Le Centre médico-chirurgical de Nyumashuwa a réalisé, pour la première fois de son histoire, une césarienne. «Une avancée majeure pour ce district», souligne-t-on dans l’établissement où les cas d’urgences obstétricales devaient jusqu’ici être transférés vers Fomboni, parfois au prix de longues heures d’attente et dans certains cas, de pertes de vies humaines. Mardi 19 mai, entre 12h et 13 heures, une équipe médicale mobilisée entre Nyumashuwa et Fomboni, dirigée par le gynécologue-obstétricien Nourdine Allaoui, a mené avec succès l’intervention, jugée inédite. 

Un bloc opératoire enfin fonctionnel

La patiente, une femme d’une vingtaine d’années enceinte, à terme, devait subir sa 4e césarienne. Suivie durant sa grossesse à Ndrondroni, elle a été prise en charge en urgence au nouveau bloc opératoire de Nyumashuwa. «L’opération s’est déroulée sans complication. Un petit garçon est né en bonne santé. La mère et l’enfant se portent bien», a indiqué le docteur Nourdine Allaoui.


Inauguré en 2015, le bloc opératoire du centre n’avait jamais été véritablement opérationnel faute d’un gynécologue- obstétricien, d’équipements et de moyens techniques suffisants. La situation va évoluer grâce à un partenariat entre plusieurs acteurs de santé. Le projet «Compass» a apporté des dons de matériels. Le Centre hospitalier régional de Fomboni (Chri) a fourni, à son tour, des équipements de bloc opératoire, du matériel d’anesthésie ainsi qu’un appui d’un personnel indispensable à la réalisation des interventions.

«Nous travaillons en étroite collaboration avec l’équipe de Fomboni. Les anesthésistes sont basés là-bas, on programme nos interventions en amont mais en cas d’urgence, comme notre cas de césarienne d’urgence de ce mardi dernier, nous avons désormais une marge de sécurité qui nous permet d’intervenir ici», a-t-on expliqué. Une nouvelle césarienne est d’ailleurs programmée ce samedi, signe que cette première  opération ne restera pas un cas isolé et que la demande est bien présente. Derrière cette avancée se trouve notamment le gynécologue-obstétricien, Nourdine Allaoui, installé à Mwali depuis plus d’une décennie. 


Originaire de Ndzuani, il raconte avoir fait le choix de poursuivre sa carrière sur l’île de Mwali alors qu’il exerçait comme médecin généraliste. «Je travaille à Mwali depuis 2014. À l’époque, il y avait déjà beaucoup de médecins à Ndzuani. Pour évoluer professionnellement et travailler dans de bonnes conditions, j’ai choisi de venir ici», a-t-il confié. Le médecin a exercé, pendant huit ans, au Centre de santé de Wanani avant d’obtenir une bourse de spécialisation au Sénégal en gynécologie-obstétrique. Aujourd’hui, Mwali ne compte que deux gynécologues-obstétriciens. 


Alors qu’un transfert vers le Chri lui avait été proposé, il affirme avoir souhaité poursuivre son engagement auprès des patients du district qui sont à la demande mais également pour lutter contre la mortalité maternelle et infanto-maternelle. «C’est un choix personnel. Cette première césarienne est aussi le résultat d’une volonté de rapprocher les soins spécialisés des habitants de Nyumashuwa», a-t-il souligné.


Dans cette région, plusieurs décès maternels ont été enregistrés au fil des années, souvent liés aux délais nécessaires d’évacuation des patientes vers Fomboni lors de complications obstétricales.  Pour le docteur Nourdine Allaoui, la prévention reste essentielle. «Les femmes enceintes sont les premières concernées. Au moindre problème lié à la grossesse, il faut se rendre rapidement à l’hôpital. Celles qui ont déjà subi une césarienne doivent consulter très tôt et ne pas attendre le début des contractions», a-t-il insisté. Cette première intervention demeure une action ponctuelle. Mais pour le spécialiste, l’objectif est désormais d’éviter que les urgences ne surviennent à la dernière minute.