Le président de la République a consacré son adresse solennelle à l’impuissance du système international face aux défis de l’heure, au conflit au Moyen-Orient, à la question de l’île comorienne de Mayotte, au Plan Comores Emergent (Pce) et à l’organisation en 2027 des jeux des îles de l’Océan indien.
Le chef de l’Etat s’est exprimé hier jeudi 24 septembre à la tribune des Nations-Unies à l’occasion de la 81eme session des Nations-Unies à New-York. Comme nombreux de ses homologues du monde entier, Azali Assoumani a fait part de son constat amer sur les fragilités du système international et la perte de crédibilité de l’Organisation des Nations-Unies, appelant au respect du droit international et des valeurs qui fondent le pacte des Nations hérité de l’après-guerre.
«Il est impératif de restaurer la confiance, non plus par de nouvelles promesses, mais par des actes garantissant la primauté du droit et la sécurité collective », a-t-il plaidé, appelant à « restaurer la confiance, le respect mutuel et l’égalité de tous devant le droit ».
«Le génocide en Palestine»
Le président de la République a déploré l’incapacité du système international à faire face et à régler les conflits et les crises qui gangrènent aujourd’hui la planète. «Il y a un an, nous appelions ici même à faire de la paix le socle de notre développement et des droits humains. Douze mois plus tard, force est de constater l’écart entre nos engagements et la réalité.
Partout dans le monde, du Moyen-Orient au Sahel, en passant par les Grands Lacs, l’Europe de l’Est et l’Amérique latine, des populations civiles continuent de payer le prix fort de conflits aux intérêts souvent inavouables », a-t-il déploré, réitérant le retour aux principes pour mieux garantir l’esprit et la lettre du multilatéralisme. Défendant justement «la primauté du droit » dans les rapports internationaux, le chef de l’Etat a pointé du doigt la logique de la force imposée par certaines puissances et appelle la communauté internationale à se ressaisir et à revenir sur les principes fondateurs de l’Onu.
«Il est temps de dépasser les rapports de force pour fonder une nouvelle éthique humaine, transcendant les clivages, les questions de races, de couleurs et de croyances et ancrée dans la préservation de notre écosystème commun», a-t-il souligné. Sur le conflit au Moyen-Orient, Azali Assoumani n’a pas seulement dénoncé « la violation du droit international», il a énuméré ses conséquences directes sur l’économie mondiale et manifesté son indignation face aux souffrances du peuple palestinien.
Le président de la République, fidèle à ses positions constantes sur la Palestine, s’est révolté contre «le génocide en Palestine» qui «poursuit son œuvre macabre», dénonçant le cortège de morts à Gaza et dans les territoires occupés. «Des centaines de milliers de palestiniens civils, des femmes, des enfants et des vieillards ont perdu la vie et des populations entières sont au bord de l’extermination», s’est indigné le chef de l’Etat.
«Les Comoriens sont chez eux à Mayotte»
Azali Assoumani a plaidé en faveur de la cessation des incursions, de l’occupation et des scènes de deshumanisation en terre palestinienne, estimant que le monde ne doit pas rester spectateur mais devrait agir pour retrouver son honneur en sauvant les principes et les règles internationales. « La communauté internationale, retrouvera sa crédibilité, d’abord par l’action qu’elle entreprendra en urgence, pour faire taire les armes, préserver les vies des civils, israéliens, palestiniens, libanais, syriens pour parvenir à terme, à l’application des résolutions de l’Onu, qui préconisent notamment, la solution à deux Etats, israélien et palestinien, coexistant pacifiquement», a-t-il souligné.
Le président de la République est revenu, dans un autre chapitre, sur la question de l’île comorienne de Mayotte et surtout « les velléités de certains pays voisins, frères et amis » aujourd’hui à rebours des principes, chartes et résolutions qui reconnaissent la souveraineté des Comores sur Mayotte «sous occupation illégale française». Azali Assoumani a appelé à la solidarité des pays du continent, dénonçant «les actions unilatérales françaises, notamment sur le continent africain» qui, selon lui, «contreviennent à nos attentes». Il nuance : «la solidarité dont les pays africains ont toujours su faire preuve, pour défendre leur souveraineté en général et, en particulier, l’intégrité territoriale des Comores».
