La validation de l’Analyse des politiques et des institutions du financement de la biodiversité (Biofin) a fait l’objet d’un atelier national qui s’est tenu ce jeudi 1er octobre à l’hôtel le Retaj. Cette rencontre dont l’objectif est de mieux identifier les ressources nécessaires à la protection de la biodiversité et renforcer leur financement, a vu la présence du ministre de l’Environnement et du Tourisme, de son collègue des Finances et du Budget, des représentants des institutions nationales, du secteur privé ainsi que des partenaires techniques et financiers.
A l’occasion, le représentant-résident du Pnud, Luca Monge Raffarelo, a rappelé l’importance de la biodiversité dans l’économie comorienne. «Aux Comores, la nature n’est pas en marge de l’économie, elle en constitue l’un des fondements», a-t-il souligné. Selon lui, l’agriculture, la pêche, le tourisme, les ressources en eau et plusieurs filières d’exportation dépendent directement de la qualité des écosystèmes. «Le secteur primaire représentait ainsi 36,4% du PIB en 2022, tandis que la dégradation des sols représenterait une perte économique estimée à 274 millions de dollars par an», a-t-il rappelé.
Pour le représentant du Pnud, la protection de la biodiversité doit donc être considérée comme un moyen de préserver les bases de l’économie nationale. Il a rappelé que les Comores disposent déjà de plusieurs cadres stratégiques, notamment la Stratégie et le Plan d’action national pour la biodiversité 2026-2030 et le Plan Comores Émergent.
Le principal défi reste désormais de traduire ces orientations en mécanismes financiers et institutionnels durables. Dans cette perspective, le programme Biofin doit permettre, selon lui, de mieux connaître les dépenses consacrées à la biodiversité, d’améliorer l’utilisation des ressources existantes et d’identifier de nouveaux mécanismes de financement.
Parmi les pistes évoquées figurent notamment le Fonds environnemental des Comores, le carbone bleu, l’écotourisme et les recettes liées aux aires protégées. Le représentant-résident du Pnud a également salué l’appui financier de la France, à hauteur de 432 000 dollars, pour la mise en œuvre de deux solutions de financement de la biodiversité. Il a estimé que cet accompagnement devait contribuer à passer de l’analyse à la mise en place de mécanismes opérationnels et durables.
«Financer la biodiversité, c’est aussi sécuriser notre développement»
Pour sa part, le ministre des Finances et du Budget, Moussa Abdérémane, a inscrit cette réflexion dans le cadre du Plan Comores Émergent. Il a rappelé que le pays fait face à d’importants besoins de financement alors que les ressources disponibles restent limitées. «Notre responsabilité est donc de trouver les moyens de financer davantage notre développement, mais aussi de le financer mieux», a-t-il déclaré. L’argentier de l’Etat a insisté sur le rôle économique de la biodiversité, notamment pour l’agriculture, la pêche, le tourisme, l’économie bleue et les ressources en eau.
Pour lui, la dégradation du capital naturel ne touche pas uniquement l’environnement, mais aussi la capacité du pays à produire, investir, créer des emplois et soutenir son développement. Moussa Abdérémane a présenté quatre orientations pour améliorer le financement de la biodiversité. La première consiste à mieux sécuriser les ressources internes, en améliorant notamment leur prévisibilité, leur traçabilité et leur efficacité. La deuxième vise à diversifier les financements extérieurs à travers les fonds climatiques et environnementaux, les partenariats de développement, les investissements privés et d’autres mécanismes innovants. La troisième orientation consiste à intégrer la biodiversité dans le financement du développement, plutôt que de la considérer comme une dépense supplémentaire. «Financer la biodiversité, c’est donc aussi sécuriser une partie des fondements de notre développement», a-t-il expliqué.
Le ministre a appelé à une meilleure complémentarité entre les différents mécanismes disponibles, notamment le budget national, le Fonds environnemental des Comores, l’écotourisme, le carbone bleu, les financements climatiques et les investissements privés. «L’objectif est de construire un portefeuille cohérent de solutions plutôt que de multiplier les instruments de financement», a-t-il précisé. En tout cas, l’atelier doit ainsi permettre d’aboutir, selon lui, à «un diagnostic partagé, de hiérarchiser les solutions envisageables et d’identifier les questions à approfondir pour les prochaines étapes du processus Biofin». Le futur Plan de financement de la biodiversité devra notamment contribuer à intégrer progressivement la protection du capital naturel dans les choix économiques, budgétaires et d’investissement du pays.



