Le pharmacien et le médecin sont mis en examen et placés sous contrôle judiciaire, le temps que l’instruction établisse si la dégradation de l’état de santé du nourrisson est liée ou non au produit qu’on lui a injecté.
La pharmacie Traleni, située au centre de Moroni près de la gare de Gobadjuu, est fermée depuis jeudi dernier. Sur place aucune note d’information ne renseigne le public. En effet, d’après nos informations, c’est une affaire de vente d’un médicament injectable “périmé” qui serait à l’origine la fermeture temporaire de cette pharmacie privée.
Les faits remonteraient au mois de mai. Un père s’est présenté pour acheter des médicaments prescrits à l’hôpital. Sans se douter de quelque chose, il retourne retrouver le médecin avec les produits pharmaceutiques.
Le bébé âgé de quelques semaines se rétablira. Mais une fois à la maison, l’infirmière engagée par ses parents pour poursuivre le traitement à domicile, constate que l’un des flacons a expiré. Le nourrisson né avec des fragilités verra son état s’aggraver et finira par partir en Tanzanie. Rentré au pays avec le bébé, le père porte plainte et une information judiciaire est ouverte.
Pour l’heure, deux personnes sont mises en examen et inculpées pour trois chefs d’inculpation. Il s’agit du pharmacien et du major de l’hôpital El-Maarouf qui aurait administré le traitement. Placés depuis sous contrôle judiciaire, ils sont visés par trois chefs d’inculpation : administration de substance nuisible à la santé, blessures involontaires et mise en danger de la vie d’autrui.
Une inspection attendue de l’Anamev
La pharmacie, qui aurait reconnu devant le père que le médicament était périmé, n’est toujours pas autorisée à rouvrir le temps que l’Inspection générale de la santé (Igs) et l’Agence nationale des médicaments et des évacuations sanitaires (Anamev) inspectent les lieux. Le but du contrôle prévu dans les prochains jours est de vérifier si les autres médicaments sont en règle. « Le médicament vendu aux parents de ce nourrisson peuvent avoir des effets secondaires dont des enflures.
Mais il est très tôt pour incriminer la solution injectable vendue avant la fin de l’instruction, car même expiré un médicament peut parfois ne pas causer des effets indésirables», explique un médecin ayant requis l’anonymat. Selon nos informations, le bébé souffrirait dès la naissance d’un “déficit immunitaire accru”. C’est-à-dire qu’il est vulnérable anormalement et est susceptible d’attraper des infections à tout moment.
En attendant la fin de l’instruction, le médecin accusé d’être l’auteur de l’injection clame déjà son innocence, selon son avocat, contacté hier. «Quand le père a ramené les flacons, il y en avait un de 40mg, celui-ci nécessitait un mélange avant toute administration. Et en raison de l’urgence, ma cliente ne l’a pas utilisé et a injecté au bébé un autre 20mg provenant de la pharmacie d’El-Maarouf. Nous avons d’ailleurs les flacons en notre possession», assure Me Idrisse Mze Mogne, qui a relaté la chronologie des faits.
Selon son récit, le bébé a d’abord été admis dans une clinique privée de la capitale. « Son état s’est dégradé et a été transféré à El-Maarouf où il bénéficiera d’une stabilité fragile. Sa famille partira avec lui, sans une autorisation médicale. Mais très vite, il rechute et revient une seconde fois à l’hôpital. Puis après, ils décidèrent de voyager à l’étranger. En Tanzanie, son cas été pris très sérieux au point d’expédier ses analyses aux États-Unis et en Inde pour bien comprendre de quoi souffre le bébé», a confié Me Idrisse, qui a déploré «la méthode d’arrestation musclée» dont sa cliente a été victime.
Contacté, l’avocat de la pharmacienne n’a pas souhaité aller un peu plus dans les détails en respect à l’instruction, dit-il. “Ma cliente est un agent de rayon de la pharmacie qui l’emploie. Un client est venu acheter un médicament et elle lui a donné. Elle lui a vendu mais n’avait pas conscience que le médicament avait expiré. Elle n’aurait pas pu confirmer ou infirmer avant que l’acheteur ne revienne leur faire part de sa découverte. Je souligne que ce n’est pas dans le rôle de ma cliente de vérifier les dates de péremption des médicaments non retirés dans les rayons. C’est ce que je peux dire à ce stade car même les auditions au fond n’ont pas eu lieu», a indiqué, Me Halifa Elhade.



