Déclaré officiellement le 23 janvier dernier par le ministre de la Santé, le Mpox a actuellement atteint 12 cas depuis ses débuts. Il y a quelques jours, une coordination nationale a été mise en place notamment pour la gestion de la maladie et la riposte. A sa tête, le docteur Naouirou Mhadji. Mercredi 4 février dernier, le tout nouveau coordonnateur national du Système de gestion de l’incident Mpox (SGI) nous a accordé une interview dans son bureau. Entre surveillance aux frontières, prise en charge des patients, sensibilisation de la population et réflexion sur une vaccination ciblée, le dispositif est en place mais reste confronté à des défis humains, organisationnels et sociaux. Interview.

 

Quelle est aujourd’hui la situation du Mpox et existe-t-il un risque réel d’extension de l’épidémie ?


La maladie est toujours en situation épidémique dans le pays, comme dans d’autres pays où elle sévit. Ici, c’est la première fois que nous faisons face à cette épidémie, apparue le 23 janvier 2026. L’alerte venue de Madagascar, le 30 décembre, nous a permis de mieux nous préparer. Nous nous attendions donc à des cas importés et nous nous  sommes préparés en conséquence. Depuis le 23 janvier, date de l’annonce des quatre premiers cas, la situation a évolué. À ce jour, nous comptons 12 cas, dont sept sont déjà guéris et ont quitté l’hôpital. Cependant, nous avons des inquiétudes car, parmi ces douze cas, au moins six sont des cas autochtones. Cela signifie que ces personnes ont contracté la maladie sur le territoire national après avoir été en contact avec des personnes venues de Madagascar.

Ces cas de transmission locale retiennent toute notre attention, car il est essentiel d’identifier les foyers et les personnes qui véhiculent la maladie. Heureusement, nous avons mis en place un système de recherche active. Néanmoins, il arrive que certaines situations imprévues nous prennent au dépourvu. La transmission sexuelle est une voie importante, compte tenu de la forme du virus que nous avons et des cas pris en charge jusqu’à présent. D’autres modes de transmission, notamment les contacts rapprochés entre personnes, sont également à craindre. J’invite donc la population à adopter les bons comportements pour se protéger. Jusqu’ici, nous avons recensé 21 cas suspects, dont 12 confirmés. Les autres patients souffrent d’autres maladies provoquant également des manifestations cutanées, comme la varicelle ou la gale, qui sévissent actuellement en plus du Mpox.

Une autre inquiétude concerne la réaction de certaines familles et de certains patients qui ne coopèrent pas avec la structure de prise en charge mise en place. Or, c’est cette structure qui permet de mieux protéger la population et d’éviter la propagation de la maladie, grâce à l’isolement d’abord, puis à la prise en charge. Elle est également chargée de l’isolement jusqu’à l’obtention d’un diagnostic clair, puis de la prise en charge en cas de résultat positif. Certaines attitudes sont à bannir. Nous avons été confrontés à deux fuites, l’une à Bambao Mtsanga et l’autre à Samba. Cette résistance et ces fuites nous inquiètent, car elles peuvent être sources d’une forte propagation du virus. Heureusement, il s’agit de cas isolés, car globalement la situation se déroule bien. Nous avons malgré tout réussi à leur faire comprendre la dangerosité de leurs comportements et nous espérons que cela ne se répètera plus avec d’autres patients.

Quelles sont les principales difficultés que vous avez rencontrées depuis le début de cette épidémie ?


