Professeur égyptien, gynécologue et d’obstétricien, consultant en micro-injections et en chirurgie gynécologique, ce spécialiste de traitement de l’infertilité est titulaire d’un doctorat en gynécologie, obstétrique et médecine de la reproduction. Il a suivi une formation avancée en santé féminine à l’Université d’Anvers, en Belgique, il s’est également spécialisé en traitement de l’infertilité et des retards de conception à l’Université Paris-Descartes, en France. Dans un entretien exclusif accordé à Al-watwan, ce natif d’Alexandrie a abordé plusieurs questions liées à l’infertilité et aux solutions médicales actuelles pour y faire face.

 

Comment définissez-vous l’infertilité aujourd’hui, et quelle est la différence entre infertilité primaire et secondaire ?

L’infertilité correspond à l’incapacité pour un couple d’obtenir une grossesse après un an de rapports sexuels réguliers, sans aucune méthode de contraception.
Par rapports sexuels réguliers, on entend en général au moins deux rapports sexuels par semaine. Lorsque, malgré cela, aucune grossesse ne survient au bout d’un an, on considère que la femme, ou le couple, présente une infertilité. Cependant, cette définition a récemment évolué afin de mieux prendre en compte l’âge de la femme. Après 35 ans, il n’est plus recommandé d’attendre un an complet. En l’absence de grossesse après six mois de rapports sexuels réguliers et non protégés, un bilan et une prise en charge médicale peuvent déjà être envisagés.
On distingue deux formes d’infertilité, à savoir l’infertilité primaire et l’infertilité secondaire. L’infertilité primaire concerne les couples qui n’ont jamais obtenu de grossesse. L’infertilité secondaire, quant à elle, désigne les situations où une grossesse a déjà eu lieu par le passé, et que la femme n’arrive plus à concevoir par la suite.

L’infertilité concerne-t-elle davantage les femmes que les hommes, ou est-ce un phénomène partagé ?

L’infertilité touche aussi bien les femmes que les hommes. Les causes sont globalement réparties de manière équitable. Environ, 50% des cas sont d’origine féminine et 50% d’origine masculine. C’est pourquoi le bilan est toujours réalisé chez les deux membres du couple.

Quelles sont aujourd’hui les principales causes d’infertilité chez les femmes ? Et chez les hommes ?

Les causes de l’infertilité sont multiples et peuvent concerner la femme, l’homme ou les deux à la fois. Chez la femme, les causes les plus fréquentes sont les troubles de l’ovulation, l’obstruction des trompes, l’endométriose, les déséquilibres hormonaux, l’âge, ou encore certaines anomalies de l’utérus comme les fibromes. Chez l’homme, il peut s’agir d’un nombre insuffisant de spermatozoïdes, d’une mauvaise mobilité ou qualité des spermatozoïdes, de troubles hormonaux, d’infections ou d’une varicocèle, qui correspond à une dilatation des veines du testicule.

En cas d’infertilité masculine, quelles sont les solutions thérapeutiques disponibles ?
L’infertilité masculine n’est pas prise en charge par le gynécologue, mais par des spécialistes appelés urologues ou andrologues. En cas de varicocèles importantes ayant un impact sur la fertilité, une intervention chirurgicale peut être indiquée. Lorsque le problème concerne surtout la quantité ou la qualité des spermatozoïdes, un traitement à base de vitamines ou de médicaments peut être proposé, avec des résultats visibles après plusieurs mois, parfois jusqu’à six mois. En l’absence totale de spermatozoïdes, une biopsie testiculaire peut être réalisée afin d’en rechercher directement dans les testicules. Certains patients peuvent également bénéficier de traitements hormonaux par injections pour stimuler la production de spermatozoïdes.

On observe des difficultés à concevoir à des âges de plus en plus avancés. À partir de quel âge les chances de grossesse diminuent-elles significativement ?

De manière générale, les chances de grossesse diminuent avec l’âge, en particulier chez la femme. Avec le temps, la qualité des ovules se dégrade et leur nombre diminue. Cette baisse s’accélère nettement à partir de 39 à 40 ans. Après 45 ans, les chances de grossesse deviennent très faibles, surtout en l’absence de règles.

La diminution de la réserve ovarienne est souvent évoquée. Pouvez-vous expliquer ce que cela signifie et en quoi elle influence la fertilité ?

La diminution de la réserve ovarienne est un processus naturel lié à l’âge. Toutefois, chez certaines femmes, cette baisse peut être plus rapide, ou la réserve peut être faible dès le départ. Ainsi, à un certain âge, il peut rester très peu d’ovules. Plus la réserve ovarienne est importante, plus les chances de grossesse sont élevées. Cette réserve joue un rôle essentiel en fécondation in vitro (FIV), car un faible nombre d’ovules entraîne moins d’embryons et réduit donc les chances de réussite.

Vous recevez des patientes comoriennes parmi votre patientèle. Quels profils ou pathologies reviennent le plus souvent avec ce public ?

