Face à la progression du surpoids chez les enfants, le ministère de la Santé a lancé une campagne nationale de sensibilisation dans les écoles pour encourager des habitudes alimentaires plus saines et durables.
Face à la montée préoccupante du surpoids et de l’obésité infantile, le ministère de la Santé et de la Protection sociale, à travers la Direction de la santé familiale, a lancé, en ce mois d’avril, une vaste campagne de sensibilisation sur les goûters sains dans près de 70 écoles des trois îles de l’Union des Comores. Conduite avec l’appui de l’Unicef et en collaboration avec l’Association comorienne de lutte contre la malnutrition, cette initiative vise à inculquer de meilleures habitudes alimentaires dès le plus jeune âge.
Elle intervient dans un contexte marqué par ce que les spécialistes qualifient de « triple fardeau de la malnutrition ».Selon la responsable nationale de la nutrition, Fatouma Hadji, « les Comores font face à la malnutrition aiguë et sévère, aux carences en micronutriments, mais aussi à une progression du surpoids et de l’obésité, facteurs de maladies non transmissibles telles que le diabète, l’hypertension ou certains cancers ».
Les chiffres issus de l’enquête Mics (Multiple indicator cluster surveys, ou «Enquêtes par grappes à indicateurs multiples») de 2022 sont révélateurs : 18,2 % des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition chronique, 5 % de malnutrition aiguë, tandis que seuls 22,6 % bénéficient d’un allaitement maternel exclusif.
Par ailleurs, l’enquête Smart (Standardized monitoring and assessment of relief and transitions, signifiant «Suivi et évaluation standardisés des secours et des transitions»), réalisée en 2024, indique que 4 % des enfants de cette tranche d’âge sont déjà touchés par l’obésité, signe d’une transition nutritionnelle en cours.
Une sensibilisation progressive dans le pays
La campagne, amorcée le mois dernier auprès des autorités locales, des chefs d’établissement, des élus et des leaders religieux, s’intensifie désormais dans les écoles. Après Ngazidja, les activités se poursuivent à Mwali avant de s’étendre à Ndzuani d’ici la fin du mois. Au cœur des messages figure la promotion de goûters sains et équilibrés.
Les responsables sanitaires déplorent la forte consommation, en milieu scolaire, de produits industriels tels que les biscuits, les jus en sachet, les boissons gazeuses et les chips. « Un goûter sain doit être composé de fruits frais, d’aliments locaux peu transformés, de préparations maison et d’eau potable ou de boissons peu sucrées », rappelle Fatouma Hadji.
Les autorités mettent en garde contre les conséquences de ces habitudes alimentaires. Le surpoids et l’obésité constituent des facteurs de risque pour les maladies cardiovasculaires, le diabète et certains cancers. Ils peuvent également entraîner des troubles psychologiques chez les enfants, souvent victimes de stigmatisation. À cela s’ajoute un mode de vie de plus en plus sédentaire, favorisé par l’usage intensif des écrans au détriment de l’activité physique.
Valoriser les produits locaux
Les acteurs de la campagne insistent également sur la richesse des produits locaux, encore insuffisamment valorisés. Fruits, légumes, bananes, patates douces ou encore fruit à pain peuvent constituer des alternatives saines et accessibles. «Nous disposons de ressources alimentaires de qualité, mais beaucoup de familles se tournent vers les produits importés, souvent au détriment de la santé des enfants», regrette la responsable.
Au-delà de la sensibilisation, le ministère mise sur l’éducation nutritionnelle pour un changement durable. Des outils pédagogiques, tels que l’ouvrage « Les clés de la marmite », ainsi qu’un guide alimentaire traduit en plusieurs langues, ont été introduits dans les écoles, notamment auprès des élèves de CM1 et CM2. Toutefois, les responsables reconnaissent que l’impact de ces actions ne sera mesurable qu’à moyen et long terme.
«Le changement de comportement prend du temps. Il faudra des mois, voire des années, pour en évaluer les effets», souligne Fatouma Hadji. L’objectif reste clair : atteindre un maximum de familles et encourager l’adoption d’habitudes alimentaires saines afin de préserver la santé des enfants et d’améliorer leurs performances scolaires.




