Les faits remontent au week-end du 10 janvier. Quatre arbres, des Terminalia mantaly, plus connus sous le nom de badamiers de Madagascar, ont été coupés. Plantés depuis plus de trente ans, ils se trouvaient à proximité immédiate de plusieurs bâtiments administratifs, dont ceux de l’Institut national de recherche en agriculture, pêche et environnement (Inrape). Très vite, la nouvelle s’est propagée, provoquant une vague de réactions, en particulier au sein du ministère de l’Environnement et de l’Agence des parcs nationaux, qui affirment ne pas avoir été informés ni consultés avant l’opération.


Du côté du ministère de l’Agriculture, la décision est assumée. Le ministre, Daniel Ali Bandar, explique qu’il s’agissait avant tout d’une mesure de prévention. Selon lui, ces arbres représentaient un danger réel tels des risques de chutes de branches ou d’arbres entiers en période de fortes intempéries, fissures observées sur certains bâtiments, problèmes d’humidité et de moisissures, sans compter la présence d’animaux nuisibles comme des rats et des insectes à proximité directe du personnel.

 Le ministre évoque également un contexte sanitaire régional sensible, marqué par des alertes liées au Mpox. Pour le ministère de l’Agriculture, il s’agit donc d’un choix difficile mais nécessaire, visant à protéger les agents, les infrastructures et les équipements. Les autorités assurent par ailleurs que les arbres abattus seront remplacés par de jeunes plants, conformément à la politique nationale de reboisement. 

Une fracture institutionnelle  au cœur de la controverse

Mais cette justification est loin de convaincre le ministère de l’Environnement. Housni Mohamed, responsable division des forêts au sein de la direction générale de l’environnement parle d’une décision unilatérale, contraire aux principes de conservation que l’État défend. Ils remettent en cause certains arguments avancés, notamment ceux concernant les dégâts causés par les racines, soulignant que les bâtiments en question sont anciens et que les caractéristiques biologiques des Terminalia mantaly ne suffisent pas, selon eux, à expliquer de tels dommages structurels.


Au-delà des aspects techniques, c’est surtout l’absence de concertation qui choque. Housni Mohamed est clair, «aucun service environnemental n’a été associé à la prise de décision». Pour le responsable division des forêts au sein de la direction générale de l’environnement, cette manière de procéder va à l’encontre des politiques publiques actuelles, qui prônent une gestion concertée et durable des ressources naturelles. La dimension écologique de l’affaire alimente également la controverse.

Ces arbres servaient de lieux de repos à des chauves-souris, des Livingstone, une espèce reconnue pour son rôle dans les équilibres écologiques locaux. Leur disparition brutale soulève des questions sur le déplacement de cette faune et sur la perte immédiate de certains services écosystémiques, difficilement compensables à court terme, même par un reboisement. Du côté du ministère de l’Agriculture, on se veut toutefois rassurant, estimant que ces chauves-souris trouveront d’autres sites pour se réfugier.