Les réactions de la classe politique s’enchaînent après l’allocution du président de la République, prononcée à l’occasion de la célébration du 51e anniversaire de l’indépendance du pays. Après l’analyse publiée dans nos colonnes par Houmed M’saïdie, conseiller spécial du chef de l’État, Dini Nassur (2/3), figure de l’opposition, livre, à son tour, dans cette deuxième partie de notre série une analyse nuancée, mêlant reconnaissances de la forme et critique du fond du discours présidentiel.
«Le discours était bien construit et s’inscrivait dans la tradition des allocutions officielles des fêtes nationales : mettre en avant les réalisations du pouvoir, réaffirmer les ambitions du régime et tracer des perspectives que l’on ne peut, sur le principe, que souhaiter positives pour le pays», a, d’emblée, déclaré cet ancien ministre de l’île autonome de Ngazidja, estimant toutefois que ce genre d’exercice atteint aujourd’hui ses limites.
Pour Dini Nassur, «les Comoriens attendent désormais davantage qu’un discours d’autosatisfaction». Il affirmera que la population espère un véritable exercice de lucidité, où le pouvoir accepte également d’interroger ses propres insuffisances. «Or, aucune réponse n’a été soulignée face aux préoccupations majeures de la population», a-t-il expliqué.
Dini Nassur regrette certains flops, citant notamment l’affaiblissement de l’État de droit, les interrogations persistantes sur l’indépendance de la justice, les difficultés des entreprises publiques, la dégradation du pouvoir d’achat et le chômage. À cela s’ajoutent, selon lui, « les restrictions croissantes des libertés publiques et politiques. Pour lui, une nation progresse lorsqu’elle sait reconnaître ses réussites, mais aussi regarder ses échecs avec courage afin d’y apporter des solutions ».
«Je ne suis pas un opposant à l’État»
S’agissant de l’annonce d’une consultation sur la réforme du statut des partis politiques, le leader du parti Naribarikishe yi Komori se montre prudent, mais ouvert. Il reconnaît qu’une telle initiative, visant à renforcer le pluralisme démocratique, à consolider les institutions et à garantir une compétition politique équitable, constitue, selon lui, une avancée pour le pays. «Je suis un opposant au régime, et je l’assume pleinement. Mais je ne suis pas un opposant à l’État, encore moins aux Comores», a-t-il précisé, ajoutant qu’il ne souhaite jamais l’échec du pouvoir lorsqu’il agit d’agir dans l’intérêt général, car son succès est, selon lui, aussi celui des concitoyens.
Dini Nassur estime, en revanche, qu’une opposition digne de ce nom a le devoir d’exercer un regard critique sur l’action publique, d’en dénoncer les insuffisances lorsqu’elles existent, de formuler des propositions alternatives et de défendre, avec constance, les principes de l’État de droit. «C’est précisément dans cet esprit que j’aborde cette réforme», affirme-t-il, soulignant qu’elle ne prendra tout son sens que si elle garantit une véritable égalité de traitement entre toutes les formations politiques.
«Cela suppose un accès équitable aux médias publics, une administration impartiale, des règles transparentes de financement, le respect effectif des libertés de réunion, d’expression et d’organisation, ainsi que des élections organisées dans les mêmes conditions pour tous les acteurs politiques», a-t-il fait observer.Il appelle cependant à la vigilance, rappelant que certaines réformes passées ont davantage consolidé le pouvoir en place qu’elles n’ont renforcé la démocratie. «Il appartient donc au gouvernement de convaincre, non par les intentions affichées, mais par les garanties qu’il offrira et les actes qu’il posera», a-t-il soutenu.
Selon lui, les Comores n’ont pas besoin de réformes qui organisent la prééminence d’un parti. «Elles ont besoin de réformes qui restaurent la confiance, réhabilitent le pluralisme et permettent à chaque citoyen de croire que la compétition démocratique est libre, loyale et équitable», a-t-il insisté, convaincu que c’est à cette condition que cette initiative pourra être considérée comme une avancée historique pour la vie politique nationale.
Des résultats tangibles plutôt que des promesses
Sur le plan économique, cet ingénieur en développement local se montre peu convaincu par les annonces relatives aux investissements et à la création d’emplois. Il a alors souligné le décalage entre les chiffres avancés et la réalité vécue par les citoyens. Pour lui, les chiffres ont leur importance, mais ils ne prennent leur véritable sens que lorsqu’ils produisent des effets perceptibles dans la vie quotidienne des citoyens. «La crédibilité d’une politique économique ne repose pas seulement sur les annonces ou les statistiques ; elle se mesure à l’amélioration concrète des conditions de vie, à la création effective d’emplois durables et à la confiance retrouvée des acteurs économiques», a-t-il expliqué, estimant que les changements répétés de gouvernements ne sauraient, à eux seuls, constituer une politique. «Les Comoriens attendent désormais des résultats tangibles davantage que des promesses renouvelées», a-t-il martelé.
Interrogé sur les annonces fortes face à la montée de l’insécurité, l’opposant répond que beaucoup de ses concitoyens attendaient des réponses fermes sur cette question. «La multiplication des actes de violence, des féminicides, des infanticides, des agressions et le sentiment général d’insécurité constituent aujourd’hui une préoccupation majeure. Face à une telle situation, le silence ou l’absence d’annonces significatives ne peut qu’alimenter les inquiétudes», a-t-il alerté.
Pour le président du parti «Naribarikishe yi Komori », la sécurité ne devrait pas constituer un sujet secondaire. «Elle constitue l’un des fondements de l’État. Sans sécurité, sans une justice crédible et indépendante, sans confiance dans les institutions chargées de protéger les citoyens, aucun projet de développement durable ne peut véritablement prospérer», a-t-il précisé.
Dini Nassur a insisté que les Comoriens avaient besoin d’entendre une parole de fermeté, mais surtout de connaître les mesures concrètes que le gouvernement entend mettre en œuvre pour protéger les personnes et garantir la sécurité de tous. «Une nation ne peut bâtir son avenir si ses citoyens vivent dans la peur ou dans le sentiment que la violence progresse plus vite que la capacité de l’État à y répondre», a-t-il conclu.




