercice de la Coi, Mbae Mohamed a également appelé les États membres à renforcer davantage leur unité et leur coopération. «Dans un monde où les divisions et les divergences de vues sont de plus en plus récurrentes, notre organisation, fondée sur la solidarité et la coopération de proximité, n’a aucun intérêt à alimenter des foyers de tensions ou des crises diplomatiques», a-t-il déclaré.
Selon lui, le contexte international impose davantage de convergence sur les enjeux essentiels au développement des pays de la région. «L’heure n’est pas aux provocations outrancières, aux invectives et à la surenchère. Notre zone, réputée pour être un espace de paix, doit être préservée des velléités nourries par des ambitions politiques au mépris du droit international», a-t-il ajouté.
«Notre cap est clair»
Á la tête de la Coi, depuis deux mois, le secrétaire général Dr Ibrahim Norbert Richard a salué les efforts déployés par les Comores pour l’organisation de cette réunion ministérielle, la première depuis son accession à la direction de l’organisation régionale. Il a réaffirmé sa volonté de poursuivre l’œuvre de ses prédécesseurs et de renforcer le rôle de la Coi dans la région.
Présentant les principaux dossiers soumis à l’examen des ministres, il a évoqué «la sécurité maritime, la surveillance des pêches, la santé, la réduction des risques de catastrophes, la connectivité régionale, l’économie bleue et circulaire, les industries culturelles, la sécurité alimentaire, la gouvernance ainsi que la modernisation institutionnelle». Pour conclure, Ibrahim Norbert Richard a ainsi rappelé “la vision” portée par les chefs d’État et de gouvernement de la région.
«Notre cap est clair. Il a été fixé par nos chefs d’État et de gouvernement qui appellent à la construction d’un espace de coprospérité et de coopération solidaire, au service d’une croissance inclusive et d’un développement authentiquement durable. Je conduirai cette mission dans le respect de vos orientations, dans un esprit de confiance, de pragmatisme et de solidarité qui fait la force de notre organisation».