Le président de la République est revenu sur le choix du dialogue avec la France « pour parvenir à un dénouement pacifique de ce contentieux», mais ne cache pas ses regrets, estimant que les compromis affichés par la partie comorienne ne soient pas couronnés des attentes espérées. «Nous regrettons que ce dialogue n’ait pas abouti», a-t-il admis. Il a déploré les propos du premier ministre français, Sébastien Lecornu, «liant l’aide au développement à la traque du migrant». Azali Assoumani a indiqué que «pour la Nation comorienne, la souveraineté des Comores sur l’ensemble de son archipel n’est pas à vendre» avant de rappeler que «les Comoriens sont chez eux à Mayotte».
Le chef de l’Etat a appelé la France à privilégier une approche constructive dans la recherche d’une issue à ce contentieux qui prendra en compte le respect du droit international et les intérêts des deux pays. «Nous exhortons ainsi les autorités françaises à engager une refonte de leur narratif politique, à revoir les mesures récemment annoncées et à privilégier une coopération fructueuse et un partenariat gagnant-gagnant pour le France et pour les Comores», a-t-il souligné, appelant à «bâtir un avenir harmonieux, tenant compte des bouleversements géopolitiques actuels et de la fragilisation des alliances traditionnelles».
«Les Odd hors de portée»
S’agissant du Plan Comores Emergent (Pce), le président de la République a souligné «un besoin de financement de 5,2 milliards de dollars sur dix ans » pour garantir efficacement la vision de transformation du pays. Azali Assoumani a reconnu que les limites sur les capacités de financement de ce plan ralentissent son exécution dans les formes et délais souhaités. «Si des progrès tangibles ont été réalisés, avec une croissance du PIB portée de 1,9 % en 2019 à 3,8 % en 2025, le chemin reste long : il nous faut encore mobiliser davantage des financements internes et externes pour atteindre nos objectifs», a-t-il admis.
Le président de la République a lancé un appel « à une réforme profonde de l’architecture financière internationale » pour permettre à des pays fragiles comme les Comores d’accéder à des financements conséquents pour que «la période 2027-2030» inaugure «une nouvelle étape d’accélération du Plan Comores Émergent», appelant ainsi les institutions financières multilatérales à prendre en compte «nos fragilités dans leurs politiques d’allocation».
Les jeux des îles de l’Océan indien
Pour Azali Assoumani, les bouleversements mondiaux compromettent les politiques engagées visant à permettre aux pays de réussir leurs plans de développement nationaux conformément aux objectifs de développement durable (Odd). «Un constat lucide s’impose : malgré nos efforts, les Objectifs de développement durable de l’horizon 2030 demeurent, malheureusement, hors de portée. Le creusement des inégalités, l’urgence climatique et la fragilité de la paix internationale exigent de nous une lucidité nouvelle», a-t-il expliqué.
Enfin, le chef de l’Etat a salué le leadership de l’actuel secrétaire général de l’Onu, António Guterres, honorant «son engagement en faveur de la promotion de la paix et du développement, face à un ordre international fortement mis à rude épreuve». Azali Assoumani a clôturé son adresse par l’annonce de l’organisation des jeux des îles de l’Océan indien, et affirme vouloir «faire de cet évènement, une éclatante réussite pour les jeunes» de la région indianocéanique.
«Ce rendez-vous sportif des jeunes de notre sous-région, reste l’un des moments forts des acteurs de demain, à la recherche de cohésion et d’épanouissement, dans un monde traversé par les divisions et le rejet de l’autre dans sa diversité», a-t-il conclu. (Lire l’intégralité du discours du chef de l’Etat, pages 8 et 9).



