L’ambassadeur du Japon aux Comores avec résidence à Antananarivo à Madagascar revient sur les relations bilatérales entre Tokyo et Moroni, les enjeux géopolitiques internationaux, la vision diplomatique japonaise dans l’Indo-pacifique et les perspectives de coopération avec l’Union des Comores. Tojima Hitoshi réaffirme la volonté de son pays à poursuivre le partenariat multiforme qui lie les deux pays et compte bien renforcer et diversifier les interventions du Japon pour une plus grande lisibilité de son action aux Comores.

 

À quand avez-vous pris vos fonctions d’ambassadeur aux Comores et quels sont vos premiers échanges officiels ?


Je suis entré en fonction à la fin du mois de novembre 2025 et j’ai effectué deux visites en Union des Comores, en janvier et en février 2026. En janvier, j’ai présenté mes lettres de créance au président de l’Union des Comores Azali Assoumani, après en avoir remis une copie au ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Mbae Mohamed. J’ai également rendu visite au secrétaire général du gouvernement. En février, j’ai pu rencontrer président de l’Assemblée de l’Union, Moustadroine Abdou, ainsi que plusieurs membres du gouvernement. Lors de chacune de ces visites, j’ai été accueilli très chaleureusement par tous mes interlocuteurs, ce qui m’a laissé une excellente impression. À travers mes échanges avec les responsables gouvernementaux, j’ai ressenti une ferme volonté de renforcer les relations de coopération avec le Japon.

Et quelles sont vos premières impressions ?

L’Union des Comores est un pays insulaire entouré d’une mer riche, disposant d’un immense potentiel dans le domaine de l’économie bleue, notamment dans la pêche. Il s’agit là d’un point commun avec le Japon, également pays insulaire. J’y perçois, au-delà d’une grande affinité, un réel potentiel de développement économique futur. Je suis profondément impressionné par le sourire et la chaleur humaine du peuple comorien, et depuis ma prise de fonction, mon attachement à ce pays ne cesse de grandir. L’Union des Comores possède également une histoire et une culture uniques, issues de la rencontre de diverses civilisations. Je suis marqué par la manière dont le pays préserve son identité propre tout en valorisant cet héritage culturel. Bien que le Japon et les Comores soient géographiquement éloignés, je suis convaincu que nos deux pays peuvent apprendre l’un de l’autre, notamment dans la valorisation de leurs atouts insulaires et maritimes. À l’avenir, au-delà de la coopération intergouvernementale, je souhaite approfondir davantage la compréhension mutuelle entre nos deux peuples à travers les échanges humains et culturels.

Quelle est la perception du gouvernement japonais concernant la situation internationale actuelle ?

Le monde connaît actuellement les transformations structurelles les plus importantes depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, sous l’effet de l’évolution des rapports de force ainsi que de l’intensification des conflits et des tensions. L’ordre international libre et ouvert, fondé sur l’État de droit, fait face à des défis majeurs dans l’ensemble de la communauté internationale, y compris dans la région indo-pacifique. Par ailleurs, les pays en développement, souvent désignés comme le « Sud global », affirment de plus en plus leur présence et jouent un rôle croissant sur la scène internationale. Les défis auxquels la communauté internationale doit faire face s’accumulent, et nous vivons une époque où la coopération multilatérale est plus nécessaire que jamais. Les pays partageant les mêmes valeurs, dont l’Union des Comores et le Japon, estiment qu’à ce tournant historique, il est de leur responsabilité d’assurer la paix, la sécurité et la prospérité de leurs populations, de maintenir un ordre international fondé sur la liberté, la démocratie, les droits de l’Homme et l’État de droit, et de contribuer activement à la création d’un environnement international pacifique et stable.

Avec ces crises internationales et la reconfiguration de la géopolitique mondiale, quelle orientation le Japon compte-t-il donner à sa politique étrangère à l’avenir ?

Il y a dix ans, le Premier ministre de l’époque, Shinzō Abe, constatant que la région indo-pacifique deviendrait un centre majeur du développement mondial, a lancé le concept d’un «Indo-Pacifique libre et ouvert», connu sous l’acronyme Foip (Free and open indo-pacific). L’objectif était de faire de cette région un espace libre, ouvert et connecté, contribuant au développement mondial. Depuis lors, les événements récents, notamment au Moyen-Orient, ont montré que la sécurité économique et la résilience des chaînes d’approvisionnement constituent désormais des priorités pour de nombreux pays. Le renforcement des capacités en matière de sécurité maritime devient également essentiel. Il est donc nécessaire d’adapter stratégiquement la vision du Foip à ces nouvelles réalités. Toutefois, ses principes fondamentaux, liberté, liberté de navigation, État de droit, respect de la diversité, inclusion et universalité, demeurent inchangés. Le Japon continuera d’assumer de manière proactive le rôle et les responsabilités attendus de lui par la communauté internationale, à travers des initiatives adaptées aux évolutions de notre époque.

Quelle est la vision du Japon par rapport à ses relations futures avec l’Union des Comores ?

Sur la base de cette vision, le Japon entend soutenir le développement de l’Union des Comores dans plusieurs domaines prioritaires : l’éducation, la santé, la pêche, la formation des ressources humaines et la sécurité maritime, tout en approfondissant les relations d’amitié entre nos deux pays. Face aux défis propres aux États insulaires, changement climatique, catastrophes naturelles et gestion durable des ressources marines, le Japon souhaite mettre à profit son expérience et son expertise pour renforcer sa coopération avec les Comores.

Y-a-t-il d’autres domaines que le Japon souhaite renforcer son accompagnement ?

Dans le domaine de la santé, le Japon a récemment fourni, en collaboration avec le Fonds des Nations unies pour la population (Fnuap), des cliniques mobiles à Ndzuani afin de soutenir les femmes enceintes, les jeunes filles et les personnes en situation de handicap affectées par le choléra ou les inondations. Cette coopération porte notamment sur la santé sexuelle et reproductive, la planification familiale, la prévention des violences basées sur le genre ainsi que l’hygiène menstruelle. Un autre exemple concerne la sécurité maritime. Dans le cadre d’un projet mené avec l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (Onudc) et l’entreprise Yamaha Motor, des bateaux rapides ont été fournis afin de renforcer les capacités de la garde côtière et des institutions chargées du maintien de l’ordre maritime. Cette initiative encourage également la participation des femmes, illustrée par la visite au Japon de membres féminins de la garde côtière comorienne lors de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad9).

Quel regard portez-vous sur ces actions à court et à long terme ?

À travers ces actions, le Japon contribue à l’autonomisation des Comoriens, en particulier des femmes et des jeunes, ainsi qu’à la sécurité et au développement durable des communautés locales. Sur le plan diplomatique, le président Azali s’est rendu à plusieurs reprises au Japon à l’occasion des précédentes éditions de la Ticad, permettant d’approfondir les relations au plus haut niveau. Par ailleurs, l’année 2027 marquera le 50ᵉ anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre le Japon et l’Union des Comores. Des événements culturels seront organisés pour célébrer cet anniversaire, qui devra constituer non seulement un moment de mémoire, mais aussi un nouveau point de départ pour renforcer la coopération et les échanges entre nos deux pays pour les cinquante prochaines années.