Moins de deux mois après sa signature, «la convention» entre cette région du Togo et l’île de Mayotte devient «nulle». La partie togolaise «rassure qu’elle n’accordera pas d’approbation à cette convention contraire à sa position officielle, qui ne pourra ni entrer en vigueur ni être mise en œuvre par la région de la Kara».
La République du Togo, via son ministère des Affaires étrangères, a annulé, samedi 29 août, «la convention» signée le 17 juillet dernier, entre sa région de «la Kara» et l’île comorienne de Mayotte. L’acte d’annulation a été entériné par le chef de la diplomatie togolaise, Robert Dussey, au travers d’un communiqué conjoint signé à Luanda en Angola avec son homologue comorien, Mbaé Mohamed, en marge de la 26eme session extraordinaire du conseil exécutif de l’Union africaine.
«La partie togolaise récuse la signature de la convention de coopération décentralisée entre sa région de la Kara et l’île comorienne de Mayotte en vertu du droit international et du respect de l’intégrité territoriale des Comores», souligne le communiqué qui mentionne le « profond attachement» de la République du Togo «au respect des principes consacrés par l’acte constitutif de l’Union africaine, les décisions pertinentes de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine, notamment le respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et l’indépendance des Etats membres, ainsi qu’au règlement pacifique des différends».
«La compréhension mutuelle et la solidarité africaine»
La nouvelle de l’annulation de «la convention » a été accueillie avec satisfaction par la partie comorienne. Celle-ci a obtenu les assurances de la partie togolaise qui, selon toujours le communiqué, «rassure qu’elle n’accordera pas d’approbation à cette convention contraire à sa position officielle, qui ne pourra ni entrer en vigueur ni être mise en œuvre par la région de la Kara». Le ministre togolais rappelle la doctrine diplomatique de son pays « fondée sur le respect des positions et des sensibilités des Etats membres de l’Union africaine ainsi que sur la recherche constante de solutions fondées sur le dialogue, la compréhension mutuelle et la solidarité africaine».
Et s’agissant de la coopération décentralisée proprement dite, l’Union des Comores et la République du Togo ont salué son «importance» mais «s’engagent à promouvoir une meilleure coordination entre les autorités centrales et les collectivités territoriales», réaffirmant «leur volonté de poursuivre et d’approfondir leur coopération dans les domaines politique, diplomatique, économique, commercial, culturel, social, éducatif et décentralisé dans l’intérêt des deux peuples».
Dans un élan de partage des idéaux de l’Afrique et du respect des instruments juridiques consacrés par l’ensemble des chartes et actes du continent, les deux ministres des Affaires étrangères «ont réaffirmé leur attachement aux principes et objectifs de l’Union africaine et leur volonté de contribuer, dans un esprit de solidarité et de responsabilité collective, à la promotion de la paix, de la stabilité, de l’unité et de l’intégration du continent africain».
L’annulation par le Togo de cette convention intervient peu après le cri d’alarme du ministre comorien des Affaires étrangères face à une forme d’érosion de la solidarité africaine. «Depuis quelques temps, nous constatons que cette solidarité, qui est le fondement de notre organisation panafricaine, s’érode progressivement, au profit d’intérêt singulier.
Le cas de mon pays est le plus éloquent, avec la signature d’instruments juridiques entre des pays frères et amis d’Afrique, et des autorités de l’île comorienne de Mayotte, occupée illégalement par la puissance colonisatrice, la France », avait souligné Mbaé Mohamed devant ses homologues du continent à l’occasion du sommet extraordinaire de Luanda consacré sur le renforcement des mécanismes de prévention des conflits en Afrique.
Résoudre tout différend diplomatique par le dialogue
Le chef de la diplomatie comorienne indiquera que la stabilité du continent ne saurait être envisagée en méconnaissance des valeurs qui fondent les rapports entre les pays membres. «La paix, cette précieuse richesse que nous avons et que nous devons préserver, se construit sur un socle solide de solidarité agissante, de respect de nos souverainetés et de l’intégrité territoriale de chacun de nos Etats membres», a-t-il déclaré. «J’invite donc nos pays et la Commission de l’UA à observer la vigilance requise pour éviter des conflits politiques et diplomatiques sur notre continent», avait souligné Mbaé Mohamed.
Les deux chefs de la diplomatie ont ainsi, à travers leur communiqué, rappelé la nécessité de privilégier les moyens prévus par les instruments de l’organisation pour résoudre tout éventuel différend diplomatique qui peut naître de l’agissement de l’un des deux pays. «Les deux parties sont convenues que les questions susceptibles de susciter des incompréhensions entre elles doivent être traitées dans un esprit de confiance et de dialogue direct et de concertation fraternelle afin de préserver la qualité et la dynamique des relations bilatérales», indique le communiqué qui ajoute que «le présent échange constitue une importante étape dans le renforcement de la confiance mutuelle et dans la consolidations des relations fraternelles entre l’Union des Comores et la République du Togo».
La signature de cette «convention» avait suscité un tollé aux Comores. Les autorités avaient fait part, à l’époque, de leur incompréhension et avaient appelé le Togo à «reconsidérer» cette convention. D’autres pays du continent ont établi des «partenariats» avec l’île comorienne de Mayotte en violation des principes fondateurs de l’Union africaine. Reste à savoir si cette entente retrouvée entre les deux pays pour annuler cette "convention" servira de cadre pour les Comores de faire annuler les autres partenariats conclus avec l'île comorienne de Mayotte.




