Réunis à Moroni pour réfléchir sur la situation du diabète en Afrique et aux Comores particulièrement, des experts du Burkina Faso, du Mali, de France et du pays hôte, ont exprimé leur inquiétude face à la flambée des cas en Afrique ainsi que ses conséquences sur les populations. La représentante de l’Oms aux Comores a, parmi tant d’autres propositions, suggéré de taxer les boissons sucrées pour financer la lutte contre le diabète en Afrique.

 

Les Comores abritent depuis le mardi 14 avril, la réunion scientifique interpays sur le diabète en présence de professionnels de santé du Burkina Faso, du Mali, des Comores et de la France. Cette réunion organisée par l’Ong Santé diabète est présidée par le ministre de la Santé, Ahamadi Sidi Nahouda, qui, lors de l’ouverture des séances de travail, a souligné l’urgence d’une réponse collective face à cette «menace mondiale», le ministre de la Santé a mis l’accent sur la situation aux Comores. 

«136 décès liés au diabète aux Comores en 2020»

« En Union des Comores, la prévalence du diabète est estimée à 10,8% de la population en 2024, selon les données de la Fédération internationale du diabète. En 2020, notre pays a enregistré 136 décès liés au diabète, représentant 3,02% de la mortalité totale, soit un taux de 37,95 décès pour 100 000 habitants », a-t-il fait savoir. 


Pour lui, «cette rencontre scientifique regroupant la France, le Mali, le Burkina Faso et la Suisse, vise à harmoniser les stratégies de lutte entre les nations, mutualiser les expériences pour transformer les engagements techniques en résultats mesurables, et améliorer le dépistage précoce et la prise en charge pour éviter les complications graves (amputations, cécité, insuffisance rénale) ». 


C’est ainsi qu’après avoir souhaité la bienvenue aux différentes délégations, Ahamadi Sidi Nahouda a réaffirmé l’engament du gouvernement, sous la houlette du chef de l’Etat, à «garantir un accès équitable aux soins». Il saisira alors l’occasion pour rendre hommage aux différents partenaires, techniques comme financiers, notamment l’Organisation mondiale de la santé, l’Agence française de développement, et la Word diabetes foundation pour leur implication face à cette maladie chronique, qui gagne du terrain en Afrique.


 La représentante de l’Oms aux Comores, docteur Nkurunziza Triphonie, voit le diabète comme « un enjeu de développement majeur», ayant besoin d’une forte mobilisation politique et sociale, et non un simple défi médical puisqu’il « affecte la productivité, fragilise les ménages, alourdit les dépenses publiques et compromet nos objectifs de développement ». Il ajoute : «Avec 589 millions de diabétiques en Afrique en 2024, le monde pourrait passer à 853 millions d’ici 2050. Cette progression rapide est liée non seulement aux facteurs biologiques, mais surtout aux transformations sociales, économiques et environnementales que nous connaissons». 

«Taxer les boissons sucrées pour financer la prévention»

Au-delà de l’aspect médical, docteur Nkurunziza Triphonie, plaide pour « une approche multisectorielle» touchant l’éducation et l’économie. «Parmi elles, la taxation des boissons sucrées qui représente un levier efficace pour réduire la consommation excessive de sucre, tout en générant des ressources à réinvestir dans la prévention et la santé », a-t-elle suggéré à l’assistance, majoritairement composée de professionnels de la santé.

Docteur Nkurunziza Triphonie a exhorté de privilégier l’alimentation locale et traditionnelle, l’agriculture et la protection des environnements scolaires contre les produits malsains et de créer des environnements favorables à l’activité physique et d’intégrer également la prévention du diabète dans les politiques éducatives, sociales et économiques.

Et d’insister sur la «création d’une stratégie nationale unifiée contre les maladies non transmissibles, garantir des médicaments abordables et disponibles en permanence, optimiser les ressources humaines entre les différents programmes de santé tout en renforçant la collecte d’informations pour que la prise des décisions soient basées sur des preuves». 


Le représentant de la Word Diabete Foundation pour l’Afrique Francophone Yves Kesse, a, quant à lui, tiré la sonnette d’alarme face à la situation sanitaire en Afrique soulignant que sur plus de 24 millions de personnes vivant avec le diabète, 3 sur 4 ne sont pas diagnostiqués. «Nous sommes face à un nouveau tournant. L’Afrique ne meurt pas de maladies infectieuses vit désormais des maladies chroniques, non-transmissibles représentant déjà, près de 40% des décès sur le continent », a-t-il déploré. 


Pour sa part, le directeur général du bureau de l’Agence française de développement  (Afd) aux Comores, Thierry Liabastre, a dit se réjouir de financer l’Ong Santé diabète vu les résultats concrets de ses efforts et de ses mobilisations tant sur les sensibilisations, les dépistages, la prise en charge et le suivi et évaluation des patients. 

«3/4 personnes diabétiques en Afrique non diagnostiqués»

Le directeur général de l’Ong Santé diabète, Stéphane Besançon, a, de son côté, salué l’implication politique et scientifique des autorités comoriennes et de toutes les délégations composant cette coalition, pour l’importance qu’ils donnent à la lutte contre cette maladie chronique.


 Les travaux de cette réunion scientifique s’étendent jusqu’à ce jeudi à travers des échanges sur les politiques nationales de lutte contre le diabète, les formations diplômantes spécialisées, la digitalisation et les innovations dans le diabète, la décentralisation des soins du diabète, le diabète de type 1,  les facteurs de risque du diabète de type 2 : nutrition et activité physique et le rôle stratégique des associations et témoignages de patients.