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Témoignage. A propos de chirurgie de la colonne vertébrale aux Comores I «Il m’a évité la paralysie des membres inférieurs»

Témoignage. A propos de chirurgie de la colonne vertébrale aux Comores I «Il m’a évité la paralysie des membres inférieurs»

Santé | -   Adabi Soilihi Natidja

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Opéré d’une hernie discale à El-Maarouf, Issoufi Ahamadi Souffou assure :»le neurochirurgien Attoumane Fahad m’a évité la paralysie en m’opérant après avoir été sous traitement à Mayotte pendant trois ans». Dans l’entretien qui suit, ce père de six enfants exhorte les Comoriens à avoir confiance en l’expertise nationale avant de penser à aller voir ailleurs.

 

Issoufi Ahamadi Souffou, 55 ans aujourd’hui, a subi une opération chirurgicale à l’hôpital El-Maarouf de Moroni en décembre 2021 après plusieurs années passées à Mayotte pour se faire soigner d’une hernie discale lombaire. Il raconte.«Tout a commencé en 2014 quand j’ai commencé à remarquer certains changements dans mon organisme. Au moindre contact avec mes deux jambes je sentais une sorte de décharge électrique. S’en suivaient des douleurs aigues et une faiblesse dans l’accomplissement de mes rapports conjugaux», dit-il.Issoufi Ahamadi Souffou a, d’abord, pensé que c’était les conséquences du diabète qu’on lui avait diagnostiqué en 2006. «Mais plus temps passait, plus la maladie s’emparait de mon corps. Ma jambe gauche avait maigri et il m’arrivait, des fois, en marchant de perdre mon soulier sans m’en rendre compte. J’ai commencé à m’inquiéter».

«Mayotte, l’espoir…»

«J’ai donc pris un kwasa-kwasa pour me rendre à Mayotte où je suis arrivé le 15 novembre 2015 avec la certitude absolue d’y bénéficier des soins adéquats. A l’hôpital de la commune de Dembeni, j’ai été consulté par un médecin qui, vraisemblablement, ne tenait pas compte de mes maux réels. Il m’a fait suivre un traitement de diabète pendant trois mois. Je lui ai dit que mon problème résidait dans ma jambe gauche. Il m’a dit qu’il s’agissait de sciatique et qu’il ne pouvait rien faire pour moi», raconte Issoufi.


A Mamudzu, il s’est réjoui du fait qu’il allait se faire consulter par un médecin qui s’exprime dans le même parler que lui à savoir le shingazidja : «C’était le docteur (…), une Grande comorienne que j’ai trouvée plutôt attentive. Après examen clinique, elle m’a prescrit un scanner. Vu ma situation de «clandestin»*, ça m’aurait été difficile. Elle m’a aussi donné une note qui m’a permis de le faire gratuitement. Elle m’a dit que je souffrais d’une hernie discale lombaire en précisant, cependant, qu’elle ne peut rien faire pour moi, mais que si j’étais inscrit à la sécurité sociale ou si j’avais un titre de séjour, ils allaient me transférer à la Réunion», poursuit-il avant d’ajouter qu’il n’y a pas cru et qu’il est allé, donc, voir un autre médecin.


«Ce dernier m’a directement transféré à l’assistance sociale pour les papiers du transfert. Là-bas, ils m’ont dit que si c’était un spécialiste qui m’avait dirigé vers eux, cela aurait facilité mon cas et non un médecin traitant dans les dispensaires. Mais les procédures d’évacuation se sont, quand-même poursuivies. Après une «enquête de moralité», on m’annonce que mon dossier ne passera jamais et pour cause : je ne disposais et ne pourrais jamais disposer assez d’argent pour rembourser les dépenses de mon traitement. Alors, on m’a dirigé vers un rhumatologue puisqu’ils n’ont pas de neurochirurgien», se souvient-il.

«Guéri», il est «retourné» auprès de sa famille»

«Le rhumatologue m’a fait une injection de filtration à la colonne vertébrale, je n’avais plus de douleurs. Je suis rentré à Ngazidja auprès de ma famille après une longue absence de vingt et un mois», se réjouissait-il alors-i tout sourire.Malheureusement son mal a repris. «A tel point que je me déplaçais à quatre pattes. On est allé me jeter – à nouveau – à Mayotte à Petite-terre, au Badamier où, j’ai été secouru par les pompiers. Le 19 juin 2019 j’ai revu le rhumatologue. Il m’a fait un certificat de six mois et m’a fourni un laisser passer. Trois mois après, j’avais la sécurité sociale. Les démarches de l’évacuation vers la Réunion reprennent. Bien que cette fois-ci j’avais le séjour, elles n’ont abouti à rien alors que je devais me faire opérer le plus vite possible. Le pronostic faisait état de 90% de risque de paralysie des membres inférieurs».
C’est alors qu’il a résolu de retourner auprès de sa famille «quels que soient les risques encourus».

«Il suffit juste d’y croire»

«Je suis revenu à Moroni le 27 novembre 2021. Mon enfant m’a parlé de l’arrivée d’un neurochirurgien comorien à El-maarouf. Je n’en croyais pas mes oreilles. Sans me poser de questions, je suis allé me faire consulter le plus vite possible. Le neurochirurgien a demandé à étudier mon dossier médical. Il m’a rappelé une semaine après pour me dire que seule une intervention chirurgicale pouvait me sauver», raconte-t-il tout en avouant à notre reporter, non seulement, d’avoir flippé à l’idée de se faire opérer à Moroni, mais aussi d’avoir «acheté son linceul et préparé sa famille», au cas où ça «tournerait mal».«Heureusement pour moi, tout s’est bien passé. J’ai repris des forces. Ce médecin, Attoumane Fahad, m’a évité la paralysie des membres inférieurs. Je marche, cours, sans rien sentir. Ce qui m’impressionne, c’est le coût. J’ai payé moins de 500.000 fc alors qu’à Mayotte, le traitement était évalué autour de 35 millions de francs», résume-t-il, un léger sourire aux coins des lèvres.
Désormais, Issoufi Ahamadi Souffou, conseille, chaque fois qu’il en a l’occasion, ses compatriotes d’où qu’ils soient à faire confiance à l’expertise nationale. Pour lui, le plus important, «c’est d’y croire, comme j’y ai cru».


*Il faut savoir que l’Etat comorien – qui considère, conformément au droit international, que Mayotte fait partie intégrante de l’Union des Comores – rejette le qualificatif de «clandestin» collé par les autorités françaises aux Comoriens des trois autres îles de son territoire.

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