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Portrait . Indata Hadji Seha, une sage-femme dont le métier est une passion

Portrait . Indata Hadji Seha, une sage-femme dont le métier est une passion

Santé | -   Abouhariat Said Abdallah

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«Ma fierté c’est d’être appelée koko (grand-mère) par des enfants dont j’ai aidé les mères à accoucher», s’est réjouie Hindata Hadji, une des meilleures sages-femmes de la place, qui nous confie son parcours, ses émotions et ses… peurs. Hindata prendra sa retraite dans un an.

 

Née à Bandamadji ya Domba en 1963, au sud-est de Ngazidja, Hindata Hadji Seha a fait toute son école primaire au village, de 1967 à 1977. Après son admission à l’examen d’Entrée en sixième et son obtention du Certificat d’études primaires et élémentaires (Cepe), elle intègre le Collège rural de Mohoro entre 1977 et 1979 avant d’être transférée au lycée de Fumbuni où elle obtient son Brevet d’études du premier cycle (Bepc) en 1980. Au terme de ses années de lycée, Hindata s’inscrit au service national pour deux années scolaires (1985-86 et 1986-87). «J’ai enseigné pendant deux ans. La première année, j’ai enseigné les sciences naturelles au collège de La Coulée à Moroni et, la deuxième, j’ai enseigné l’histoire-géographie au collège de Mbuweni, toujours à Moroni. Parmi les élèves que j’ai enseignés à Mbuweni, il y en a certains qui sont aujourd’hui des médecins gynécologues, dentistes, pédiatres, des généralistes, mais aussi des ministres et directeurs généraux», se réjouit-elle.

Un travail bénévole récompensé

C’est en 1988 qu’elle obtiendra son baccalauréat au lycée Saïd Mohamed Cheikh de Moroni. Elle suivra ses études à l’Ecole nationale de santé de Moroni et a obtenu son diplôme de sage-femme d’Etat en 1991. Les deux années suivantes, elle a travaillé bénévolement à la maternité du Chn El-Maaourf.  «Je ne gagnais rien, mais je voulais acquérir de l’expérience et je n’ai pas regretté car trois ans plus tard, j’ai eu un contrat et j’ai ouvert la maternité de Nkurani ya sima. J’ai été la première sage-femme à y exercer. Je n’avais pas peur, car j’avais acquis de l’expérience et je connaissais mes limites», raconte-t-elle aujourd’hui.
La jeune sage-femme a exercé pendant trois ans à Nkurani avant d’être intégrée à la Fonction publique en 1996. Elle sera affectée cette même année à El-Maarouf ou elle exerce jusqu’à ce jour. Elle comptabilise ainsi 23 années de service au Chn El-Maarouf. Hindata dit avec modestie avoir aidé les femmes à donner naissance.
Pour cette mère de quatre enfants, dont un garçon, devenir sage-femme a été un rêve d’enfance mais aussi un souhait de sa grand-mère. «Mon pseudonyme c’est Hadjira et ma grand-mère voulait que je devienne comme la première sage-femme des Comores Bazi Hadjira, et notre rêve s’est réalisé», révèle-t-elle.

Une première expérience sans trop de peur

Au sein du service de la maternité d’El-Maarouf, Hinda prendra des galons, d’abord, en devenant major des urgences gynéco-obstétriques (1996 à 2004), puis major principal jusqu’à ce jour. Les promotions vont s’enchaîner avec les recyclages, notamment la formation universitaire de major des services hospitaliers à l’Ecole de médecine et de santé publique (Emsp) de Moroni, en 2011-2012, sanctionnée par un diplôme de cadres hospitaliers. Elle encadre aussi, depuis 2004, les étudiantes sages-femmes de l’Emsp avec une moyenne de 15 étudiantes par an, éparpillées dans différentes structures et centres périphériques.


