Files interminables, inquiétudes croissantes et lassitude des consommateurs dans la capitale, automobilistes et transporteurs redoutent une aggravation de la situation liée à l’approvisionnement en carburant.

 

À Moroni, les signes d’une dégradation de la situation du carburant deviennent de plus en plus visibles. Dans plusieurs stations-service de la capitale, les automobilistes se ruent dès les premières heures de la journée pour espérer faire le plein, et provoquent par conséquent des files d’attente qui s’étendent sur plusieurs dizaines voire centaines de mètres.À la station Mouzdalifa, comme dans d’autres points d’approvisionnement, l’ambiance est marquée par l’impatience et l’inquiétude. Les conducteurs patientent parfois des heures, redoutant une rupture imminente. Cette affluence inhabituelle engendre des embouteillages et perturbe la circulation dans certains quartiers de la ville.


Au cœur des discussions, «la crainte d’une hausse des prix du gasoil et de l’essence», à l’instar de ce qu’il se passe dans les autres pays du monde, suite aux incertitudes qui planent sur le détroit d’Ormuz, à cause de la guerre entre les Etats-Unis et Israël d’un côté, et de l’Iran d’autre part. Une éventualité qui pousse de nombreux usagers à anticiper en limitant leurs déplacements ou en ajustant leur consommation. Du côté des transporteurs, notamment dans la région de Hambuu où plusieurs chauffeurs se retrouvent à la station Caltex, les préoccupations sont encore plus vives. Certains envisagent déjà «une augmentation des tarifs du transport pour compenser une éventuelle hausse du carburant». Des suppositions en l’air qui restent au stade de la sensation propre des consommateurs.

L’instabilité de l’approvisionnement

Même constat à la station de Maluzini, où les chauffeurs de taxi-ville expriment leur inquiétude face à l’instabilité de l’approvisionnement. Une hausse des prix du transport urbain est évoquée, une décision qui pourrait affecter directement le quotidien des habitants, déjà confrontés à des difficultés dans le secteur. Fayad Abdou, chauffeur de taxi à Moroni, témoigne de l’attente et de l’incertitude. «On est là parce que la pénurie commence à se faire sentir. On n’a pas d’autre choix que d’attendre l’arrivée des camions pour s’approvisionner. Chacun espère faire le plein en attendant de voir quelles solutions seront apportées par le gouvernement», confie-t-il.


S’il affirme ne pas disposer d’informations précises sur une éventuelle augmentation des prix, il reste attentif à l’évolution du contexte international. 
«Ce que l’on observe à l’échelle mondiale, notamment les tensions au Moyen-Orient, peut avoir des répercussions. Une situation similaire pourrait survenir ici et pénaliser tout le monde», pense-t-il, tout en évoquant «la possibilité d’un arrêt temporaire » de son activité «si la situation venait à empirer». À la Société comorienne des hydrocarbures (Sch), le message reste le même : «ne pas créer de la panique au risque de perturber les chaînes normales d’approvisionnement des produits pétroliers», selon Soudjay Kifia, chargé de mission au sein de l’entreprise, interrogé sur le sujet par nos confrères de l’Ortc.