Dans la région de Hambuu, le centre de santé de Mitsudje (Csm) est devenu un point de référence pour des milliers de patients. Discipline interne, gratuité des consultations, diversification des services et accueil salué par les usagers, tout ceci fait partie des aspects qui distinguent agréablement ce centre. Nous avons fait une immersion dans cette structure sanitaire en pleine évolution.
Au cœur de la région de Hambuu, le centre de santé de Mitsudje s’impose progressivement comme l’un des établissements sanitaires les plus fréquentés et mieux organisés de la zone. Lors d’une visite sur place, le docteur Mohamed Djaloud, médecin-chef du centre depuis 2022, accompagné d’agents de santé dont Nassurdine Hifadhu, infirmier originaire de Daweni ya Bambao, a levé le voile sur le fonctionnement du centre ainsi que les défis de cette structure en pleine évolution.
Avec plus de 1 500 consultations mensuelles, un chiffre d’ailleurs en constante hausse, selon le médecin en chef, l’établissement a récemment renforcé son offre en intégrant la chirurgie orthopédique et la prise en charge psychologique. A ceux-là s’ajoute le service de médecine qui dispose de 34 lits, dont certains semi-privés et trois chambres dites Vip qui sont équipées de climatisation, télévision et réfrigérateur.
Système de triage fondé sur l’urgence médicale plutôt que sur l’ordre d’arrivée
Les autres chambres restent accessibles au plus grand nombre, à raison de 1 000 francs comoriens la nuit, tandis que les consultations y sont gratuites. Et cela constitue un atout majeur pour la population locale et ses environs. Ouvert depuis 1992, le centre offre aujourd’hui un large éventail de services. De la vaccination aux services d’urgences et la maternité, en passant par la radiographie, le service laboratoire, la dentisterie, l’orthopédie ou la pharmacie, les consultations y sont organisées selon un système de triage fondé sur l’urgence médicale plutôt que sur l’ordre d’arrivée.
«Ici, nous évaluons les paramètres des patients par ordre de priorité. Et notre priorité, ce sont d’abord les plus petits et les plus âgés», a insisté l’ancien médecin assistant qui explique que pour lui, le succès du centre de Mitsudje repose avant tout sur une nouvelle culture interne basique instaurée quelques années au paravent. «On a changé plusieurs choses. Nous insistons beaucoup plus sur la discipline, la ponctualité, l’accueil des patients et surtout l’hygiène qui constituent désormais les piliers de l’organisation interne», a-t-il expliqué.
Le médecin a tenu à souligner l’organisation n’était pas facile au début avec le personnel. «Certes ce n’était pas facile au départ, nous avons dû parfois sanctionner le personnel pour lui faire comprendre nos priorités. Aujourd’hui, c’est devenu une habitude pour tout le monde», s’est-il réjoui, concluant que la fréquentation régionale s’est améliorée. «Il faut savoir qu’au-delà de Mitsudje, on dessert toute la région de Hambuu, Bambao Sud en passant par Vuvuni, Mwandzaza Mbwani ou Mbube ya Djuu.
Des gens viennent même depuis Ntsinimwapanga», a-t-il constaté, demandant par la même occasion, un renforcement en termes de ressources humaines. Pour poursuivre cette dynamique et consolider les acquis dans cette structure, devenue indispensable pour des milliers de patients, docteur Mohamed Djaloud demande que le personnel soit revu à la hausse, notamment avec des médecins, des informaticiens et agents de communication «pour faire face à l’afflux croissant des patients».
Soigner d’abord
Sur le terrain, les infirmiers s’assurent, pour leur part, de la continuité des soins, à l’image de Nassurdine Hifadhu. «Si un malade se présente et que le médecin est sur place, nous partageons d’abord avec lui. S’il n’est pas là, nous examinons le patient et le prenons en charge en attendant son arrivée», a-t-il expliqué. Pour lui, la philosophie du centre est claire : soigner d’abord. «Ce qui nous différencie des autres structures, ici le malade doit être pris en charge avant toute chose. Il n’est pas question de demander de l’argent avant les soins», a-t-il insisté.
L’infirmier a également tenu à mettre en avant la relation humaine que tout le personnel entreprend avec les patients. «C’est notre rôle de les rassurer, les traiter correctement et surtout les conseiller», a-t-il répété avant de terminer sur les cas de maladie les plus fréquent. «Le paludisme figurent parmi les pathologies les plus fréquentes qu’on observe. C’est la tendance. Les gens surnomment même notre centre, l’hôpital qui soigne le palu», a-t-il mentionné avec sourire et un brin de fierté.
Dans les couloirs, les témoignages confirment tous ces propos. Assise auprès de son enfant sous perfusion, une mère venue de Mwandzaza Mbwani s’exprime ainsi. «Machallah, on nous a rapidement reçus. Mon fils avait une forte fièvre, ils l’ont d’abord examiné avant de parler de quoi que ce soit», a-t-elle relaté. Plus loin, un homme originaire de Mboudé ya Djuwu a, à son tour, salué l’organisation notamment en matière d’hygiène. «L’hôpital est propre et le personnel est accueillant.
On sent qu’ils font des efforts pour nous mettre en confiance», a-t-il commenté. Même sentiment de satisfaction pour une patiente hospitalisée depuis deux jours. «Je vois les infirmiers passer souvent nous voir, ils demandent comment on se sent. On n’est pas laissés seuls et surtout c’est propre», a-t-elle admis. De son côté, le major du centre Mohamed Ben Ali, a évoqué le travail collectif engagé ces dernières années. Il a mis alors en avant la coordination entre les différents services, la rigueur dans le suivi des patients et la gestion quotidienne des urgences.
«Notre objectif est d’assurer une prise en charge rapide et efficace, malgré des moyens parfois limités. Nous faisons de notre mieux pour maintenir un service de qualité pour toute la région», a-t-il expliqué. C’est ainsi qu’il lancera un appel à tout pour soutenir les efforts consentis et renforcer davantage les capacités de l’établissement.
En tout cas, l’afflux croissant de patients et la diversification des services, pour ne citer que cela, confirment la place stratégique qu’occupe le Csm dans le paysage sanitaire de Hambuu. Et avec son organisation interne renforcée, son personnel engagé et sa philosophie axée sur la prise en charge avant toute autre considération, la structure poursuivra sa transformation malgré des défis persistants, notamment en ressources humaines et en équipements.


