La présidente de la République Unie de Tanzanie, Samia Suluhu Hassan, a officiellement prêté serment hier lundi 3 novembre dans un stade de la ville de Dodoma devant la haute institution constitutionnelle du pays, des officiers de l’armée, des dignitaires du parti « Chama Cha Mapinduzi», des ambassadeurs accrédités à Dar Es Salam et une importante foule invitée pour la circonstance. Des chefs d’Etat de la région de l’Afrique de l’Est ont pris part à la cérémonie d’investiture.

C’est le cas notamment des présidents du Mozambique, de la Zambie, du Burundi et de la Somalie. Le chef de l’Etat, Azali Assoumani, a été représenté à la cérémonie d’investiture par le président de l’Assemblée nationale, Moustadroine Abdou (photo en bas). Le président du Kenya, William Ruto, a dépêché son vice-président, Kithure Kindiki, pour le représenter à Dodoma.

Le tourisme, l’agriculture et les infrastructures

La présidente Samia Suluhu Hassan, réélue à 97,66%, a fait part de son engagement à poursuivre ses actions de redressement de son pays, promettant de rester fidèle à sa détermination de servir la Tanzanie. Depuis 2021, la cheffe d’Etat a accéléré les réformes, permettant à son pays de rehausser son niveau de croissance qui passe de « 5% en 2023, à 5,4% en 2024 avant de s’établir à 6% en 2025 », selon des données du Comité politique monétaire (Cpm) de la Tanzanie qui annonce également une maitrise de la dette publique. « La Tanzanie a l’un des taux d’endettement publics les plus faibles de la Communauté d’Afrique de l’Est, celle-ci s’établissant à 42,6% du PIB en 2023 », souligne le media «L’Observateur du Monde et d’Afrique».


Le Fonds monétaire international (Fmi) a loué « les efforts constants » du gouvernement dirigé par Samia Suluhu Hassan, visant à maîtriser les dépenses publiques, compenser les déficits et contenir l’inflation qui s’établit à 5%. « L’économie tanzanienne bénéficie d’un environnement favorable, marqué par l’amélioration des soldes extérieurs et budgétaires, une inflation maîtrisée et une détente progressive sur le marché des changes. L’institution prévoit une consolidation de cette tendance au cours des prochaines années », souligne l’agence Ecofin.


Suivant les pas de son prédécesseur, feu John Magufuli, décédé en 2021, Samia Suluhu Hassan, a mis en avant des programmes ciblés dans les secteurs du tourisme, de l’agriculture et des infrastructures avec un plan de modernisation des secteurs de la microfinance, permettant à des milliers de femmes de réussir leurs ambitions d’inclusion dans la vie économique pour sortir de la pauvreté. « Moi, Samia Suluhu Hassan, jure que je remplirai mes fonctions de présidente de la République (...) avec diligence et un cœur sincère», a dit la cheffe d’Etat.


La présidente a défendu son action à la tête de l’Etat, estimant qu’en Tanzanie, «c’est mieux», faisant ainsi allusion aux plans qu’elle a mis en œuvre pour rehausser les capacités de son gouvernement à faire face aux défis de la transformation du pays. L’un des chantiers les plus emblématiques est la construction du chemin de fer central standard gauge railway (SGR), un ouvrage en forme de corridor, censé relier Dar es Salam aux autres régions limitrophes avec comme objectif de favoriser le transport des marchandises, stimuler le commerce, créer des emplois et améliorer les échanges avec les autres pays de l’Afrique de l’Est.


«Sa vision d’une Tanzanie moderne et inclusive s’accompagne de son soutien aux femmes entrepreneuses, en développant des programmes de microfinance pour les soutenir dans l’agriculture et le commerce», souligne la revue en ligne «Afrique Diplomatique» qui ajoute que « depuis son accession à la présidence, elle a su allier modernisation économique et défense des droits des femmes, tout en faisant preuve d’une diplomatie active». La Tanzanie est considérée aujourd’hui comme « une porte d’entrée pour le commerce régional en Afrique de l’Est et centrale et dispose d’un fort attrait touristique », selon des medias étrangers qui scrutent les politiques de développement initiées par la première femme élue à la tête de la Tanzanie.

