Le gala des «Diaspora Day» a eu lieu lundi en soirée dans une atmosphère tour à tour, détendue, pleine d’émotion, lourde mais résolument optimiste.
Pour une fois, nous commencerons par la fin. Souvent, comme dirait l’autre, c’est par celle-ci que tout commence. C’est une présence forte qui emplit l’écran. Une voix fluide dont les propos captivent l’assistance et en toile de fond, l’Océan, immense. Ouzale Muziwani est une dame originaire d’Uropveni, au sud de Ngazidja, qui a reçu en héritage la pêche aux poulpes comme d’autres héritent de tiares en diamants.
« C’était le métier de nos grands-mères, de nos mères et le nôtre désormais », explique-t-elle. Un travail grâce auquel elles subviennent à leurs besoins. Un travail pénible qui n’est pas sans danger et qui se fait à pied, à marée basse. « L’une de nous peut se faire arracher un doigt, une autre marcher sur des oursins. Et là, nous faisons bloc pour porter la victime jusqu’au rivage. Un brancard improvisé proviendra du village et elle y sera transportée », disait-elle, doctement, l’assistance buvant ses paroles. Le tout délivré sans pathos, avec au contraire une très grande dignité, rappelant au passage la lutte acharnée pour protéger « leur mangrove ».
« Ensemble, bâtissons des Comores plus fortes »
Ce discours si puissant a été prononcé le 3 août lors du gala de la 5ᵉ édition des « Diaspora Days », organisée, au Golden Tulip, par l’Union des Chambres de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture des Comores (Uccia), tenu à Moroni sous le thème : « Diaspora et Pacte vert et bleu, investir durablement aux Comores ». Lors de « ce voyage » haut en couleur, il a bien sûr été question de la préservation de nos ressources terrestres et halieutiques, mais pas seulement. Tout au long de cette soirée dédiée à la diaspora, a été longuement évoqué le lien unissant les Comoriens de l’étranger aux Comoriens d’ici. « Notre conviction est simple : l’avenir des Comores se construit avec tous ses enfants, d’ici et d’ailleurs », a soutenu Chamsoudine Ahmed, le président de l’Uccia, lors de son intervention. « Cette diaspora, au fil des années, a accompagné le développement de ses villages et de ses terroirs à travers de nombreuses initiatives communautaires », a rappelé cette figure majeure du secteur privé comorien. Les chiffres sont éloquents : « En 2024, les transferts financiers de la diaspora ont atteint le montant record de 158,2 milliards de francs comoriens, une hausse de 6,4 % constituant le principal moteur de la consommation des ménages et de notre croissance économique », a-t-il appuyé.
Aussi, « face aux défis environnementaux auxquels nos îles sont confrontées (changement climatique, montée des eaux, érosion des sols…), le thème de cette année invite précisément la diaspora à mettre son expérience, ses compétences, ses investissements au service de projets structurants, durables et fédérateurs pour l’ensemble de nos régions », a-t-il fait valoir. Afin « de passer d’une diaspora qui accompagne à une diaspora qui investit, entreprend et bâtit des entreprises durables ».
Puis vint le tour du commissaire chargé de la Diaspora, Issa Abdoulsalami. Son discours a été agrémenté de citations d’hommes qui ont marqué l’histoire, en lien avec le thème retenu. « Le développement durable n’est pas un choix, c’est une nécessité pour les générations présentes et futures », de l’ancien secrétaire général des Nations unies (1997-2006), le Ghanéen Kofi Annan, décédé en 2018. « Ensemble, faisons du Pacte bleu et vert une réalité. Ensemble, faisons de notre diaspora un moteur de croissance, d’innovation. Ensemble, bâtissons des Comores plus fortes, plus résilientes et plus prospères », devait-il marteler.
Il n’a pas été question que de discours. Des rires ont fusé dans l'assistance grâce aux humoristes Fouad et Doyen Anassie du Comores Comédie Club. Il y a également eu le live de Moumtaz Nyora, sa voix puissante, son incroyable énergie et sa présence scénique.
Le chef de l’État, Azali Assoumani, présent à la cérémonie, a demandé que la 6ᵉ édition des « Diaspora Days » soit l’occasion de dresser le bilan des 5 précédentes. « Le pacte Vert et Bleu traduit l’ambition du gouvernement de promouvoir un modèle de développement durable, fondé sur la préservation de notre environnement, la valorisation de nos ressources naturelles et le renforcement de la résilience de notre cher pays », a-t-il déclaré.
Et de poursuivre, tout en reconnaissant que l’implication de la diaspora dépasse l’investissement financier : « Elle contribue également au partage des connaissances, à l’innovation, à la création de nouvelles dynamiques économiques au service du développement du pays ». Avec comme leitmotiv : « faire de la diaspora comorienne un partenaire à part entière du développement national, le début d’un nouveau pacte de confiance entre la nation et la diaspora ».
« Une seule et même force »
Selon le chef de l’État, les Diaspora Days « constituent un espace privilégié pour rapprocher les institutions, les investisseurs, les partenaires au développement et les Comoriens établis à l’étranger autour d’une vision commune, le développement socioéconomique et l’émergence de notre pays ». Il a par ailleurs assuré que « le gouvernement reste pleinement mobilisé pour assurer la cohérence et l’efficacité des politiques publiques mises en œuvre dans le cadre de cette ambition de développement durable à travers le secrétariat général du gouvernement qui coordonne l’action gouvernementale et permet de favoriser la complémentarité entre les différentes initiatives et de garantir une vision commune au service des priorités du pays ».
Le président de la Chambre de commerce franco-comorienne, Allaoui Abdallah, a tenu un discours résolument optimiste pour clôturer l’événement. « Pendant longtemps, nous avons parlé de la diaspora comme d’une communauté vivant loin des Comores (…). La diaspora n’est pas loin des Comores. Elle en est le prolongement », a-t-il revendiqué. Et de poursuivre : « Elle est une force économique. En 2025, elle a transféré près de 173 milliards de francs comoriens vers notre pays. Une force sociale qui accompagne chaque jour nos familles, nos étudiants, nos malades et contribue à améliorer les conditions de vie de milliers de Comoriens ». L’orateur a affiché l’ambition « de transformer une part importante de cette solidarité en création de valeurs, dans l’agriculture, l’économie bleue, le tourisme, l’hôtellerie, la restauration et l’éducation ». Parce que, estime-t-il, « les transferts d’argent soulagent le présent, mais les investissements construisent l’avenir ». « Pendant 5 ans, nous avons construit un événement ; à partir d’aujourd’hui, construisons un mouvement porté par la diaspora. Un mouvement qui rapproche les compétences, fait circuler les idées et ouvre les opportunités, ici comme partout où vivent les Comoriens », a-t-il par ailleurs plaidé. Et de formuler ce vœu en guise de conclusion : « Notre plus grande réussite sera le jour où les Comores n’auront plus besoin de parler de leur diaspora, parce que la diaspora et les Comores ne formeront plus qu’une seule et même force ».