La sage-femme se souviendra de la première fois qu’elle a aidé une femme à donner naissance. Nous sommes en mars 1990, elle est en deuxième année à l’université et en même temps enceinte de 8 mois de son premier enfant. Sa première patiente est de Salimani ya Itsandra. Elles étaient voisines. «La famille m’a appelée et lorsque je suis arrivée, elle tenait une corde qui était suspendue, c’était les pratiques des matrones, après l’avoir examinée, j’ai compris qu’elle était sur le point d’accoucher, je l’ai amené à l’hôpital et mes supérieurs m’ont aidée à la faire accoucher. Cet enfant s’est maintenant marié, il est père de trois enfants. Je n’avais pas peur, puisque mes supérieurs hiérarchiques étaient là et m’assistaient», dit-elle.
Depuis qu’elle a commencé «ce noble travail», elle assistait jusqu’à 200 accouchements. Mais depuis qu’elle est major, elle aide à accoucher en moyenne 50 femmes par an. «Ma plus grande fierté, c’est d’être appelée koko par des enfants dont j’ai aidé les mère à accoucher, ça me met du baume au cœur. De même, à chaque fois que je vois un bébé pousser ses premiers cris, ou quand la mère me demande des excuses après avoir accouché et me remercie pour ma patience», confie cette passionnée.

Souvenirs heureux et douloureux

Si elle a rencontré des difficultés, c’est durant les trois ans qu’elle a pratiqué à Nkurani ya sima. Il n’y avait pas des moyens pour transférer les patientes en cas de complications. «J’ai eu un cas plus difficile, une femme qui a accouché des jumeaux et qui faisait une hémorragie, j’ai eu la peur de ma vie, heureusement que mon mari était là. Il m’a soutenu et a transporté la femme a Uziwani et tout s’est bien passé par la suite», s’est-elle remémorée.
Ce qui la fait craquer, c’est lorsque le bébé qu’elle a aidé à naitre, perd sa vie ou lorsqu’ elle voit une femme souffrir et qu’elle sait qu’il n’y a pas d’espoir qu’elle vive. C’est avec une vive émotion et les larmes aux yeux, qu’elle se remémore des sept bébés mort-nés dans l’exercice de son travail et dont elle n’a pu rien faire pour eux. La sage-femme évoquera également un cas d’une une femme qui a fait une hémorragie du post-partum tardif après avoir accouché et qui a perdu sa vie en son absence.


Ce major très respecté doit son respect à sa patience et à sa relation avec les nouvelles venues. «Je suis une mère pour les nouvelles venues, je leur encadre dans la convivialité. C’est ainsi qu’elles se replient envers moi en cas de problème, elles s’adressent à moi me confient leurs peurs et soucis», raconte-t-elle. «J’ai eu mon baccalauréat à 25 ans, j’étais mature et les enfants de maintenant obtiennent le leur très tôt, je me dois de jouer ce rôle de mère et d’encadreur envers elles», a-t-elle renchéri. Pour Fatima Saïd Mahazi, sage-femme à El-Maarouf depuis 2006, «Major Indata est une mère pour nous, elle est très patiente et respecte beaucoup son travail. Elle encadre les sages-femmes, fait la supervision et assure bien son poste de major principal. Depuis qu’elle assure cette fonction de major, elle a su nous unir, et on n’hésite pas à aller vers elle en cas de problème, même à 2h du matin, on n’hésite pas à l’appeler, grâce à son encadrement, on se sent responsable dans nos activités», dit-elle.

Patience dans l’exercice

En décembre 2020, cette sage-femme «aguerrie» va devoir prendre sa retraite. Elle pense déjà au personnel hospitalier qui va lui manquer, mais ne compte pas rester les bras croisés. «Une fois que j’aurais pris ma retraite, je pense ouvrir une clinique en fonction de mes compétences et suivre les femmes enceinte à domicile», a-t-elle déclaré. Indata Hadji Seha appelle les nouvelles sages-femmes à faire preuve de beaucoup de patience dans l’exercice de leur fonction. «Je pars à la retraite avec un indice de 800 alors que notre corps va de 500 à 1.200 d’indice. Je souhaite qu’elles ne partent pas à la retraite comme moi côté salaire, mais qu’elles suivent mes pas concernant la patience, le courage et la tolérance».

 

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