Oui, je reçois de nombreuses patientes comoriennes. En dehors des Égyptiennes, une grande partie de ma patientèle vient de différents pays africains, notamment des Comores. Le principal constat que je fais est que beaucoup de femmes consultent à un âge relativement avancé, parfois lorsque leur réserve ovarienne est déjà fortement diminuée. Cela rend la prise en charge plus complexe. Je vois également beaucoup de patientes présentant des fibromes utérins. Souvent, ces fibromes ont évolué et pris de volume faute de traitement précoce, ce qui peut réduire les chances de grossesse.

Quelle est la différence entre les principales techniques d’assistance médicale à la procréation, notamment l’insémination artificielle et la fécondation in vitro ?

L’insémination intra-utérine est une technique relativement simple. Le sperme est préparé en laboratoire puis déposé directement dans l’utérus au moment de l’ovulation. La fécondation se fait ensuite naturellement dans le corps de la femme.
La fécondation in vitro (FIV), quant à elle, est différente. On commence par stimuler les ovaires afin d’obtenir plusieurs ovules. Ceux-ci sont ensuite prélevés et mis en contact avec les spermatozoïdes en laboratoire. La fécondation a donc lieu en dehors du corps, avant que l’embryon ne soit transféré dans l’utérus. L’ICSI est une variante spécifique de la FIV. Au lieu de laisser les spermatozoïdes féconder l’ovule spontanément, on injecte directement un spermatozoïde dans chaque ovule. Cette méthode est principalement indiquée en cas d’altération importante du sperme.

Dans quels cas la Fiv est-elle indiquée ?

La FIV est indiquée dans plusieurs situations, notamment quand les trompes sont bouchées ou endommagées, quand il y a des anomalies importantes du sperme, quand on remarque endométriose, une diminution significative de la réserve ovarienne, des échecs répétés d’insémination, et/ou une infertilité inexpliquée malgré des examens normaux et des tentatives prolongées. 

Concrètement, comment se déroule un protocole de Fiv, du premier rendez-vous jusqu’au transfert d’embryon ?

En premier lieu, la consultation. Le couple rencontre le médecin pour un bilan complet, avec des analyses sanguines, une échographie et un spermogramme. Ensuite on réalise la stimulation ovarienne. La patiente suit un traitement hormonal par injections pendant environ 10 à 12 jours afin de stimuler la production de plusieurs ovules. Il y a également le suivi médical à travers lequel on effectue des échographies et prises de sang régulières lesquelles permettent de contrôler la croissance des follicules. Après on passe au déclenchement de l’ovulation qui se fait à partir d’une injection spécifique administrée lorsque les ovules sont arrivés à maturité.


Le processus se poursuit avec la ponction ovocytaire pendant laquelle les ovules sont prélevés en clinique sous anesthésie légère. Le même jour, le conjoint fournit un échantillon de sperme. Et là, on passe à la fécondation en laboratoire où les ovules et les spermatozoïdes sont mis en contact (FIV classique). On peut aussi injecter directement un spermatozoïde dans chaque ovule. C’est ce qu’on appelle ICSI. Après cette mise en contact, on passe à la culture embryonnaire. Et là, on observe et suit les embryons pendant quelques jours en laboratoire, avant de procéder au transfert embryonnaire. Là, ce sont un ou deux embryons qui sont déposés dans l’utérus. Le geste est simple et ne nécessite pas d’anesthésie. Un test de grossesse est réalisé environ 10 à 14 jours plus tard.

Peut-on prévenir certaines formes d’infertilité ?

Dans certains cas, il est possible de prévenir certaines causes d’infertilité. On peut prodiguer les conseils suivants, notamment ne pas retarder excessivement la grossesse, en particulier après 35 ans, traiter rapidement les infections gynécologiques ou urinaires, se protéger contre les infections sexuellement transmissibles. On peut également recommander de prendre en charge les fibromes ou les troubles menstruels sans tarder, d’éviter le tabac, l’alcool excessif et le surpoids, et chez l’homme, de consulter en cas de douleur testiculaire ou de varicocèle. En résumé, un suivi médical régulier et une consultation précoce en cas de doute permettent souvent d’éviter des complications.

Quels conseils donnez-vous aux couples qui souhaitent préserver ou optimiser leur fertilité ?

Pour préserver leur fertilité, je conseille aux couples de ne pas reporter trop longtemps le projet de grossesse, surtout pour la femme et d’adopter un mode de vie sain avec une alimentation équilibrée et une activité physique régulière. Il faut ensuite éviter le tabac, les drogues et l’alcool excessif ; maintenir un poids stable et adapté ; consulter un spécialiste en cas de règles irrégulières, de douleurs pelviennes ou de troubles testiculaires ; traiter rapidement toute infection ; et prendre, si nécessaire et sur avis médical, certaines vitamines ou antioxydants pouvant améliorer la qualité des ovules et des spermatozoïdes. En somme, on doit préserver sa santé au quotidien, c’est aussi préserver sa fertilité.

Propos recueillis par Maoulida Mbaé, 
à Alexandrie en Egypte