Les fonds permettront de créer «250.000 emplois directs» dans cinq principaux secteurs : la transition énergétique, le numérique et l’Intelligence artificielle (IA), la santé, l’agriculture et l’économie bleue. Une annonce innovante qui s’inscrit dans le nouveau paradigme défendu par le dirigeant français après son discours d’Ouagadougou de 2017 axé sur «un nouveau modèle de partenariat» entre la France et l’Afrique.
Le président français, Emmanuel Macron, a annoncé, lundi 11 mai, au Kenya «23 milliards d’euros» d’investissements en Afrique à l’occasion du sommet Afrique-France «Africa Forward» («En avant l’Afrique»), ouvert dans l’après-midi dans la capitale kenyane.
La rencontre, organisée pour la première fois dans un pays anglophone depuis 1973, a mobilisé de nombreux chefs d’Etat du continent, d’opérateurs économiques, d’experts, de patrons d’entreprises, d’investisseurs, de start-ups, d’Ong et plus de 6000 participants à l’Université de Nairobi. Le chef de l’Etat, Azali Assoumani, a pris part au sommet au même titre que de nombreux dirigeants africains en présence du secrétaire général de l’Onu, António Guterres, entre autres personnalités internationales.
«250.000 emplois en France et en Afrique»
Face à l’assistance, aux côtés de son homologue kenyan, William Ruto, co-président du sommet, le dirigeant français précise que 14 milliards d’euros seront injectés par des groupes et entreprises français et 9 milliards par des investisseurs africains. « Aujourd’hui, par votre mobilisation et ce qui a été fait, ce sont 23 milliards d’euros d’investissements annoncés pour le continent africain », a-t-il déclaré, à l’ouverture du Business Forum « Inspire & Connect », précisant que les fonds devraient soutenir des projets et des programmes pouvant générer « 250.000 emplois en France et en Afrique ».
Selon l’Elysée, des partenariats seront établis entre des groupes d’investisseurs et de banques du continent et l’Agence française de développement (Afd) via sa filiale principale Proparco, spécialisée dans l’accompagnement d’entreprises et d’institutions financières pour coordonner les plans de financements des cinq secteurs déjà ciblés : la transition énergétique, le numérique, la santé, l’agriculture et l’économie bleue. L’ambassadeur de France aux Comores, Etienne Chapon, avait souligné «la particularité» du sommet Afrique-France de Nairobi et les opportunités que la rencontre peut offrir à l’Union des Comores en matière d’accès à des financements innovants pour soutenir des secteurs de transformation comme les énergies renouvelables et le secteur agro-alimentaire.
«Il sera l’occasion de démontrer l’engagement de la France, du Kenya et des pays africains pour accélérer les investissements croisés tout en construisant et finançant des solutions concrètes aux défis communs : renforcement des systèmes de santé, souveraineté alimentaire, compétitivité dans le domaine du numérique, accès à l’énergie et connectivité », avait écrit le diplomate dans une tribune publiée dans l’édition d’Al-watwan du lundi 27 avril dernier. Le sommet Afrique-France «sera l’illustration de la richesse et de la diversité des relations entre le continent africain et la France, qui se tissent autour d’une pluralité d’acteurs – Etats, entreprises, jeunesses, artistes, diasporas, avec une place centrale accordée aux jeunesses et au secteur privé», a ajouté Etienne Chapon.
«Le temps de la Françafrique est terminé»
Hier à Nairobi, l’Agence française de développement (Afd) a apporté des clarifications sur les mécanismes de financements. Les porteurs de projets seront soutenus par des banques comme Ecobank, la Boad (Banque ouest-africaine de développement) ou encore Atlantic Group déjà implanté aux Comores grâce à sa filiale Afg (ancienne Bic). Des protocoles d’accord de financements ont été dévoilés pour des opérations variant entre 4 milliards et 900 millions d’euros. Des annonces ont été faites dans la foulée comme celle de CMA CGM qui prévoit un investissement de 700 millions d’euros pour le terminal portuaire de Mombasa. «Les principaux secteurs concernés sont la transition énergétique (4,3 milliards), le numérique et l’IA (3,76), «l’économie bleue» (3,3), l’agriculture (1 milliard) et la santé (942 millions), a indiqué l’Elysée.
Les annonces faites par Emmanuel Macron suivent la ligne qu’il a lui-même tracée dans son discours tenu en novembre 2017 à l’Université d’Ouagadougou axé sur «un nouveau modèle de partenariat» entre l’Afrique et la France, affirmant que «le temps de la Françafrique est terminé » et que les deux parties devraient fonder leurs relations fondées sur le respect mutuel et des partenariats équilibrés tournés vers la recherche de solutions communes face aux défis posés par la démographie, l’économie, la croissance, le terrorisme, les migrations. «Je ne suis pas venu ici vous dire quelle est la politique africaine de la France comme d’aucuns le prétendent. Parce qu’il n’y a plus de politique africaine de la France !!», avait-il déclaré.
«64 milliards d’euros d’échanges commerciaux annuels»
À Nairobi, Emmanuel Macron a laissé planer son message lancé il y a neuf ans en appelant à plus d’investissements pour non seulement permettre aux pays africains de pouvoir innover dans de secteurs encore inexplorés. Mais surtout à repenser de nouveaux modèles de financements pouvant leur offrir des capacités nouvelles de transformation de leurs économies. «L’Afrique, elle est en train de réussir, elle a besoin d’investissements pour être plus souveraine», a poursuivi le président français qui défend une logique de «co-investissement» et de « partenariat d’égal à égal».
Pour de nombreux observateurs, cette annonce de Macron traduit une volonté de « reprendre» de nouvelles parts de marché en Afrique aujourd’hui dominées en grande partie par la Chine. Mais, pour d’autres, le chiffre de «23 milliards d’euros» constitue, pour certaines institutions financières du continent «une aubaine» tant les fonds viennent en complément des financements déjà engagés par Paris dans de nombreux domaines. Si le montant de l’Aide publique au développement (Apd) est en effet en net recul avec «une baisse de 10,9% entre 2024 et 2025», selon France 24, le volume d’échanges commerciaux entre l’Afrique et la France connait un bond avec «64 milliards d’euros d’échanges commerciaux annuels, 50 milliards d’euros de stock d’investissements directs français, 1 million d’emplois portés par les filiales françaises et 5 milliards d’euros de transferts annuels de la diaspora», selon l'agence EcoFin.