Quand on gère une épidémie, ce n’est pas toujours facile. Il y a des situations que nous avons pu anticiper, et d’autres que nous n’avons pas pu prévoir et qui nous posent problème. Nous sommes néanmoins obligés de les affronter et de trouver des solutions immédiates. Il faut donc être très réactifs, notamment face aux aspects que nous n’avons pas anticipés. Heureusement, il n’y a pas que des difficultés. En matière de surveillance des frontières, par exemple, nous avons une excellente collaboration avec les agents sur le terrain. Le maintien du contrôle des passagers est un élément essentiel, car il nous a déjà permis de détecter des cas à leur arrivée. Certains présentaient des signes très visibles, ce qui a permis un diagnostic et une prise en charge rapides. Cependant, nous avons aussi rencontré quelques situations préoccupantes. Il s’agit notamment d’une quinzaine de passagers arrivés sans certificat. À ce niveau, les responsabilités sont partagées, notamment entre les armateurs et les agences. Cela peut paraître minime au regard des près de 3 000 passagers arrivés de Madagascar, mais il est nécessaire de renforcer la surveillance afin d’atteindre l’objectif de 100 %. Ces failles sont corrigées progressivement. Il existe également des problèmes organisationnels liés aux conditions de travail des agents aux frontières, et nous sommes conscients qu’il faut y apporter des solutions. Nous travaillons activement avec nos partenaires et avec le gouvernement afin de trouver des réponses rapides et efficaces. Concernant la prise en charge, notamment pour les médicaments et l’alimentation, le gouvernement joue pleinement son rôle. Jusqu’à présent, tout se passe très bien. Il peut apparaître quelques soucis, mais aucun problème majeur n’a été constaté.

Quel est le niveau réel des structures sanitaires face à une éventuelle augmentation des cas de Mpox ?

Les structures de santé sont impliquées et collaborent, mais nous travaillons pour leur outillage. Nous voulons que chaque structure ait une zone d’isolement. On a le laboratoire qui fonctionne très bien ici, donc il faut qu’on arrive à isoler le patient au niveau du centre, le temps d’acter son statut. Cet objectif n’est pas encore atteint et on peut avoir cette crainte qu’il y ait des cas dans tous les districts d’où la nécessité d’outiller ces centres. Pour les ressources humaines, nous allons lancer des formations, notamment sur le protocole de prise en charge, sur l’intervention rapide. D’ailleurs pour les équipes d’intervention rapide dans les districts, elles sont outillées, mais on doit rappeler certaines spécificités liées au Mpox à ces équipes qui existent depuis la période du Covid. Au niveau des équipements, la plus grande crainte c’était le laboratoire. Lors du Covid, on a travaillé avec l’Inrape, maintenant nous avons un laboratoire national de santé publique. C’est le point central de la lutte puisqu’on arrive à diagnostiquer. Pour ce qui est des sites de prise en charge, nous avons la capacité de prendre en charge une vingtaine de patients en même temps à Ngazidja et Ndzuani, mais seulement une dizaine à Mwali. Pour les médicaments, nous avons suffisamment de stocks. Et au cas où on doit faire face à une pénurie par rapport à ce qu’on a dejà achetés, l’Ocopharma en dispose suffisamment pour prendre en charge les patients jusqu’à quatre ou six mois.

Comment expliquer les cas de patients qui ont quitté les structures de soins, et que cela révèle-t-il du dispositif actuel ?

Lorsqu’une épidémie survient, il y a de la peur et parfois une véritable psychose. Dans un des cas, le patient, perfusion en main, a quitté l’hôpital parce que, sachant qu’il était malade, personne n’osait l’approcher. Pour le cas de Samba, un travail a été mené avec la mairie afin de mutualiser les efforts et de lutter contre ces fuites. Il faut comprendre que les malades souffrent et que chacun réagit différemment. Tout repose sur la négociation. A Ndzuani, nous avons sollicité la gendarmerie pour le rechercher, et il est finalement revenu de lui-même après des négociations téléphoniques. Aujourd’hui, il est guéri. Pour le cas de Ngazidja, nous avons appelé à plusieurs reprises. Il a d’abord éteint son téléphone, puis l’a rallumé. Nous avons continué à l’appeler, à dialoguer avec lui en changeant d’interlocuteurs, et il a finalement accepté de revenir sans que nous ayons besoin de recourir à la force.

 

Comment expliquez-vous les perceptions de banalisation du Mpox au sein de la population et quelles actions concrètes le SGI met-il en œuvre ou prévoit-il pour renforcer la sensibilisation ? 

