Dans cette interview accordée à Al-watwan, le Dr Abasse Baco, chirurgien gynécologue et obstétricien, revient sur les facteurs de risques, les signes d’alertes, le dépistage, la surveillance et l’accommodement. Le médecin explique notamment pourquoi le sein masculin n’échappe pas à la maladie.

 

Qu’est-ce que le cancer du sein et comment se développe-t-il dans l’organisme ?


Le cancer du sein est une tumeur maligne se développant au dépens des cellules mammaires. Cette tumeur est due à une prolifération anarchique incontrôlée des cellules du sein. Le cancer du sein peut toucher toutes les tranches d’âge, du moment où la femme est pubère. Les principaux types de cancer du sein sont, à 90 %, le carcinome canalaire et, à 10 %, le carcinome lobulaire.

Quels sont les facteurs de risque connus du cancer du sein ?


Le cancer du sein, comme la plupart des cancers, résulte de l’intrication de plusieurs facteurs de risque. L’âge en constitue le premier. Le sexe représente également un facteur majeur, puisque le cancer du sein survient dans la grande majorité des cas chez la femme. S’y ajoutent les facteurs liés à une hyperœstrogénie relative ou absolue, c’est-à-dire une exposition prolongée ou excessive aux œstrogènes : une puberté précoce, une ménopause tardive, une première grossesse tardive, la nulliparité, l’absence d’allaitement maternel, des cycles anovulatoires, un traitement hormonal substitutif prolongé au-delà de dix ans, ainsi que l’obésité qui favorise la production périphérique d’œstrogènes.

 Les antécédents personnels ou familiaux de cancer du sein constituent par ailleurs un élément déterminant, notamment lorsqu’ils s’inscrivent dans un terrain génétique tel que les mutations des gènes Brca 1 ou Brca 2, responsables du syndrome sein-ovaire. Enfin, plusieurs facteurs environnementaux et comportementaux viennent compléter ce tableau, parmi lesquels la consommation d’alcool, le tabagisme, l’irradiation par des rayons ionisants, la sédentarité et un niveau socio-économique élevé.

Le signe le plus connu est la présence d’une boule dans le sein. 
Quels autres symptômes doivent alerter ?


La présence d’une tuméfaction (boule) au niveau du sein. D’autres signes peuvent alerter, comme une anomalie du mamelon : écoulement séro-sanglant, rétraction cutanée, changement de couleur de la peau (peau d’orange), un eczéma, entre autres. Pour distinguer les variations normales de votre corps des signes d’alerte, le meilleur réflexe est de surveiller la symétrie des seins, l’évolution des symptômes et l’intensité de la douleur. Les changements physiologiques sont généralement bilatéraux et cycliques, tandis que les anomalies sont souvent localisées, soudaines ou persistantes.


À quelle fréquence est-il utile d’observer ses seins et, si on choisit de le faire, de les palper ?


L’observation de ses seins peut se faire régulièrement, idéalement à la même période du cycle. La palpation se fait une fois par mois, au début ou à la fin du cycle menstruel. Le dépistage individuel repose sur l’auto-palpation mensuelle et sur une mammographie selon un calendrier adapté au niveau de risque. Le dépistage de masse se fait à partir de 50 ans avec une mammographie systématique. Le rythme de cette dernière se fait tous les deux ans.

L’allaitement protège-t-il contre le cancer du sein ? Dans quelle mesure ?


Nous savons tous que le cancer mammaire est un cancer hormonodépendant. L’allaitement maternel constitue un facteur protecteur par la réduction de l’exposition du tissu mammaire aux œstrogènes.

Docteur, beaucoup de personnes ignorent que les hommes peuvent également développer un cancer du sein. Comment l’expliquez-vous ?


Bien que ce soit rare, le cancer du sein existe bel et bien chez les hommes aussi. Comme chez la femme, le cancer du sein est un cancer hormonodépendant résultant d’un déséquilibre hormonal (hyperœstrogénie relative) caractérisé par un excès relatif ou absolu d’œstrogènes par rapport aux androgènes (testostérone). Ce déséquilibre favorise la prolifération épithéliale des cellules canalaires. Comme chez la femme, le cancer du sein chez l’homme se développe au dépens des cellules des canaux galactophoriques. La présence du tissu mammaire, même en quantité négligeable, implique la possibilité d’une survenue d’un cancer du sein chez l’homme.

Quels sont les principaux facteurs de risque du cancer du sein chez l’homme ?


À part les facteurs environnementaux cités ci-dessus chez la femme, les principaux facteurs de risque chez l’homme incluent l’âge avancé, plus de 60 ans, les prédispositions génétiques et les déséquilibres hormonaux : l’hypogonadisme, le syndrome de Klinefelter, la gynécomastie, les maladies du foie et l’obésité. Les méthodes de diagnostic ne se différencient pas de celles utilisées chez la femme. Elles reposent sur la clinique, la mammographie confirmer le cas échéant par une biopsie pour un examen anatomopathologique.

Et comment accompagne-t-on les patientes et les patients sur le plan psychologique, familial et social pendant la maladie ?


Le soutien psychologique est un pilier essentiel de la prise en charge globale des patientes et des patients atteints d’un cancer du sein, car près de 70 % d’entre eux font face à un impact émotionnel important. Cette consultation psychologique doit être assurée par un psycho-oncologue, un psychologue ou encore un psychiatre.