Al-Watwan ouvre ses colonnes à des personnalités politiques, issues aussi bien de la majorité que de l’opposition, pour décrypter l’allocution prononcée par le président de la République, Azali Assoumani, le 6 juillet à l’occasion du 51e anniversaire de l’indépendance de l’Union des Comores. Dans cette première partie, le conseiller spécial du président de la République chargé des Affaires politiques, Houmed M’saidie (1/3), livre une analyse centrée sur «le rassemblement national, les réformes institutionnelles et la poursuite des ambitions de développement du pays».
Pour cet ancien ministre, le discours du chef de l’État s’inscrit avant tout dans une dynamique d’unité et de réaffirmation des valeurs fondatrices de la nation comorienne. Le 6 juillet, rappelle-t-il, demeure une date hautement symbolique, incarnant un combat collectif pour la dignité, l’honneur et la souveraineté du peuple comorien. «Le discours prononcé par Son Excellence le président de la République à l’occasion de la fête nationale du 6 juillet s’inscrit d’abord dans une démarche de rassemblement et de réaffirmation des valeurs fondatrices de notre nation. Le respect du 6 juillet constitue ainsi un devoir patriotique et un moment de transmission de notre mémoire nationale aux générations futures», souligne-t-il.
«Une réforme inscrite dans la continuité»
Au-delà de la commémoration, l’intervention présidentielle s’est voulue, selon lui, un véritable état de la nation. Houmed M’saidie met en avant une prise de parole structurée autour des réalisations accomplies, des défis persistants et des orientations futures. «Son intervention s’inscrit pleinement dans la vision portée par le Plan Comores Émergent, avec des perspectives concrètes destinées à consolider les actions engagées, à corriger certaines insuffisances et à répondre aux priorités identifiées dans les différents secteurs de l’action publique ainsi qu’aux attentes exprimées par les acteurs de la vie nationale », soutient-il.
Sur la question sensible de la réforme du statut des partis politiques, qui a suscité un tollé, notamment au sein de l’opposition, le conseiller politique du président appelle à replacer l’initiative présidentielle dans son contexte historique et institutionnel. Il rappelle que cette réforme s’inscrit dans un processus engagé de longue date. Des Assises nationales de 2018 au dialogue national de 2022, plusieurs concertations ont, selon lui, permis de formuler des recommandations visant à mieux structurer la vie politique nationale.
«Les Assises nationales ont constitué un moment important de réflexion sur l’avenir de notre pays. Elles ont été suivies, en 2022, par un dialogue national réunissant différents acteurs de la vie politique et sociale. De ces concertations sont ressorties des recommandations et des textes consensuels visant notamment à renforcer l’organisation de la vie politique nationale», rappelle-t-il.
«C’est dans ce cadre que, lors de la session parlementaire d’octobre 2022, l’Assemblée nationale a adopté la loi relative aux partis politiques ainsi que celle portant statut du chef de l’opposition, conformément aux orientations issues des Assises et du dialogue national », fait-il savoir. Et de poursuivre : «À travers son engagement annoncé le 6 juillet, le chef de l’État entend donc donner suite à un processus déjà engagé et répondre à une attente exprimée par une partie importante de la classe politique nationale. Cette démarche vise à renforcer le pluralisme démocratique, à clarifier le cadre institutionnel des partis politiques et à donner davantage de vitalité au débat public à l’approche des prochaines échéances électorales.» Pour lui, certains peuvent naturellement formuler des analyses ou des interprétations différentes, «mais il est important de rappeler que cette décision s’inscrit dans une logique de consolidation institutionnelle et de respect des engagements issus des concertations nationales», insiste-t-il.
Les bases d’une économie
plus dynamique
Interrogé sur le caractère convaincant du discours présidentiel, notamment en matière d’investissements et de création d’emplois au regard des chiffres avancés, le conseiller politique répond par l’affirmative. Selon lui, le président Azali Assoumani s’est appuyé sur des réalisations concrètes et des résultats mesurables. «Notre pays est aujourd’hui engagé dans une dynamique de transformation profonde. Les chantiers se multiplient sur l’ensemble du territoire : infrastructures routières, production et distribution d’électricité, accès à l’eau potable, établissements scolaires et universitaires, structures de santé, infrastructures sportives, sans oublier les investissements stratégiques dans les secteurs aérien et maritime», énumère-t-il. Ces investissements, précise-t-il, constituent les bases d’une économie plus dynamique, capable d’attirer davantage d’investissements privés, de stimuler l’activité économique et de créer durablement des emplois pour la jeunesse.
«La détermination du chef de l’État à poursuivre ces réformes, malgré les difficultés, traduit une vision claire et constante. Au regard des avancées enregistrées, nous pouvons affirmer que l’Union des Comores est résolument engagée sur la trajectoire de l’émergence à l’horizon 2030», observe-t-il. Interrogé sur la déception de certains qui attendaient des annonces fortes face à la montée de l’insécurité, notamment après le crime qui a récemment profondément marqué l’opinion publique, Houmed Msaidie revient sur l’émotion suscitée par ce drame.
«Face à un acte d’une telle gravité, la première exigence est de laisser la justice accomplir son travail, en toute indépendance, afin que toute la lumière soit faite et que les responsabilités soient établies», affirme-t-il. Et d’ajouter : «Dans son discours, le président de la République n’a pas cherché à répondre à l’émotion par des annonces circonstancielles. Il a choisi de replacer cette tragédie dans une réflexion plus profonde sur les causes de la montée de certaines formes de violence au sein de notre société».
Un appel à la responsabilité collective face à l’insécurité
Selon lui, cet état de fait a poussé le chef de l’État à lancer, dans son allocution, un appel à la responsabilité collective. «La sécurité ne relève pas uniquement de l’action des forces de l’ordre ou de la justice. Elle interpelle également les familles, l’école, les responsables religieux, les élus, les associations et, plus largement, l’ensemble des acteurs de la société.
L’éducation, la transmission des valeurs et l’encadrement de notre jeunesse constituent des réponses de fond auxquelles le chef de l’État a souhaité donner toute leur importance», explique-t-il. Et de conclure : «La fermeté de l’État face à la criminalité est indispensable. Mais elle doit s’accompagner d’un travail collectif de prévention afin de traiter les causes profondes de ces dérives et de préserver durablement la cohésion nationale»n




