La grève des agents contractuels d’El-Maarouf, la situation épidémiologique liée au Mpox, l’évaluation gouvernementale, ainsi que l’évolution du projet du Centre hospitalier universitaire, comptent parmi les sujets abordés dans cette interview exclusive accordée à Al-watwan par le ministre de la Santé, Ahamadi Sidi Nahouda.

 

La grève des agents contractuels dure depuis plus d’un mois. Où en sont aujourd’hui les négociations avec ces derniers ?


Vous savez, cette situation, nous la prenons très au sérieux. Depuis le début, nous avons fait le choix du dialogue, un dialogue responsable, franc et structuré.  Aujourd’hui, si l’on regarde objectivement les choses, près de 90% des revendications des agents contractuels ont déjà trouvé des réponses. Seul l’alignement des salaires sur ceux des fonctionnaires reste problématique. Mais ce qu’il faut retenir, et j’insiste là-dessus, c’est que le dialogue n’est pas rompu, bien au contraire. Il s’est même renforcé ces dernières semaines de façon responsable.

 Concrètement, nous avons engagé plusieurs actions : l’assainissement des statuts des contractuels, une évaluation des besoins réels en ressources humaines, et nous poursuivons les discussions pour aboutir à un compromis équilibré. En parallèle, nous travaillons en collaboration avec les ministères concernés, notamment, le ministère des Finances et celui de la Fonction publique, aussi sur une intégration progressive dans la fonction publique. Notre priorité reste claire : assurer la continuité des soins pour la population, tout en apportant une réponse juste et durable aux agents concernés.

Quelle est aujourd’hui la situation exacte de l’épidémie de Mpox aux Comores ? 


Alors, face au Mpox, notre ligne de conduite a été très claire dès le départ : anticiper, réagir rapidement et coordonner efficacement. À ce jour, au moment où je vous parle, nous avons enregistré 36 cas confirmés depuis l’apparition du premier cas. Parmi eux, 33 personnes sont guéries, et nous suivons actuellement 3 cas actifs. Et je tiens à le dire, fort heureusement, aucun décès n’est à déplorer. Maintenant, au-delà des chiffres, ce qui est important, ce sont les actions que nous avons mises en place.

 Nous avons renforcé nos capacités de diagnostic avec la mise en service du Laboratoire national de santé publique, ainsi que les laboratoires du Chri de Bambao et de Fomboni. Nous avons également mis en place une surveillance renforcée aux points d’entrée du territoire. Sur le terrain, les équipes sont mobilisées : les cas sont pris en charge dans des structures adaptées, avec un suivi à domicile lorsque c’est nécessaire.

 Nous continuons de former nos équipes sanitaires, notamment les médecins chefs de district, pour une meilleure prise en charge au niveau communautaire. Et bien sûr, les protocoles sont disponibles et appliqués. Enfin, nous travaillons activement à l’introduction prochaine du vaccin. Nous avons reçu 10 000 doses il y a quelques jours, afin de casser la chaîne de transmission. Je profite de cette occasion pour exhorter l’ensemble de la population à respecter strictement toutes les mesures de prévention et à suivre les consignes du personnel de santé.

Où en est concrètement le chantier du Chu El-Maarouf.  A quand son inauguration ?


C’est avant tout l’un des projets de cœur de Son Excellence le Chef de l’État, Azali Assoumani, et un projet majeur pour notre pays. À ce titre, je comprends parfaitement l’impatience légitime de nos concitoyens. Aujourd’hui, les travaux avancent de manière significative. Bien sûr, comme dans tout grand projet, il y a des contraintes techniques et logistiques, mais nous avons clairement accéléré le rythme ces derniers mois. Par exemple, nous sommes actuellement dans une phase importante de finition, notamment liée à l’installation des équipements médicaux lourds.

 Sur ce point, je peux vous dire que nous avons considérablement avancé : hier même [dimanche 12 avril], nous avons réceptionné 24 conteneurs de 40 pieds contenant du matériel médical et non médical, en plus des équipements déjà livrés auparavant. En parallèle, nous travaillons avec nos partenaires sur les questions essentielles de gestion et de gouvernance de l’hôpital. Alors, sur la date d’inauguration, il serait prématuré d’annoncer une échéance précise aujourd’hui. Toutefois, le gouvernement s’est engagé, en collaboration avec nos partenaires techniques et financiers en vue d’ « une éventuelle » inauguration d’ici le dernier trimestre de 2026.

