Face à la baisse du taux d’allaitement maternel au profit de l’allaitement mixte, les spécialistes appellent à un changement de mentalité.
En marge du lancement de la Semaine de l’allaitement maternel aux Comores, vendredi dernier, les données de l’enquête Mics 2022 ont été rappelées. Elles montrent que seuls 31 % des nouveau-nés sont mis au sein dans l’heure qui suit leur naissance, malgré un recours élevé à une assistance qualifiée lors de l’accouchement. Le taux d’allaitement maternel exclusif est, quant à lui, passé de 12 % en 2012 à 22 % en 2022. Dans un entretien accordé à Al-watwan, la sage-femme d’État Hachimia Dada estime que “ce taux de 22 % reste particulièrement faible au regard des avancées enregistrées ces dernières années et de l’accompagnement assuré par les professionnelles de santé”. Elle regrette notamment que “certaines femmes privilégient l’allaitement mixte à l’allaitement exclusif”, en estimant que le lait maternel ne suffirait pas à nourrir leur enfant. «Pourtant, le lait maternel suffit lui-même à nourrir l’enfant», explique-t-elle.
Selon la sage-femme, l’amélioration de la pratique passe d’abord par une sensibilisation des femmes enceintes, notamment sur la préparation à l’allaitement avant l’accouchement et sur les mesures susceptibles de favoriser la montée de lait. Elle estime également nécessaire d’informer les futures mères sur les risques liés au recours précoce à l’allaitement mixte.
Le pédiatre Zoubert Boinaidi insiste, lui aussi, sur l’importance de l’allaitement exclusif durant les six premiers mois. «Un nourrisson qui n’est pas allaité exclusivement au sein pendant les six premiers mois est exposé à un risque beaucoup plus élevé de maladies infectieuses, de retard de croissance et même de mortalité», explique-t-il. Selon lui, certaines données indiquent que le risque de décès peut être jusqu’à 14 fois supérieur chez les enfants qui ne bénéficient pas d’un allaitement maternel optimal. Le spécialiste rappelle par ailleurs les propriétés protectrices du colostrum, premier lait produit durant les premiers jours suivant l’accouchement.
Riche en anticorps, il contribue notamment à protéger le nourrisson contre plusieurs infections, notamment respiratoires, les otites et les maladies diarrhéiques. «Il est donc le premier vaccin de l’enfant», affirme le pédiatre. L’absence d’allaitement exclusif peut également, selon lui, favoriser les retards de croissance, les troubles du développement psychomoteur et, à plus long terme, le surpoids, l’obésité et le diabète. Certains enfants peuvent aussi être davantage exposés aux allergies, notamment lorsqu’ils présentent des antécédents familiaux d’atopie.
Concernant le niveau faible de la mise au sein dans l’heure suivant la naissance, qui ne concerne que 31 % des nouveau-nés, le docteur Boinaidi évoque plusieurs facteurs. Les soins de routine, tels que l’aspiration, l’administration de vitamine K1 et les mensurations du nouveau-né (poids, taille et périmètre crânien) peuvent retarder la première mise au sein. Il cite également l’absence de protocole standardisé sur la mise au sein précoce au niveau communautaire ainsi que les accouchements par césarienne parmi les obstacles à cette pratique.



