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Ahmed Hassane El-Barwane I «...Construire l’opposition pour pouvoir changer les choses»

Ahmed Hassane El-Barwane I «...Construire l’opposition pour pouvoir changer les choses»

Politique | -   Mariata Moussa

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Le chef de la délégation de l’opposition relève le manque de confiance pour un dialogue franc. De son avis, l’opposition est prudente. «Nous avons suivi le parcours qu’a pris Azali avec l’intention d’améliorer les conditions de vie et institutionnelles du pays, mais il n’est pas au rendez-vous. Au contraire, il a ouvert d’autres voies qui ne sont pas conformes ni acceptées par la population».

 

L’opposition a annoncé le refus de participer au dialogue demandé par le président et son gouvernement. Pouvez-vous nous résumer les raisons de ce refus ?

Ces raisons sont connues et sautent aux yeux de tous. Nous sommes prudents car un homme averti en vaut deux. Nous avons suivi le parcours qu’a pris Azali avec l’intention d’améliorer les conditions de vie et institutionnelles du pays et il n’est pas au rendez-vous. Au contraire, il a ouvert d’autres voies qui ne sont pas conformes ni acceptées par la population.

Il a instauré un pouvoir solitaire et une constitution créée et poussée à l’excès. Une constitution, taillée à sa mesure, qui lui a permis d’être ce qu’il est. Un pouvoir personnel, une organisation politique qui admet toutes les supputations que l’on peut supposer.En réalité, le pays n’a pas avancé d’un iota. C’est la raison pour laquelle, nous n’avons pas confiance et nous nous sommes convenus que nous devrons construire l’opposition pour pouvoir changer les choses et admettre qu’il y a autre chose à faire pour arriver à bon port.

Avez-vous une revendication ou recommandation qui, une fois acceptée, pourrait vous faire changer d’avis et vous ramenez à la table des discussions ?

Nous avons proposé de rallier tout le monde autour d’une table avec l’idée de faire un consensus et ne pas changer de cap, à chaque fois que nous nous mettons d’accord sur un point, comme cela fut le cas à plusieurs reprises.En réalité, ce qui s’est passé a terni l’idée. Rappelons qu’en 2016, nous lui avons apporté notre soutien. Tous les opposants au régime de l’époque l’ont soutenu dans le but de faire avancer le pays.

N’oublions pas que c’est un ancien chef de l’armée qui a quitté le pouvoir en 2006 et pu revenir en 2016, il est supposé avoir appris de ses erreurs et saisir cette opportunité pour améliorer la vie des Comoriens, mais une fois arrivé au pouvoir, il a renoué avec ses vieux démons. Au lieu de s’appuyer des Assises nationales pour rassembler tous les Comoriens et faire avancer le pays, il s’en est servi pour ses propres intérêts. Il a précipité les événements.

Il a eu un mandat de cinq ans durant laquel il a bafoué les institutions en commençant par supprimer la cour constitutionnelle. A partir de là, il a mis en place une constitution qui n’a pas été votée. Les élections présidentielles à l’image du référendum ont suivi et créé les conditions lui permettant d’assoir un pouvoir personnel et a mis tout le monde en touche, les vice-présidents, les gouverneurs.La réalité, à l’issue de ces changements, saute aux yeux. Un pouvoir très personnalisé, très familial. Il en ressort que le pays est fatigué, la population est aux abois. Il a créé toutes les conditions lui permettant d’aller jusqu’en 2024, mais curieusement, il prépare 2029. Nous avons l’habitude, car à mi-mandat, il crée les conditions de surpasser son mandat.

Ce dialogue est une démarche du président, qui est bien accueillie par la communauté internationale. Ne pensez-vous pas que ce refus peut vous mettre à dos de cette même communauté ?

Cette chanson, nous l’avons déjà entendue. Il ne va pas se servir de nous une fois de plus. Il va utiliser tous les ingrédients pour atteindre les objectifs qu’il s’est assignés et en réalité, il n’y aura pas une autre solution. Il va faire ce qu’il envisage de faire, mais nous sommes là pour nous opposer à son plan. Maintenant est la troisième fois. En 2001, il a mis tout le monde sur la touche pour être tout seul. En 2006, ça n’a pas été possible car il y avait une forte mobilisation de la communauté internationale.
En 2016, il a berné tout le monde pour obtenir son élection et à mi-mandat, il a changé la constitution pour rester au pouvoir. Il s’est débarrassé de tous ses partenaires pour être le seul a décidé du sort du pays. Cette fois-ci, nous sommes fermes.

