L’interdiction des bidons dans les stations-service, toujours en vigueur, provoque des tensions. Entre difficultés d’approvisionnement, pertes économiques et mesures de régulation, entreprises, stations et syndicats affichent des positions contrastées.

 

La décision du procureur interdisant la livraison de carburant par bidon continue de produire ses effets. Récemment rappelée par un communiqué de la Société comorienne des hydrocarbures (Sch), la mesure provoque de vives réactions sur le terrain. Entre contraintes opérationnelles pour les entreprises et impératifs de régulation pour les stations-service, la situation reste tendue.

Au sein de la société Kulak, le responsable du concasseur, Maoulida Abdou, décrit une activité au ralenti. En ce mercredi 22 avril, plusieurs engins sont restés à l’arrêt, faute de gasoil. «Parfois, une partie fonctionne pendant que d’autres travailleurs sont contraints de rester inactifs», confie-t-il. 

Il évoque en effet «une organisation déséquilibrée et des pertes de productivité». Malgré la capacité de l’entreprise à se fournir directement auprès de la Sch, les quantités délivrées demeurent irrégulières, voire insuffisantes, selon l’entreprise.

Prudence et mesures alternatives 

Dans le secteur du terrassement, le constat est similaire. Une source autorisée dénonce «des pertes financières importantes», aussi bien pour les entreprises que pour l’État. «Nous avons des charges fixes élevées, notamment au moins 800 000 francs comoriens de taxes mensuelles, sans compter les autres obligations», explique-t-elle. En temps normal, chaque engin nécessite entre 8 et 12 bidons de 20 litres par jour. Aujourd’hui, l’accès au carburant devient un casse-tête, malgré des demandes de livraison restées sans suite. 

Du côté des stations-service, la prudence est de mise. À la station Mouzdalifa, son responsable, Faissoil Said Ibrahim, estime que l’autorisation des bidons pourrait générer des tensions, voire des affrontements, dans un contexte déjà marqué par un rationnement limité. «Si nous devions servir en bidon, nous ne pourrions satisfaire qu’une partie de la demande», souligne-t-il. Il renvoie les entreprises vers la Sch, seule habilitée, selon lui, à traiter ce type de requêtes.

Au complexe du port, une organisation particulière a été mise en place. Le superviseur Mahamoud Moindjié évoque un système d’abonnement avec tickets destiné aux sociétés disposant d’engins lourds. Ces dernières peuvent se ravitailler partiellement, même en cas d’affluence. En revanche, pour les conducteurs invoquant une panne de leurs gros camions et sollicitant un remplissage en bidon, la réponse reste inflexible : ils doivent venir avec un véhicule pour s’approvisionner.

Le syndicat des chauffeurs, Usukani wa masiwa, soutient pour sa part la mesure du procureur de la République. Son porte-parole, Moustoifa Hamidou, y voit un moyen de «protéger les transporteurs contre les pratiques de revente informelle et les prix excessifs sur un marché noir parallèle». Concernant les difficultés rencontrées par les entreprises, il estime que «la responsabilité incombe à la Sch, appelée à proposer des solutions adaptées».