 Mais cela ne veut pas dire que nous sommes épargnés des contraintes et aléas externes, indépendants de notre volonté, qui pourraient, le cas échéant, retarder certaines phases du projet. Notre objectif reste inchangé : livrer en 2026 un hôpital moderne, pleinement opérationnel, conforme aux standards internationaux, et surtout capable de réduire significativement les évacuations sanitaires à l’étranger.


Et en ce qui concerne le projet de mise en place de l’Assurance maladie généralisée aux Comores… ?


L’Assurance maladie généralisée constitue aujourd’hui l’un des chantiers les plus structurants de notre système de protection sociale. C’est une réforme de fond, attendue par la population, et que nous conduisons avec méthode, responsabilité et pragmatisme. Je tiens à rassurer : le projet est bien lancé et avance de manière concrète et mesurable. Nous avons fait le choix d’une approche progressive, adaptée à nos réalités nationales, afin de garantir un dispositif efficace, durable et financièrement soutenable.

Une étape a été franchie avec le démarrage effectif, depuis le 1er décembre 2025, de la distribution des cartes et des attestations d’ouverture des droits, marquant l’entrée dans la phase concrète de prise en charge des bénéficiaires. Sur le plan des infrastructures, les bâtiments des organes de gestion ont été réhabilités à Ndzuani et Mwali, tandis que les travaux sont en cours à Ngazidja. Cela traduit notre volonté de doter le dispositif d’un ancrage institutionnel solide sur l’ensemble du territoire. 


Dans cette dynamique, nous avons organisé un moment fort avec le lancement officiel de l’Amg dans les zones pilotes, notamment à Mremani et à Mutsamudu, sous le haut patronage de Son Excellence Monsieur le Président de l’Union des Comores. Cet événement a permis de démontrer concrètement le fonctionnement du parcours de soins et du système d’authentification, tout en renforçant la confiance des populations et des partenaires.

 Au-delà de ces avancées, notre priorité reste désormais claire : consolider les acquis et préparer l’extension progressive à l’échelle nationale. Cela passera par l’élargissement de la couverture, le renforcement du financement et la poursuite de l’amélioration de la qualité des soins. En résumé, l’Assurance maladie généralisée n’est plus un projet sur le papier : c’est une réalité en construction, déjà opérationnelle dans les zones pilotes, et appelée à devenir un pilier majeur de la justice sociale dans notre pays.

Le ministère de la Santé a été pointé du doigt pour des résultats jugés « insuffisants » lors de la dernière évaluation sur son Plan de travail annuel. Comment réagissez-vous à cette appréciation ?  


Écoutez, je pense qu’il faut regarder les choses avec lucidité et responsabilité. Oui, les résultats globaux ne sont pas encore à la hauteur de nos ambitions. Mais il faut aussi comprendre d’où nous venons. Les résultats hérités des performances du premier semestre 2025, qui étaient particulièrement faibles, pour ne pas dire nuls, ont fortement impacté l’évaluation globale. Cela dit, au second semestre 2025, nous avons enregistré des améliorations significatives. Plus de 56% de performance.

 Et pour moi, c’est ça le signal important : la dynamique est enclenchée. Nous ne fuyons pas nos responsabilités, bien au contraire. Dès le lendemain des résultats, j’ai personnellement réuni l’ensemble des responsables techniques pour faire un point clair et transparent des résultats. Nous avons ensuite remis des lettres de mission à chacun, avec des objectifs précis. Et surtout, nous allons continuer à engager des réformes dans les prochaines semaines pour renforcer cette culture de performance. Parce qu’au fond, l’important, ce n’est pas seulement le score, c’est notre capacité à progresser ensemble.

Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels votre ministère est confronté ?


Mais si je dois en citer quelques-uns, je dirais d’abord le manque de ressources humaines qualifiées et diversifiées, qui reste un enjeu majeur. 
Ensuite, bien sûr, les contraintes budgétaires, qui limitent parfois la mise en œuvre rapide de certaines actions. Il y a aussi la pression démographique et les défis épidémiologiques, sans oublier la désinformation, qui peut fragiliser nos efforts. 


Et enfin, certaines infrastructures qui ne sont plus adaptées. Maintenant, ces défis-là ne sont pas des fatalités. Nous y travaillons et répondons par une meilleure planification stratégique, notamment à travers les Plans de travail annuel, par le renforcement des partenariats, par la formation continue de nos équipes et personnels, et par une modernisation progressive de notre système de santé. L’essentiel, c’est que nous avançons, avec méthode, avec détermination, et surtout avec le sens de l’intérêt général.