Une conférence réunissant les Comores et neuf pays africains a placé samedi à Moroni la santé mentale au cœur des enjeux climatiques, en mettant en lumière anxiété, fatigue et vulnérabilités sociales.


Le changement climatique ne se traduit pas seulement par la hausse des températures, les phénomènes météorologiques extrêmes ou les pertes économiques. Il affecte également le bien-être psychologique des populations. Cette dimension encore peu abordée a été au centre d’une conférence organisée samedi 5 septembre à l’hôtel Retaj, à Moroni, par l’association Wanania Green.La rencontre a réuni plusieurs acteurs comoriens ainsi que des représentants de neuf pays africains.

 Parmi les participants figuraient notamment la directrice de la promotion du genre, le préfet du Centre, des représentants du Global Fund for Women et des membres du Mouvement africain pour la justice climatique.Fondée en 2022 par Aïcha Aboubacar, Wanania Green s’est progressivement développée pour compter aujourd’hui près d’une trentaine de membres. Pour sa fondatrice, cette conférence constitue une étape importante dans le développement de l’association, mais aussi dans la reconnaissance d’un aspect encore largement absent des débats climatiques.

 « Parler du changement climatique et de la santé mentale dans la même phrase, c’est encore rare », a-t-elle fait remarquer. Selon elle, les discussions sur le climat restent souvent centrées sur les données scientifiques, les financements et les mécanismes d’adaptation, alors que les conséquences psychologiques vécues par les populations demeurent insuffisamment prises en compte.

«Parlons-en» pour briser le silence

Anxiété, colère, fatigue, frustration ou sentiment d’impuissance peuvent ainsi accompagner les personnes confrontées directement aux transformations de leur environnement. Une pêcheuse qui constate la dégradation progressive de son milieu de travail peut, par exemple, éprouver une inquiétude croissante face à l’avenir de son activité. Les jeunes militants engagés dans la défense du climat peuvent eux aussi ressentir une forte pression face à une crise qu’ils n’ont pas contribué à créer.


Les échanges ont également mis en évidence la vulnérabilité particulière des femmes. Déjà confrontées aux difficultés économiques, aux violences basées sur le genre et aux responsabilités familiales, elles peuvent subir une pression supplémentaire lorsque les ressources et les conditions de vie se dégradent sous l’effet des changements climatiques. Elles doivent souvent répondre aux besoins de leur famille tout en gérant leurs propres inquiétudes. Cette accumulation de responsabilités peut accentuer la détresse psychologique et affecter durablement le bien-être des personnes concernées.

 Pour Aïcha Aboubacar, la situation est particulièrement préoccupante dans les petits États insulaires comme les Comores. «Nous, les États insulaires, connaissons cette invisibilité mieux que quiconque. Nos voix arrivent souvent en dernier dans les grandes conférences climatiques», a-t-elle regretté. Face à cette souffrance souvent invisible, Wanania Green a lancé ces derniers mois le programme «Parlons-en ». L’initiative vise à offrir aux communautés un espace de dialogue où elles peuvent exprimer leurs inquiétudes et leurs expériences face aux bouleversements environnementaux.

 «Nous avons vu, dans nos communautés, que la souffrance était là, silencieuse, non dite, non prise en charge», a expliqué la fondatrice. Au cours de la conférence, des experts ont présenté leurs travaux sur les liens entre changement climatique et santé mentale. Des témoignages de terrain et des interventions de psychologues ont également permis d’illustrer les réactions émotionnelles observées chez les personnes exposées aux conséquences du dérèglement climatique.


À travers cette rencontre, Wanania Green entend ainsi contribuer à élargir le débat climatique en y intégrant davantage la dimension humaine et psychologique. 
L’association a salué l’appui du Mouvement africain pour la justice climatique, du Global Fund for Women, de PsyComores et de ses différents partenaires techniques et de terrain.