Le plus grand pont de l’Afrique de l’Est 

La présidente a suivi personnellement « le projet de construction du plus grand pont de l’Afrique de l’Est » engagé par son défunt prédécesseur John Magufuli, et qui a été inauguré en juin 2025 pour un coût total estimé à «300 millions de dollars». À sa prise de fonction, le pont était «construit à 20%» avant de poursuivre le chantier pour le mener à son terme, permettant de désenclaver de nombreuses régions mais surtout «réduire considérablement les temps de trajet, stimuler l’activité économique dans la région du lac et améliorer l’accès aux services essentiels».


La présidente a promis de poursuivre les chantiers initiés et diversifier ses partenaires pour attirer encore davantage d’investissements, notamment dans les secteurs des services qui représentent environ «34,3%» du Produit intérieur brut (Pib) avant d’annoncer de nouvelles initiatives pour soutenir l’industrie et l’agriculture, deux secteurs clés considérés comme les plus compétitifs et pourvoyeurs d’emplois. « Son engagement pour le développement économique est visible à travers les réformes qu’elle a initiées pour moderniser l’économie, attirer les investisseurs étrangers et stimuler l’industrialisation», souligne l’agence Ecofin.


Samia Suluhu Hassan dit fonder son optimisme d’atteindre ses objectifs, sur les réformes mises en place, soutenues par la pupulation, et permettant au pays de poursuivre les chantiers sur de bonnes bases. «Cette projection repose sur la mise en œuvre efficace de politiques économiques solides, ainsi que sur l’engagement proactif du secteur privé dans le développement national. Le gouvernement anticipe en effet une réduction du déficit budgétaire, attendu à 3,0% du produit intérieur brut (PIB) pour le prochain exercice fiscal contre 3,4% cette année», souligne l’agence Ecofin.

Préserver la paix et la stabilité

«Les conflits dans la région, les changements climatiques, la volatilité des matières premières, le ralentissement de l’économie mondiale et les manipulations de l’opinion» sont considérés comme «les principaux risques » pouvant affecter l’élan de développement engagé par Samia Suluhu Hassan, d’après le ministre des Finances tanzanien, Mwigulu Nchemba et le gouverneur de la Banque centrale du pays, Emmanuel Tutuba. Ces derniers craignent que des mains longues ne soient pas à la manœuvre pour freiner les politiques de développement du pays.


Si l’élection présidentielle tanzanienne a été émaillée par des tensions, des affrontements, des altercations souvent musclées avec les forces de sécurité, des décès et la coupure d’internet, les autorités tanzaniennes ont fait part de leur étonnement après les informations sur «un bilan de 700 morts » relayées surtout par la presse étrangère. «Je n’ai pas vu ces 700 morts », a réagi le ministre tanzanien des Affaires étrangères, Mahmoud Thabit Kombo pour qui « il n’y a eu aucun usage excessif de la force».


Pour de nombreux chefs d’Etat de la région, les risques d’instabilité de la Tanzanie pourraient nuire à toute la zone et appellent à la paix, à la stabilité et au développement. Après avoir félicité Samia Suluhu Hassan, dans un message, « pour sa brillante réélection à la tête de la République-Unie de Tanzanie», le chef de l’Etat, Azali Assoumani, a formé « le vœu d’un mandat placé sous le signe de la paix, de la stabilité et du progrès partagé entre nos deux nations sœurs ». Un message similaire à celui de son homologue du Kenya, William Ruto, qui a appelé, lui aussi, les Tanzaniens à « préserver la paix et à regarder l’avenir avec assurance et optimisme».