Le changement de comportement dans notre pays est un long processus. Il faut sensibiliser et en parler partout, car c’est ainsi que les comportements évoluent. Le deuxième élément est que la maladie peut être mortelle, mais comme il n’y a pas encore eu de décès, certaines personnes banalisent la situation. De notre côté, nous avons mis en place un système de suivi efficace, qui nous aide beaucoup et qui a notamment permis d’éviter, jusqu’à présent, des cas très compliqués. Il existe une certaine sensibilisation et les gens appellent le 1717 pour signaler, par exemple, un voisin présentant des signes de la maladie. Cela montre que la population comprend et qu’elle est inquiète. Cependant, à une plus grande échelle, tout le monde n’est pas encore sensibilisé. Il faut élargir la communication pour que chacun dispose des mêmes informations. Nous devons également renforcer la formation sur les signes, les modes de contamination et la dangerosité de la maladie. Les médecins seront aussi formés pour mieux distinguer le Mpox de la varicelle ou de la gale, même s’ils connaissent déjà ces pathologies. Il y a donc une adhésion réelle. Il ne s’agit pas d’une banalisation volontaire, mais d’un comportement humain influencé par l’absence de décès. Ce qui est certain, c’est que ce n’est pas une maladie banale. Les mesures plus restrictives relèvent des autorités politiques. Nous n’en sommes pas là et nous ne l’envisageons pas pour le moment. La maladie peut toutefois évoluer et toutes les options restent possibles. À ce stade, la situation est sous contrôle et nous sommes au niveau 1 de l’épidémie.

En quoi l’exigence d’un certificat de non-contamination pour les passagers en provenance de Madagascar reste-t-elle une mesure pertinente alors qu’elle a montré ses limites ?

Certaines personnes l’ont mal perçu, et cette mesure allait peut-être à l’encontre des intérêts de certains. Pourtant, elle reposait sur une réelle logique. La période d’incubation du Mpox varie de 5 à 21 jours. Une personne peut donc voyager sans présenter de signes de la maladie. Sans cette mesure, nous n’aurions pas pu effectuer de tri. Des personnes présentant des signes visibles auraient pu voyager avec des personnes saines, alors que ce sont celles qui développent les symptômes qui contaminent. Durant le voyage, elles auraient pu infecter d’autres passagers. On serait ainsi passé de cinq passagers malades à une centaine de personnes contaminées, d’autant plus que les bateaux transportent en moyenne près de 400 passagers. L’objectif du certificat était avant tout de protéger les passagers sains. Le second objectif était de nous permettre, à l’arrivée, d’assurer un suivi sanitaire des voyageurs. Sur près de 3000 passagers concernés, seuls deux présentaient des signes. Cela montre que le certificat a joué son rôle.

Les autorités avaient parlé d’une vaccination ciblée, où en est-on ? 

L’État a pris sa décision. Il faut vacciner. Malheureusement, le vaccin est extrêmement cher. De l’usine jusqu’à l’injection, le coût avoisine les 200 euros par dose. La stratégie ne peut donc pas être comparable à celle de la Covid ou du choléra. Il faut comprendre que la vaccination vise avant tout à couper la chaîne de transmission. C’est dans cette logique qu’une vaccination ciblée est envisagée. Parmi les personnes envisagées figurent les agents aux frontières, le personnel en première ligne dans les sites de prise en charge, ainsi que les personnes contacts au sein des familles. Pour l’instant rien n’est encore arrêté. La vaccination est certaine, mais le nombre de doses et les cibles prioritaires n’ont pas encore été définis. Par ailleurs, le pèlerinage approche, et il n’est pas exclu que l’Arabie saoudite exige une vaccination pour les pèlerins. Ces derniers pourraient donc faire partie des personnes à vacciner, mais cette décision n’a pas encore été prise. Il faut aussi savoir que l’Union africaine ne dispose que de 150 000 doses pour l’ensemble du continent. Madagascar, par exemple, avait demandé 150 000 doses et n’en a reçu que 30 000. Cela souligne l’importance d’un ciblage précis. Les autorités examinent toutes les options. 

Il ne s’agit pas uniquement d’une question financière, il existe également des procédures et des instances à respecter. Pour l’instant, le nombre de doses souhaitées et les cibles prioritaires n’ont pas été arrêtés. Avec seulement 12 cas confirmés, il est encore possible de couper la chaîne de transmission. Il n’est donc pas nécessaire de disposer d’un grand nombre de doses. L’enjeu principal est d’optimiser le ciblage, de choisir les meilleures priorités et de répondre aux exigences en vigueur.