Scanner en panne et manque de rigueur dans la gestion du personnel : le chirurgien Mohamed Hassanaly Abdoul-Anzize alerte sur les difficultés du Centre hospitalier régional de Fomboni, à Mwali.
À Mwali, le Centre hospitalier régional (Chri) de Fomboni continue d’accueillir de nombreux patients, y compris des malades venus d’autres îles de l’archipel. Mais derrière cette fréquentation se cachent des difficultés qui fragilisent la prise en charge médicale. Après 27 ans de service au sein de cet établissement, le chirurgien Mohamed Hassanaly Abdoul-Anzize, membre du conseil d’administration de l’hôpital, dénonce “des dysfonctionnements persistants”, notamment l’inactivité du scanner acquis en 2023, les problèmes de gestion du personnel et le manque de moyens pour faire face à une éventuelle menace épidémiologique.
Le scanner offert à Mwali après la pandémie de Covid-19 reste l’un des symboles de ces difficultés. Selon le chirurgien, cet équipement a été octroyé par la Banque islamique de développement (Bid), à la suite d’une recommandation du président Azali Assoumani.
La prise en charge des patients
Pourtant, plusieurs années après son acquisition, la machine n’est toujours pas opérationnelle. «Au début, il n’y avait pas un bâtiment spécifique pour l’installer. Il a été construit», explique-t-il. Des travaux supplémentaires ont ensuite été nécessaires, notamment pour installer des protections en plomb dans les murs afin de limiter l’exposition aux rayonnements. Les exigences liées à l’alimentation électrique ont également retardé sa mise en service.
Pour garantir la longévité de l’appareil, les partenaires ont demandé un groupe électrogène adapté, le courant fourni par la Société nationale de l’électricité des Comores (Sonelec) étant jugé peu fiable. Le branchement nécessite encore entre huit et neuf millions de francs comoriens pour l’achat des pièces de connexion. Une somme que l’établissement peine à mobiliser. «Nous avons frappé à toutes les portes du ministère de la Santé, mais personne ne nous a répondu», regrette le chirurgien.
Et le personnel…
Au-delà de ce blocage financier, le médecin craint que le temps passé sans utilisation n’endommage l’équipement. Il cite le précédent d’une machine de production d’oxygène restée longtemps inutilisée, dont plusieurs câbles avaient été détériorés avant sa mise en service. «J’appelle le gouvernement à réagir car, si cela arrive, ce sera une perte pour la nation», avertit-il.
Cette absence de scanner a des conséquences directes sur la prise en charge des patients. Le chirurgien évoque notamment l’augmentation des cas d’accidents vasculaires cérébraux (Avc), pour lesquels un examen d’imagerie est essentiel afin de déterminer précisément la localisation de la lésion et d’orienter le traitement, voire une intervention chirurgicale lorsque celle-ci est indiquée.
En attendant, les équipes médicales stabilisent les patients avant de les orienter vers Ngazidja ou d’autres structures disposant des équipements nécessaires. «Si cet appareil était en marche, je crois qu’on pourrait sauver beaucoup de vies ici», estime-t-il. Les difficultés du Chri de Fomboni ne se limitent pas au manque d’équipements.
Mohamed Hassanaly Abdoul-Anzize déplore également “une dégradation du fonctionnement des services”, malgré les recrutements effectués pour renforcer les équipes médicales. Il met notamment en cause “le manque de discipline de certains médecins et chefs de service”, qu’il accuse de “ne pas respecter les horaires de travail”. «Les médecins et chefs des services viennent au travail quand ils veulent et repartent quand ils souhaitent», affirme-t-il. Selon lui, les responsables hospitaliers “peinent à faire respecter les règles”. Il estime que cette situation “affaiblit l’autorité de la direction et favorise les activités privées au détriment du service public”.
Risques épidémiologiques
Le chirurgien se souvient de son passage à la direction de l’établissement, entre 2011 et 2012, lorsqu’il avait instauré des mesures strictes pour faire respecter les horaires. «À huit heures précises, je fermais le portail de cet hôpital. Personne n’entrait, à part les visiteurs», raconte-t-il. Une décision «qui m’avait valu de nombreuses critiques, mais qui avait permis d’améliorer l’organisation du travail». Aujourd’hui, il regrette que certains jeunes médecins privilégient leurs propres cliniques au détriment de l’hôpital public.
«C’est un droit pour chaque patient de bénéficier des soins une fois qu’il se rend à l’hôpital», rappelle-t-il. Coordonnateur insulaire de la surveillance des maladies épidémiologiques, le chirurgien exprime enfin de vives inquiétudes face aux arrivées clandestines de migrants en provenance du continent africain, dont certains transitent par Mwali pour rejoindre Mayotte. Il redoute notamment que ces mouvements de population favorisent l’introduction d’une maladie hautement contagieuse, comme Ebola, alors que les capacités locales de détection restent insuffisantes.


