La République de Turquie a réuni chefs d’Etat et de gouvernement, experts, diplomates et acteurs de la vie internationale pour soulever les grandes problématiques de la planète, les conflits en tête, afin de tracer «un chemin commun » vers la stabilité dans le monde et la prospérité des Nations. La Guerre au Moyen-Orient a éclipsé tous les sujets, sur fond d’incertitudes sur l’avenir dans la région. Le président de la République, Azali Assoumani, a participé à un panel intitulé «Diplomatie contre toute attente : comment trouver un terrain d’entente».

 

La 5eme édition du Forum diplomatique d’Antalya a pris fin hier dimanche 19 avril dans la même ville après deux jours d’intenses débats sur la thématique centrale «Cartographier l’avenir, gérer les incertitudes» sous le haut patronage du président turc Recep Tayyip Erdoğan. Près d’une vingtaine de chefs d’Etat et de gouvernement, des autorités de haut rang de plus de 150 pays ainsi que des experts et de délégués d’organisations internationales avaient pris part à cette plateforme de dialogue de haut niveau.

La Guerre au Moyen-Orient et le détroit d’Ormuz

La rencontre se voulait un cadre pour échanger sur les crises qui bouleversent les grands équilibres régionaux et mondiaux, les guerres qui affectent les populations, les tensions qui fragilisent l’ordre international et les actions qui ralentissent l’économie mondiale. « Face aux tensions géopolitiques, à l’évolution des rapports de force, à la montée des barrières commerciales et à la pression croissante sur le multilatéralisme, le contexte international actuel est marqué par une imprévisibilité grandissante», ont indiqué les organisateurs du forum.La République de Turquie a jugé « l’importance d’anticiper et de traiter les enjeux émergents afin de bâtir un avenir meilleur », soulignant que la thématique «met en lumière la nécessité d’anticiper les évolutions futures en identifiant les risques et les opportunités, en élaborant des stratégies et en concrétisant les analyses». Les autorités d’Ankara ont estimé nécessaire de jouer la carte de la solidarité et de la bonne entente, car « pour relever ces défis et œuvrer à un système international plus inclusif, juste et efficace, il est impératif de consolider la coopération, le dialogue et la solidarité internationaux». 


Le forum a ainsi abordé tous les sujets qui concentrent des tensions à travers le monde : guerre au Moyen-Orient, détroit d’Ormuz, occupation des territoires palestiniens, guerre au Liban, crise politique au Yémen, conflit à l’Est de la Rdc et au Soudan, tensions dans les Balkans, guerres commerciales. «Quelles que soient les profondeurs des désaccords, nous ne devons pas laisser les armes remplacer les mots», a souligné Recep Tayyip Erdoğan, dans son discours d’ouverture du forum, faisant principalement allusion à la guerre au Moyen-Orient et à la trêve conclue par les protagonistes. «Je crois que la fenêtre d’opportunité ouverte par le cessez-le-feu doit être exploitée au mieux pour instaurer une paix durable», a-t-il ajouté, cités par des medias turcs.

Atténuer les tensions par le dialogue et le compromis

Pour la Turquie, les tensions persistantes dans le monde sont le résultat d’une crise de confiance qui risque d’en produire d’autres dans la durée si les Etats ne privilégient pas le dialogue et la concertation. En marge du forum diplomatique, des tables rondes et des panels de discussions ont rythmé le week-end avec des rencontres de pays en guerre ou en tensions larvées comme. On notera notamment le cas entre la Slovénie et la Macédoine du nord, le conflit qui ravage l’Est de la République démocratique du Congo (Rdc) ou encore l’innommable crise humanitaire qui sévit au Soudan.

Le président de la République a pris la parole au cours d’un panel intitulé  «diplomatie contre toute attente» pour faire part de son expérience en gestion de crises notamment lorsqu’il était à la tête de la présidence de l’Union africaine et surtout défendre le choix de dialoguer directement avec la France au sujet du contentieux territorial autour de l’île comorienne de Mayotte. «Face aux tensions au Moyen-Orient, le président a insisté sur une conviction forte : le dialogue et l’unité doivent toujours primer, car dans toute guerre, il n’y a pas vainqueur durable ni paix véritable car les civils sont toujours les premières victimes», a-t-il souligné, cité par la page officielle de la présidence. 


Devant l’assistance, Azali Assoumani a défendu le multilatéralisme et le nécessaire usage des mécanismes et instruments juridiques internationaux pour apaiser les tensions, garantir les grands équilibres, promouvoir la justice et atténuer les tensions par le dialogue et le compromis. D’autres dirigeants comme Antoine Felix Tshisekedi dont le pays assurera la présidence du Conseil de sécurité de l’Onu à partir du mois de juillet prochain pointent du doigt «les limites du système international», jugeant nécessaire de «réinventer un nouveau modèle de paix et de sécurité» dans le monde.
Le forum a été particulièrement marqué par les efforts de médiation annoncés pour mettre un terme au conflit au Moyen-Orient et ses ramifications dans la région. Le ministre turc des Affaires étrangères de la Turquie, Hakan Fidan, s’est félicité hier des échanges du forum et des conclusions arrêtées par les participants, revenant, lui aussi, sur le cessez-le-feu de 15 jours et les nouvelles discussions prévues au Pakistan cette semaine visant à parvenir à «un accord définitif» entre les pays en conflit. «Le monde doit en finir avec les conflits pour laisser place à la paix, à l’harmonie et à un ordre international équitable qui garantit la prospérité de tous», a-t-il souligné, cité par les medias turcs et internationaux.

Les forums et leur impact

Les forums internationaux organisés chaque année partout dans le monde permettent aux acteurs internationaux de mieux cerner les enjeux et de proposer des mécanismes nouveaux de règlement des conflits. Il y a, chaque année, en moyenne, plus de 150 forums régionaux et multilatéraux, organisés à l’initiative des Etats ou d’organisations internationales ou régionales avec des thématiques ayant trait à la paix et à la promotion des échanges économiques, militaire, scientifiques ou culturels. Celui d’Antalya a mobilisé 150 pays, 20 chefs d’État et de gouvernement, près de 15 vice-dirigeants et plus de 50 ministres, dont plus de 40 chefs de la diplomatie. Des représentants de 75 organisations internationales, 460 intervenants de haut niveau et près de 5 000 participants, incluant universitaires et étudiants, sont attendus pour cette édition. 


Si les conclusions des forums n’ont pas une valeur contraignante, les recommandations issues des tables rondes servent toutefois à bâtir des consensus internationaux autour de sujets complexes, permettant aux différentes organisations, l’Onu en tête, de mieux s’en inspirer, comprendre les nouveaux enjeux pour enrichir leurs stratégies d’action et leurs directives propres afin de mieux structurer les grandes orientations des politiques internationales.