Le président de la Commission des Relations extérieures en charge de la Coopération et de la Défense extérieure, à l’Assemblée de l’Union, dit défendre «une nouvelle approche» dans la conception des rapports entre le pouvoir et l’opposition, précisant qu’il continuera à se battre uniquement pour le bien du pays. «Ma seule boussole, c’est le peuple», a-t-il clarifié. Entretien.
L’ancien ministre des Affaires étrangères, chef de l’opposition parlementaire, dit s’inscrire « dans une logique de construction d’un pays » en réponse à certains commentaires émis à son encontre suite à un voyage officiel aux côtés d’une délégation conduite, il y a quelques jours, par le chef de l’Etat à Malabo en Guinée Equatoriale. Dans un entretien exclusif accordé à Al-watwan, l’élu dit défendre « une posture d’homme libre capable de critiquer mais surtout de proposer des alternatives de solutions pour répondre aux besoins de la population».
«Le pays fait face à d’immenses défis»
Pour Ibrahim Ali Mzimba, voyager avec le président de la République « ne fait pas de moi un vassal du gouvernement ni un ennemi de ceux qui sont à la tête de mon pays». Il met en avant ses fonctions de président de la Commission des Relations extérieures et son expérience à la tête de la diplomatie comorienne pour justifier le voyage officiel à Malabo à l’occasion du sommet de l’Organisation des Etats d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (Acp).
«Le monde est en feu, le pays fait face à d’immenses défis.L’heure n’est pas aux agissements rétrogrades mais à la prise de conscience collective pour sauver le pays et non à des gesticulations politiciennes futiles ou à des débats stériles et insensés», dit-il.
L’ancien ministre revient avec insistance sur les bouleversements mondiaux, la guerre au Moyen-Orient, la crise du pétrole mondiale, la logistique internationale, les commerçants comoriens, la problématique de l’approvisionnement des denrées alimentaires, les enjeux du pétrole comorien, les problèmes migratoires, la sécurité dans l’Océan indien et les autres enjeux sur l’intégration des Comores dans les marchés économiques régionaux.
«Tous les pays sont touchés par cette guerre. Nos prévisions de croissance sont, par exemple, de l’ordre de 4,1% en 2026. Mais avec cette guerre au Moyen-Orient, tout va basculer. Les vraies questions pour des hommes politiques responsables sont : que faire pour amortir ces chocs exogènes, que faire pour nos operateurs économiques, que faire pour sauver notre fragile tissu économique, que faire pour assurer notre sécurité énergétique, que faire pour mobiliser des fonds pour le développement», explique Ibrahim Ali Mzimba.
«Je suis resté fidèle à mes convictions»
Le parlementaire dit être beaucoup plus préoccupé par les solutions et non par les critiques « Il y a des basculements géopolitiques à venir. Nous avons de nombreux défis à relever en tant que pays fragile. Nous devons anticiper les solutions. Il y a des questions cruciales pour la survie de notre population. Chacun a le devoir de faire ses propositions pour le bien du pays», souligne le député de la région de Ngwengwe pour qui «les critiques émanent d’une frange d’individus assoiffés de pouvoir », avant d’ajouter : «si je suis élu une nouvelle fois, c’est parce que je suis resté authentique, je suis resté toujours moi-même, je n’ai jamais trahi mes engagements, je suis resté fidèle à mes convictions».
Et Ibrahim Ali Mzimba de continuer : «Cela fait bientôt trente ans, depuis la mort de Taki (en 1998, ndlr), je n’ai participé à aucun gouvernement ni occupé une fonction de conseiller ou de directeur. Et fort de cela, personne ne peut me faire la leçon d’un opposant. J’ai été toujours un opposant pendant trente ans pendant que ceux qui se réclament opposants aujourd’hui se partageaient les portefeuilles ministériels. Je suis dans l’opposition. Et je le serai aussi longtemps que cela sera nécessaire.
Mais je ne serai jamais un opposant de nerfs. Je ferai mes propositions pour le bien du pays. Je soutiendrai tout ce qui sera utile pour les Comores, peu importe mon statut et mes fréquentations, peu importe ceux qui seront au pouvoir car ce qui compte pour moi, c’est le bien-être des citoyens. Ma seule boussole, c’est le peuple».
Aucune forme de transhumance politique
Le chef de l’opposition parlementaire appelle à «une nouvelle approche » dans les rapports qui doivent animer le pouvoir et l’opposition. Pour lui, « un opposant doit certes défendre toujours ce statut d’opposant mais il doit garder aussi une posture fondée par une logique de construction. Un opposant ce n’est pas celui qui parle trop fort mais celui qui participe, à sa manière, à l’effort de redressement de son pays».
Le parti pour la réforme des institutions (Pari), fondé par l’ancien ministre, dispose de deux élus à l’Assemblée et de 53 conseillers communaux. «Je ne suis pas dans la lutte du pouvoir mais dans une logique de construction d’une Nation. Les autres, eux, sont dans la lutte du pouvoir. Mais, moi et les autres élus, nous sommes dans une logique d’accompagnement des politiques de transformation du pays», explique son président fondateur qui appelle les autres opposants et les hommes politiques en général à changer de posture dans leur conception du pouvoir et la gouvernance d’un pays en mettant fin à cette logique du «sors toi pour que je m’y mette».
Le député réfute toute forme de transhumance politique avec qui que ce soit et promet de rester attaché à ses stratégies propres. «Je continuerai à défendre l’esprit d’une opposition républicaine. Nous nous attachons plutôt à une vision de développement. Le temps des chamailleries est révolu. Il y aura toujours des moments de critiques. Mais nous devons avant tout penser et défendre tout ce qui peut être utile au pays et à sa population», a conclu Ibrahim Ali Mzimba.





