Dans sa décision, le tribunal de première instance statuant en matière civile a condamné solidairement Huawei technologies basé à Maurice, Green Bulding Engineering et Nazra à payer les clients de cette dernière dont certaines avaient mis 100 millions de francs comoriens.

 

On se souvient tous de l’affaire Nazra et du bruit qu’elle avait suscitée. Cette femme avait été reconnue coupable d’escroquerie par le tribunal pour avoir organisé un système de Ponzi, pendant au moins deux ans. Le 5 décembre 2023, le justice la condamnera à 3 ans de prison ferme, peine aujourd’hui purgée, selon son avocat. Mais voilà qu’un autre volet civil de cette même affaire pointe le nez.  Selon un jugement rendu en premier ressort par le tribunal de première instance de Moroni, le 26 mai, Nazra Said Hassani, gérante de Halfate styles, Huawei technologies (Mauritus) et Green Bulding Engineering Co Ltd Sa (Crgb) sont condamnées à payer solidairement la vingtaine de personnes qui avaient investi de l’argent dans le système. Sur cette liste, plus de la moitié sont des agents de Comores Telecom. 


Parmi eux l’ancien agent comptable, Chamsoudine Soulé, qui avait investi, selon le document, 89 millions de francs dans l’espoir de toucher des intérêts de 26 millions. Mais c’est une femme dénommée Mariata Ibrahim Houdjat, qui a donné la plus grosse somme : 100 millions de francs. Aujourd’hui ces requérants affirment qu’ils n’ont pas touché leurs capitaux, n’en parlons plus les intérêts. Le tribunal a ainsi ordonné les assignés, Nazra et les deux sociétés étrangères citées, à payer «500 millions de francs ainsi que 150 millions de francs en guise d’obligation de plaider». 

Des contrats 

«Il y a des preuves de transactions qui prouvent que ces entreprises ont bénéficié des fonds remis à Nazra qui a signé des contrats avec les victimes. Elle leur promettait des intérêts dès que ces sociétés auraient fini de dédouaner des équipements, notamment Huawei», a soutenu Me Hadji Chaabani, l’un des trois avocats constitués dans ce dossier. 


Nous avons essayé d’avoir une réaction de l’avocat de Huawei Technologies, mais ce dernier n’a pas donné suite. Le conseil de Crgb, Kaambi Mze Soilihi, a pour sa part indiqué qu’il n’a pas reçu le jugement et ne peut donc faire de commentaire. Seulement, dans les conclusions, les deux entreprises étrangères avaient réclamé l’irrecevabilité de cette assignation. 


L’avocat de Green Bulding considère qu’aucun contrat ne liait sa cliente aux requérants, évoquant un «défaut de qualité et d’agir». La société, par la voix de son avocat, avait demandé  au juge de constater le caractère dilatoire des 20 personnes constituant ce collectif, ajoutant que Nazra Said Hassane n’a jamais été ni administratrice ni actionnaire au sein de l’entreprise.

«Irrecevabilité» 

Huawei, dans ses conclusions, a rappelé qu’elle avait engagé une procédure contre Nazra après l’éclatement de l’affaire pour faux et usage de faux. Mais toutes ces demandes ont été rejetées par le tribunal. Les victimes affirment que Nazra était co-gérante de Crgb et que pour les amadouer elle mettait en avant les difficultés que Huawei rencontrait à cette période, selon elle, pour dédouaner ses marchandises et qu’il lui revenait de trouver en urgence de la monnaie locale. En retour, les requérants s’attendaient à des intérêts pouvant atteindre jusqu’à 50% du montant investi. 


Contacté, l’avocat de Nazra Said Hassani a révélé que sa cliente n’a pas pu se défendre pendant la procédure. «Ils sont venus déposer l’assignation dans mon cabinet alors qu’ils savent très bien où Nazra réside. Je rappelle que ces mêmes personnes étaient poursuivies par la justice dans cette affaire avant d’être relaxées. Mais bizarrement, ces gens s’auto-accusent à travers leur action», soulève Me Idrisse Mze Mogne, qui n’exclut pas d’engager, au nom de sa cliente, une procédure au pénal contre ces victimes. «S’ils lui remettent le jugement, on fera appel pour soulever cette irrecevabilité», a ajouté l’avocat.