La «Déclaration du Caire sur l’éthique des professions à l’ère de l’intelligence artificielle a été officiellement lancée. Cette dernière vise à établir un équilibre entre les valeurs humaines et le progrès technologique, à orienter l’utilisation des technologies modernes au service de l’être humain et de la société, et à préserver la dignité professionnelle.

 

Les travaux de la trente-sixième Conférence internationale du haut Conseil des affaires islamiques se sont achevés dans la capitale égyptienne, après s’être tenus lundi et mardi derniers sous le thème de «Les professions en islam : leur éthique, leur impact et leur avenir à l’ère de l’intelligence artificielle». Cette conférence s’est déroulée, rappelle-t-on, sous le patronage du président de la République, Abdel Fattah al-Sissi, et avec la participation d’une élite de savants et de penseurs d’Égypte et du monde islamique.Le mufti de la République, Cheikh Abou Bakar Said Abdallah, a pris part à la conférence avec présentation effectuée lors de la deuxième séance scientifique du premier axe, intitulée «Les professions à l’époque prophétique : leur recensement, leurs règles de bienséance, leur éthique et leur jurisprudence».


Durant les deux journées, la conférence a abordé de nombreuses questions intellectuelles relatives à l’éthique des professions en islam, notamment la documentation des professions mentionnées dans la Sîra (la vie) du prophète Muhammad et les sources islamiques ; la mise en valeur des valeurs morales liées au travail telles que la bienfaisance, la perfection dans l’exécution et l’honnêteté ; l’inventaire des réalisations historiques des musulmans dans les métiers et les industries et l’analyse de leur impact civilisationnel ; ainsi que l’étude des expériences professionnelles dans les civilisations d’autres nations afin d’en dégager les valeurs communes. La conférence s’est également penchée sur l’anticipation des transformations futures à la lumière de la quatrième révolution industrielle et des technologies de l’intelligence artificielle.

«Equilibre entre les valeurs humaines et le progrès technologique»

Les participants ont en outre examiné les moyens d’intégrer les valeurs éthiques islamiques dans les systèmes d’enseignement technique et professionnel, afin de renforcer l’esprit de perfection, de créativité et de responsabilité sociale. Ils se sont penchés également sur l’élaboration d’un code de conduite professionnelle inspiré des valeurs islamiques et des expériences civilisationnelles réussies, destiné à servir de référence morale pour les pratiques professionnelles dans les différents secteurs.

«Faire du travail un acte d’adoration»

À l’issue de la conférence, la «Déclaration du Caire sur l’éthique des professions à l’ère de l’intelligence artificielle a été officiellement lancée. Cette déclaration vise à «établir un équilibre entre les valeurs humaines et le progrès technologique, à orienter l’utilisation des technologies modernes au service de l’être humain et de la société, et à préserver la dignité professionnelle».A l’occasion, le ministre égyptien des Waqfs et président du haut Conseil des affaires islamiques, Dr Oussama Al-Azhari, a affirmé que «le principe fondamental de la charia islamique est l’utilité pour les gens, considérée comme un critère essentiel pour évaluer les actions, réaliser les finalités de la religion et servir la société». «L’élaboration d’une vision intégrée issue de cette conférence constitue une étape clé vers le renouvellement du discours religieux, fondé sur l’élimination de l’extrémisme et du terrorisme, la rectification des comportements et la construction harmonieuse de l’être humain», a-t-il ajouté.
Le ministre a également souligné que la Déclaration du Caire repose sur plusieurs principes, dont l’idée que la civilisation et le développement constituent un tiers de la religion, et que tout professionnel, qu’il soit artisan, ouvrier, médecin ou enseignant, doit accomplir son travail avec la même précision et le même perfectionnement que la prière, afin de réaliser le développement durable et le progrès de la société. Il a insisté sur le fait que «les institutions professionnelles ont besoin d’une gestion éclairée et que l’apprentissage des sciences de la gestion est une nécessité fondamentale pour assurer leur pérennité et leur efficacité».

 

La conférence a mis en évidence l’importance d’intégrer le travail, les métiers et la production dans le discours religieux contemporain, «afin de transformer l’orientation religieuse d’une simple exhortation morale en une contribution civilisationnelle concrète, d’ancrer les valeurs de perfection, de faire du travail un acte d’adoration, de la production une mission et du don une responsabilité collective». Elle a également souligné la nécessité de refonder la relation entre la foi et le développement dans les programmes éducatifs, les activités de prédication et les formations professionnelles.
Les participants ont insisté sur l’importance de promouvoir un discours religieux positif à l’égard des sciences modernes et des technologies avancées, en particulier l’intelligence artificielle. «La science est un moyen d’honorer l’être humain lorsqu’elle est encadrée par des valeurs, et que la technologie n’est pas l’opposé de l’éthique, mais plutôt un terrain où celle-ci est mise à l’épreuve», a-t-on affirmé avant de souligner également que «l’éthique n’est pas un élément décoratif dans les systèmes de travail, mais une condition essentielle de leur durabilité, de leur justice et de la protection de la dignité du travailleur, notamment à l’ère des transformations numériques et de l’évolution des modes d’emploi».

Recommandations

La conférence a recommandé de renforcer les études interdisciplinaires entre les sciences islamiques, humaines et appliquées «afin d’accompagner les transformations futures ; la mise en réseau des efforts internationaux pour s’accorder sur des cadres éthiques régissant l’utilisation des technologies de l’intelligence artificielle, de manière à préserver les valeurs humaines et à garantir la justice». Elle a sollicité également de renforcer la coopération internationale, gouvernementale et non gouvernementale pour «l’utilisation optimale des ressources et la réduction de l’impact environnemental des technologies modernes». Le haut conseil a recommandé la publication d’un guide destiné aux employés et aux travailleurs, reliant les valeurs éthiques aux responsabilités professionnelles et aux exigences du monde contemporain, «afin de bâtir une culture institutionnelle fondée sur l’intégrité, la discipline et le respect mutuel».