C’est connu partout dans le monde que le dialogue est le seul moyen utilisé pour aboutir à un consensus. Est-ce qu’en adoptant ce refus, cela ne réduit pas vos capacités d’agir en matière de rapport de forces ?

Un dialogue apporte des résultats dans la mesure où, la personne qui l’initie a un discours ou un comportement franc. Elle ne fait pas le dialogue pour montrer qu’elle est ouverte et qu’au fond, elle n’a pas une once de sincérité. C’est difficile de s’inspirer des exemples d’ailleurs où le dialogue a donné des fruits sans pour autant se poser la question de la sincérité de la personne qui appelle au dialogue.

Surtout avec cet homme qui refuse d’être correct et cohérent et en même temps de tenir ses engagement vis-à-vis de ceux qui l’entourent ou ceux qui lui sont proches.Ne cherchons pas loin. Quelle a été l’objectif des Assises et quels sont les résultats. Les Assises avaient pour but d’améliorer les conditions de vie des Comoriens et réfléchir sur les bases du développement du pays, mais pas pour formaliser une personne.

A vous entendre, ce refus est lié à un manque de confiance à l’égard de la personne. Pourquoi ne lui accordez-vous pas le bénéfice du doute ?

Il y a un manque de confiance certes, mais surtout, il n’a jamais essayé de respecter ce qu’on s’est convenu. Il n’a jamais manifesté la volonté de respecter quoique ce soit. En 1999, il a dit qu’il vient régler la question de la crise sécessionniste, le séparatisme s’est installé davantage ; en 2006, il est sorti par les élections ; en 2016, il est revenu au pouvoir en faisant croire à tout le monde qu’il a un programme qui converge avec les attentes des Comoriens, mais au contraire. Il exerce un pouvoir par la force, avec les emprisonnements arbitraires et tout ce qui va avec.

Vous ne croyez pas à cette politique de la main tendue ?

Quelle main tendue ? Au regard de son courrier qui invite au dialogue, il a dit qu’il a fini tous ses chantiers. Venez m’aider pour mettre en place la commission nationale, la Ceni. On n’a pas besoin d’un dialogue pour mettre en place tout cela et les Comoriens n’ont pas besoin de cela pour être heureux. La loi sur les partis politiques, là il veut pousser le débat pour supprimer tous les partis. Il veut même choisir le chef de l’opposition, après avoir choisi les députés et les juges. C’est grave et en réalité, la situation est délicate, il ne cache pas son jeu.

Au regard de tout cela que pensez-vous pour l’avenir ?

Si nous parvenions à mettre Azali hors d’état de nuire, nous arriverons à nous mettre d’accord sur nos orientations. Nous sommes pour le retour de l’ordre constitutionnel, les accords de 2001, avec la tournante et la bonne gouvernance. Mais pour aboutir à tout cela, nous devrons nous mettre d’accord sur un préalable qui est le retour vers une situation légale, institutionnellement établie, exemplaire, qui a donné des résultats. Bien sûr, cela demandera la mise en place d’une période de transition très courte.

Au sein de l’opposition se trouve plusieurs pôles de décision. Comment organisez-vous pour parler d’une seule voix ?

Nous sommes efforcés de mener une bataille pour consolider tous les partis qui forment l’opposition. Nous l’avons démontré lors de la rencontre avec le commissaire de l’Union africaine, que nous sommes tous ensembles contre le régime actuel. Retenons qu’en politique, il y a les ambitions, mais nous continuons à œuvrer pour que nous soyons unis et le moment venu, nous serions à même de comprendre qu’il y a nécessité de mettre en place des structures qui peuvent réinstaurer les voies démocratiques, les orientations d’une réelle volonté de vouloir aller au-delà de ce que nous visons aujourd’hui.

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