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Vaccin contre le papillomavirus  : « J’ai été vaccinée contre le Hpv et j’ai eu 3 enfants » 

Vaccin contre le papillomavirus  : « J’ai été vaccinée contre le Hpv et j’ai eu 3 enfants » 

Santé | -   Faïza Soulé Youssouf

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Ouverte le 25 novembre, la vaccination contre le Hpv avance difficilement à Ngazidja mais progresse mieux à Ndzuani et Mwali. Malgré des rumeurs amplifiées par les réseaux sociaux, de nombreux parents ont fait vacciner leurs filles contre le cancer du col de l’utérus.

 

Hazna Assoumani, 43 ans, a fait vacciner ses deux enfants contre le papillomavirus qui cause le cancer du col de l’utérus. C’est la première fois qu’une telle campagne a lieu aux Comores. Cette enseignante a tout de suite saisi l’occasion pour immuniser ses gosses. « Je suis une femme à risque, toutes mes tantes sont mortes d’un cancer et je préfère la prévention », explique-t-elle doucement au téléphone. 

Elle a fait vacciner deux de ses enfants alors que sur les réseaux sociaux circulent des messages angoissants et volontairement alarmistes, poussant les parents à ne pas inoculer le sérum aux enfants. « Il y a une sensibilisation pour que l’on vaccine des filles de 5 à 35 ans (…), c’est une méthode pour stériliser nos enfants, surtout en Afrique », entend-on notamment sur une note vocale transférée plusieurs fois sur la messagerie Whatsapp. « La plus grande problématique à Ngazidja, c’est l’influence de certains membres de la diaspora qui poussent leurs proches ici à ne pas se faire inoculer », avance une source autorisée qui a requis l’anonymat. 

Pour autant, Hazna Assoumani n’a pas cédé à la panique pour une raison simple : « J’ai été vaccinée moi aussi à 25 ans en France, avant de me marier et cela ne m’a pas empêchée d’avoir 3 enfants », balaie-t-elle. Elle ajoute : « J’ai une amie vaccinée à 15 ans et qui a eu 2 enfants ». 

Le cancer du col de l’utérus est l’un des rares cancers dont la cause principale est identifiée : une infection par certains types de papillomavirus. Les autorités comoriennes, en partenariat avec l’Organisation mondiale de la santé, ont pour objectif de vacciner plusieurs dizaines de milliers de filles âgées entre 09 et 14 ans.  « Nous espérons en vacciner 61 000 », précise la coordinatrice du Programme élargi de vaccination, Chamsa Halidi. Pour le moment, la campagne « qui s’est passée largement mieux à Ndzuani et Mwali » n’a pas suscité une large adhésion à Ngazidja. Ouverte au niveau national le 25 novembre, elle devait prendre fin le 28 mais elle a dû être prolongée sur la plus grande des îles.   « Pour le moment, il y a une intensification des activités de sensibilisation, nos équipes se rendent dans les écoles, vont au-devant des communautés pour expliquer les bienfaits du vaccin », assure une source autorisée. Qui précise : « Nous ferons le point ce 29 novembre dans la soirée pour déterminer la marche à suivre ». 

LIre aussi : Lutte contre le cancer du col de l’utérus I Lancement de la campagne nationale de vaccination contre le Hpv

Une initiative visant à tordre le cou aux rumeurs qui pullulent sur les réseaux sociaux. Rumeurs qui ont poussé la présidente de l’Association comorienne contre les cancers chez la femme (Accf), Zahara Abdallah, à pousser un coup de gueule. « Quand on a des personnes proches qui ont quitté ce monde à cause de ce fichu papillomavirus, on doit se réjouir de ce vaccin car il a été mis en place pour assurer la protection de nos enfants », a-t-elle notamment posté sur Facebook. Dans un autre post, elle a encouragé les parents à vacciner les jeunes filles, « seul moyen de prévention contre le cancer du col de l’utérus pour le moment ». 

Selon l’Organisation mondiale de la santé, le cancer du col de l’utérus est, à l’échelle mondiale, « le quatrième cancer le plus courant chez la femme dans le monde, avec environ 660 000 nouveaux cas et 350 000 décès liés à cette maladie en 2022 ». Cette agence onusienne indique par ailleurs que « les taux d’incidence du cancer du col de l’utérus et la mortalité qui lui est imputable sont plus élevés dans les pays à revenus faibles ou intermédiaires ».  Pays à revenus intermédiaires dont font partie les Comores. Une situation qui « témoigne de graves inégalités qui s’expliquent par un accès insuffisant aux services nationaux de vaccination contre le Hpv, de dépistage et de traitement du cancer du col de l’utérus (…) ».

Une internaute n’a pas manqué de soulever la contradiction entre les rumeurs et « octobre rose ». « Ils changent tous leurs statuts en rose le mois d’octobre. Mais quand il s’agit de prévenir cette maladie pour laquelle " ils luttent", ils crient au complot », a posté Nadjla Said Omar.

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