Le ministre comorien des Affaires étrangères a réagi vivement aux annonces faites à Mayotte par le premier ministre français, sur l’aide au développement. Le chef de la diplomatie comorienne a dénoncé une politique française condescendante, et rappelé la position de Moroni sur Mayotte.
En déplacement, mercredi 26 août dernier sur l’île comorienne de Mayotte, le premier ministre français, Sébastien Lecornu, a annoncé, entre autres, la volonté de son pays de conditionner l'aide publique au développement à la lutte contre les « filières migratoires » et les réseaux d'entrée dans l'île occupée.
« La déclaration du premier ministre Français est à plusieurs égards surprenante, dans la mesure où elle est totalement hors contexte par rapport aux attentes de la population de l'île comorienne de Mayotte », a réagi Mbae Mohamed dans une déclaration faite à Al-watwan.
« Le cyclone Chido, qui a ravagé l’île fin 2024, avec son lot de désolation, laissait présager, sans doute, une lueur d’espoir pour la reconstruction et la refondation de Mayotte, dans le cadre de la visite de M. Lecornu. Or, il n’en est rien ! », a ajouté le ministre. Selon lui, la remise en état des infrastructures de l’île devrait constituer « la priorité » de l’État qui l’administre depuis plus de cinquante ans.
Le chef de la diplomatie comorienne a également regretté la nouvelle doctrine affichée par le responsable français au sujet de l’aide au développement. Il estime que le ton employé « flirte avec la désinvolture » et va « à contre-courant de l’esprit de dialogue » qui doit, selon lui, prévaloir dans les relations diplomatiques entre les deux pays. « Les propos tenus à l’endroit des Comoriens sur la fameuse aide au développement destinée aux Comores revêtent une condescendance insupportable », a déclaré Mbae Mohamed.
Mbaé Mohamed, dans sa réplique, s’interroge sur la sincérité du message français et sur le décalage entre les annonces du premier ministre et la situation à Mayotte. « Monsieur le Premier ministre parle de 300 millions d’euros d’aide au développement au bénéfice de sept États africains, alors que l’île de Mayotte, qui devrait être une priorité puisqu’elle est considérée illégitimement comme française, attend depuis deux ans la somme de quatre milliards d’euros pour sa reconstruction ! », souligne le ministre.
Mbae Mohamed s’interroge également sur la portée et l’efficacité de l’aide publique au développement dans les relations entre la France et ses anciennes colonies.« La vraie question, dès lors qu’on parle d’aide au développement, c’est de savoir, entre la France et ces États africains, qui, plus est, sont d’anciennes colonies françaises : qui a aidé qui à se développer et qui doit quoi à qui, pour l’avenir ? », s’interroge-t-il.
Le ministre, s’appuyant sur les résolutions des Nations unies, dit s’opposer à toute déclaration susceptible de remettre en cause « le droit » des Comoriens d’aller et venir à Mayotte et de vivre librement sur n’importe quelle partie de leur territoire. Il qualifie également d’« illégale » toute politique visant à empêcher les Comoriens de se rendre dans l’île ou tout plan d’expulsion de citoyens comoriens présents à Mayotte. « Pour le gouvernement comorien, fort des principes du droit international, les Comoriens sont chez eux à Mayotte et il ne saurait être question d’expulsion des Comoriens de leur propre territoire. S’il y a quelqu’un qui doit s’interroger sur sa présence légale ou illégale sur l’île de Mayotte, ce ne sont sûrement pas les Comoriens des autres îles », a conclu Mbae Mohamed.




