Différents médecins interrogés déplorent une baisse importante de la fréquentation des hôpitaux en cette période de crise nationale. Ils espèrent un retour rapide à la normale, car ils craignent une hausse des décès communautaires en raison du manque de moyens de transport pour acheminer les patients vers les centres hospitaliers.

 

Plus de 72 heures après le déclenchement de la grève du Syndicat national des chauffeurs, rapidement suivie par le Syndicat des commerçants comoriens, Al-watwan s’est entretenu avec des responsables d’hôpitaux afin de mesurer l’impact de ce mouvement sur le secteur sanitaire. À en croire leurs propos, les activités se poursuivent, mais au ralenti. 


Depuis ce lundi, le nombre de patients reçus a sensiblement diminué. « Le véhicule de l’hôpital se charge de récupérer les agents qui se trouvent aux alentours, car nous ne sommes pas en mesure de faire venir ceux des autres régions. Pire encore, si cette grève perdure, nous devrons nous limiter à assurer uniquement un service minimum », explique le médecin-chef de l’hôpital de Fumbuni, le docteur Fahar Bachirou, résident à Ntsinimwashongo. Il se dit toutefois soulagé de disposer d’un véhicule personnel qui lui permet d’assurer ses consultations, même s’il est régulièrement intercepté par les grévistes pour justifier ses déplacements.

«L’absentéisme du personnel médical»

Mais son inquiétude ne concerne seulement pas le manque de patients ou de personnel médical. Le praticien s’interroge sur comment le personnel soignant, majoritairement des contractuels, feront face à la cherté de la vie qui se projette avec des salaires «misérables».

 A l’hôpital de Samba, l’ambulance se charge de ramener les médecins et le personnel soignant ainsi que les patients qui voudraient se faire consulter. Le directeur par intérim de cet établissement hospitalier, Soulaimana Mohamed, explique que l’impact est à deux niveaux. «D’abord par manque de patients, mais aussi par l’absentéisme du personnel médical. Ce qui veut dire que cette situation risque de virer au pire, avec un risque accru d’augmentation des décès ».


A Mitsudje, le médecin-chef, docteur Mohamed Djaloud, fait savoir que durant ces 72 heures de grève, seules 15 consultations ont été réalisées contre 25 en moyenne en temps normal. Le service de vaccination n’a, selon lui, pas connu de changement majeur. «Il y a eu 10 patients contre 12 en moyenne. Pour ce qui est des hospitalisations, il y en a eu 12 en 72 heures, contrairement à 30 avant», précise-t-il. L’hôpital pôle de Washili connaît la même situation, à en croire son médecin-chef, le docteur Ben Yakout.

 Le docteur Zoubeir Boinaïdi, pédiatre au Centre hospitalier national El-Maarouf et à Mnungu, dans la région de Hamahame, exprime son « inquiétude face aux personnes les plus vulnérables, notamment les enfants, les personnes âgées et les femmes enceintes pour les rendez-vous manqués ». Il recommande aux parents de disposer d’un minimum de médicaments à domicile afin d’assurer les premiers soins en cas de besoin.

 Selon lui, il s’agit notamment du Doliprane en cas de fièvre, du Vogalène contre les vomissements, du Tiorfan pour la diarrhée, ainsi que des solutions de réhydratation orale pour prévenir la déshydratation en cas de diarrhée ou de vomissements. Il ajoute également l’importance du sérum physiologique pour le nettoyage nasal en cas d’écoulement.

«Une diminution de 75 % de la fréquentation» à Hombo

De son côté, la docteure Soumaihat Ahmed Soilihi, gynécologue exerçant à l’hôpital de Mbeni et au poste de santé de Fumbuni, explique avoir été dans l’impossibilité de se rendre à Mbeni lundi et mardi, faute de moyens de transport. «Mais ce mercredi, j’ai dû louer une voiture pour m’y rendre à 50 000 francs. J’ai eu 4 patientes en consultation et 2 césariennes qui étaient urgentes», a-t-elle raconté au téléphone, hier en début de journée. Elle précise que, dans les cas graves, sa consœur gynécologue, la docteure Hasanate, prend le relais.

 

À défaut, l’ambulance de l’hôpital de Mbeni assure le transfert des patientes vers El-Maarouf. À Fumbuni, la praticienne ne prévoit pas de s’y rendre avant le lundi prochain. À Ndzuani, notamment au Centre hospitalier de référence insulaire de Hombo, le directeur, le docteur Ibrahim Salim Mari, déplore «une diminution de 75 % de la fréquentation». Selon lui, « un service de transfert des malades a été mis en place en collaboration avec la Sécurité civile, afin de faciliter l’accès aux soins en toute sécurité en cette période de crise majeure ». Il précise que ce dispositif permet également d’ «acheminer le personnel médical résidant à proximité de l’hôpital». 

La même organisation a été adoptée à l’hôpital de Fomboni. Le directeur de cet établissement de référence, Mohamed Hassane, déplore que, depuis lundi, «l’hôpital dépense davantage qu’il ne génère de recettes, en raison de la prise en charge des véhicules destinés à transporter le personnel soignant vivant non loin de la capitale».