Chercheur au Centre national de documentation et de recherche scientifique (Cndrs), Ibrahim Mohamed Ibrahim publie « Kijue kiswahili cha kila siku », un guide bilingue shikomori-swahili pensé pour faciliter les échanges avec la Tanzanie et l’Afrique de l’Est. Dans cet entretien, il revient sur la genèse de l’ouvrage, ses ambitions culturelles et diplomatiques, et sa volonté d’outiller les Comoriens face aux arnaques.

 

Quelles ont été vos motivations pour rédiger cet ouvrage en deux langues ?

Je me suis aperçu que le swahili est la langue de nos voisins, la langue la plus proche des Comores. C’est pourquoi j’ai proposé l’idée d’introduire cette langue à l’Université des Comores (Udc). Cette proposition a été acceptée par les chercheurs de l’Udc, ce qui a permis le recrutement de Khadija Mohamed Moumini comme enseignante de swahili.

La numérotation du sommaire est paradoxale entre le titrage en swahili et la traduction en shikomori. Pourquoi ? Cela ne risque-t-il pas d’empêcher le lecteur de se retrouver facilement ?

Il s’agit d’une erreur provenant de la maison d’édition. Lors de la publication d’un livre, il peut arriver que certaines choses ne soient pas correctement mises en page. Parfois, des inversions se produisent.

Il existe plusieurs langues. Pourquoi avoir choisi spécifiquement la traduction entre le swahili et le shikomori ?

Au-delà des éléments évoqués précédemment, il y a un autre aspect : beaucoup de Comoriens se rendent en Tanzanie. Je me suis donc dit que mon livre devait aborder trois thèmes principaux comme motivations : le tourisme, le commerce et les soins médicaux, afin d’aider les Comoriens à éviter certaines arnaques de personnes prétendant bien parler le swahili pour en tirer profit.

Vous évoquez dans votre livre un programme de promotion du swahili aux Comores. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Je suis actuellement en train de rédiger un troisième ouvrage intitulé « Contribution du kiswahili à la promotion de la diplomatie culturelle entre les Comores et la Tanzanie ». Cette promotion s’inscrit dans un contexte où, lors de la visite aux Comores de la présidente Samia Suluhu Hassan, il a été question de promouvoir le swahili aux Comores, compte tenu des liens qui unissent les deux pays. Malgré cela, le soutien du gouvernement comorien reste limité, contrairement à celui de certaines structures tanzaniennes partenaires.

Pourquoi la suite de cet ouvrage sera-t-elle rédigée en swahili et en français plutôt qu’en shikomori ?

Dans ma démarche de promotion du swahili aux Comores, je me suis rendu compte, après la publication de mon premier livre, qu’un grand nombre de francophones souhaitent également apprendre le swahili. Il serait donc plus accessible pour eux d’apprendre à partir du français. Par la suite, si les moyens le permettent, une version en swahili et en anglais pourrait voir le jour.

Vous mentionnez une dynamique africaine autour du swahili. À quelles initiatives ou rencontres faites-vous référence ?

Aujourd’hui, le swahili a pris une place importante parmi les langues africaines. En reconnaissance de son importance, l’Unesco a décidé de célébrer chaque 7 juillet la Journée mondiale de la langue swahili, connue sous le nom de « Saba Saba ». Par ailleurs, plusieurs rencontres internationales se tiennent en swahili, et des conseils linguistiques œuvrent à son développement, notamment le Baraza la Kiswahili la Taifa (Bakita) en Tanzanie et le Baraza la Kiswahili la Zanzibar (Bakiza). La langue évolue constamment, intégrant des néologismes adaptés aux réalités contemporaines, comme en témoigne la traduction de l’expression « intelligence artificielle » en plusieurs équivalents swahilis.

Vous avez évoqué la possibilité de quelques erreurs dans le livre. Comment envisagez-vous d’y remédier ?

Je suis actuellement en train de relire l’ouvrage afin d’identifier les erreurs. Le travail a été réalisé dans un délai restreint afin d’être prêt pour l’événement organisé par l’ambassade de Tanzanie aux Comores à l’occasion du « Saba Saba ». Je suis en contact avec la maison d’édition basée à Zanzibar afin d’apporter les corrections nécessaires et de procéder à une deuxième édition du livre.