A l’annonce officielle de l’inscription des médinas sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco, l’émotion a envahi la délégation comorienne présente à Busan. Experts et responsables institutionnels ont salué l’aboutissement d’un travail de longue haleine. Réactions
Busan a été le théâtre d’un moment historique pour les Comores, le 25 juillet 2026, lorsque le président de la 48ᵉ session du Comité du patrimoine mondial de l’Unesco a, officiellement, annoncé l’inscription des médinas des sultanats historiques des Comores sur la Liste du patrimoine mondial. Une immense émotion s’est emparée de la délégation comorienne.
Pour le directeur général du Centre national de documentation et de recherche scientifique (Cndrs), Dr Toiwilou Mze Hamadi, cette reconnaissance consacre avant tout un travail scientifique, technique et humain de longue haleine. “Le moment où le président de la 48ᵉ session du Comité du patrimoine mondial a officiellement annoncé l’inscription des médinas des Sultanats historiques des Comores restera gravé à jamais dans ma mémoire. Cette décision ne représente pas seulement une victoire institutionnelle, elle incarne l’aboutissement de plusieurs années d’engagement scientifique, technique, politique et humain au service du patrimoine national”, a-t-il confié.
Pour celui qui a piloté l’institution chargée de conduire ce chantier, l’émotion est à la hauteur des sacrifices consentis. “En tant que coordonnateur du dossier au sein du Cndrs et expert international en patrimoine culturel, j’ai ressenti une immense émotion mêlée de fierté, de soulagement et d’humilité. Derrière cette reconnaissance internationale se cachent des années de recherches, de missions de terrain auprès des communautés, de concertations, de rédaction, de révisions et de dialogue avec les experts nationaux, de l’Unesco, de la République de Corée hôte du processus et de l’Icomos, ainsi que d’innombrables sacrifices personnels et professionnels”, souligne-t-il.
Même émotion du côté du chargé de Communication à la présidence de l’Union des Comores, Antoisse Ezidine, qui a vécu cette annonce au cœur de la salle plénière. Pour lui, l’inscription dépasse largement le cadre diplomatique ou politique : “L’inscription des médinas des Sultanats historiques des Comores sur la Liste du patrimoine mondial n’est pas seulement une réussite politique. C’est une immense fierté nationale. C’est toute une Nation qui s’est levée. Lorsque le président de la 48ᵉ session du Comité du patrimoine mondial a prononcé les mots officialisant cette inscription, une onde de joie a traversé toute la salle. Les délégations se sont succédées pour féliciter le président Azali Assoumani, premier chef d’Etat à avoir fait le déplacement pour ce type d’assemblée. Il a marqué les esprits comme le président d’une Nation mobilisée pour la valorisation de son patrimoine”, a-t-il dit.
L’émotion, confie-t-il, restera gravée dans sa mémoire. “J’ai ressenti cette fierté dans chaque fibre de mon corps, parce que je mesurais pleinement la portée de cette réussite. J’ai déclaré aux médias coréens que le 25 juillet restera inscrit comme la deuxième date la plus importante de notre histoire nationale, après le 6 juillet, date de l’accession des Comores à l’indépendance”.
“Une date qui entrera dans l’histoire du pays”
De son côté, l’un des experts ayant participé à l’élaboration du dossier de candidature, Daniel Ali Bacar, cette reconnaissance constitue bien davantage qu’une distinction internationale : “Cette inscription est l’aboutissement d’un processus scientifique, technique et diplomatique de longue haleine. Elle est le fruit de près de deux décennies de recherches historiques, d’études anthropologiques, architecturales et cartographiques, d’inventaires patrimoniaux, de travaux de documentation, de l’élaboration d’un plan de gestion et d’une mobilisation constante des institutions nationales, des communautés locales, des experts ainsi que des partenaires techniques”, a-t-il souligné.
Une reconnaissance qui appelle à la vigilance
Si la satisfaction est immense, les experts rappellent que cette inscription marque avant tout le début d’une nouvelle responsabilité. L’expert national, Mohamed Mboreha Selemane, souligne que le travail engagé depuis plus de vingt ans doit désormais se poursuivre avec la même détermination. “L’inscription des médinas des Sultanats historiques des Comores sur la Liste du patrimoine mondial est l’aboutissement d’un long processus engagé il y a plus de vingt ans. Aujourd’hui, le travail ne s’arrête pas. Il doit se poursuivre à travers la sensibilisation, l’engagement des communautés, le renforcement des capacités, la restauration des monuments et la mise en œuvre du plan de gestion. Il serait vain, et même regrettable, qu’après cette inscription, notre bien soit un jour placé sur la Liste du patrimoine mondial en péril”.
Pour les spécialistes, le véritable défi commence maintenant. Préserver l’authenticité des médinas, accompagner les habitants dans leur conservation et faire de ce patrimoine un levier de développement durable au bénéfice des populations. “Linscription de ces six médinas est synonyme de développement si on fait bien les choses. Pour les Comores, c’est une grande reconnaissance de sa riche culture et son riche patrimoine qui ne sont pas suffisamment connus. Beaucoup de pays ont eu le plaisir de découvrir pendant cette 48e session nos richesses culturelles et en terme de bâtiment unique dans l’Océan indien. Désormais le plus grand défi est de préserver et valoriser ces médinas”, devait se réjouir la fondatrice du Collectif du patrimoine des Comores, Fatima Boyer.

