La mort d’un jeune automobiliste et une collision spectaculaire impliquant une moto en deux jours relancent le débat sur le respect du code de la route et l’efficacité des mesures de prévention.

 

Deux accidents de la circulation survenus à Moroni en l’espace de deux jours rappellent une nouvelle fois les dangers de la vitesse et des comportements à risque sur les routes de la capitale. Le premier drame s’est produit le vendredi 10 juillet, dans la rue Ahmed Djoumoi, au quartier Ambassadeur, à Moroni. Une Renault Mégane, circulant à très vive allure avec deux hommes à bord, a violemment percuté le poteau en béton d’un immeuble. 
Le choc a été fatal à l’un des occupants, Halifa Omar, alias “ Zepe”, originaire de Mde a trouvé la mort. Les circonstances exactes de l’accident restent à déterminer, mais plusieurs témoins évoquent une vitesse excessive. 


Le lendemain, un second accident est survenu sur la route de Hamramba, au niveau de Bonzami Feu Rouge. Cette fois, une moto est entrée en collision avec un Vitz. La violence de l’impact a réduit la moto en pièces détachées, tandis que la voiture a subi d’importants dégâts à l’avant droit, avec une roue arrachée et un pare-brise abimé. Selon Dhoifirou Ihiwani, témoin de la scène, l’accident serait dû à une manœuvre imprudente de la moto. “Une voiture qui précédait la moto s’était arrêtée pour laisser le Vitz tourner afin d’emprunter un passage vers l’autre voie. Le motard, au lieu d’attendre, a contourné le véhicule arrêté et s’est retrouvé face à la Vitz qui effectuait sa manœuvre. La collision a été inévitable”, a-t-expliqué. Selon lui, le chauffeur de taxi est sorti indemne de l’accident. Le motard, quant à lui, a dû être transporté à l’hôpital. 

“Une stabilité alarmante” des accidents

Interrogé sur la situation, le policier routier Badroudine Ali dresse un constat préoccupant :”On ne parle pas forcément d’une augmentation chaque année, mais on constate une stabilité alarmante. Les jeunes de 18 à 29 ans représentent encore une part trop importante des accidents graves et mortels”. Selon lui, les conséquences sont souvent plus dramatiques. “Le problème, c’est que lorsqu’un jeune est impliqué, la gravité est souvent plus grande à cause de la vitesse. Les trois causes qui reviennent malheureusement tout le temps sont la vitesse, l’alcool et la distraction. À cela s’ajoutent le manque d’expérience et parfois un sentiment d’invincibilité”, insiste-t-il. Le policier rappelle “qu’un jeune conducteur n’a pas encore les réflexes pour gérer l’imprévu. Et à 100 km/h, on n’a pas le droit à l’erreur”. 

La prévention avant la sanction

Pour les forces de l’ordre, la priorité demeure la prévention. “L’excès de vitesse et l’alcool restent les deux premières causes d’accidents mortels chez les jeunes. Pour les contrôles d’alcool, nous menons des opérations ciblées, surtout le soir et le week-end. Mais nous ne pouvons pas être partout. Lorsqu’un conducteur est manifestement en état d’ivresse, son véhicule est conduit au commissariat et il reste en garde à vue jusqu’au matin”, souligne-t-il.  
Le policier reconnaît toutefois que les tests de dépistage systématiques ne sont pas encore pratiqués. Selon Badroudine Ali, “L’alcool est impliqué dans près d’un accident mortel sur trois.

 

Le drame, c’est que ces accidents sont presque toujours évitables. Il suffit de prendre la décision de ne pas conduire. Les interventions concernent principalement les nuits de week-end. Le soir, surtout le samedi, nous retrouvons souvent des conducteurs qui sortent de lieux festifs, notamment du club “C’est la Vie”. Le policier souligne que les effectifs ne permettent pas d’intervenir partout à la fois. “C’est une question de priorisation et de moyens. Nous ne pouvons pas être sur toutes les routes en même temps. Nos priorités vont aux comportements qui mettent directement la vie en danger : grands excès de vitesse, alcool, contresens et téléphone au volant”, ajoute-t-il.

Il estime que parfois, une interpellation et un moment de pédagogie ont plus d’impact qu’une amende. “Le but n’est pas de punir, c’est que cela ne se reproduise plus “, rappelant que les comportements les plus dangereux sont sévèrement sanctionnés.” Pour un grand excès de vitesse, les sanctions peuvent aller jusqu’au retrait immédiat du permis, une forte amende, l’immobilisation du véhicule et parfois une comparution devant le tribunal. Le contresens est considéré comme une mise en danger de la vie d’autrui et peut entraîner une suspension du permis, une amende et, dans les cas les plus graves, une peine de prison “, indique-t-il.   
Enfin, le policier adresse un message clair aux jeunes conducteurs. : ”La route n’est pas un circuit. Cinq minutes gagnées peuvent coûter une vie. Certains recherchent l’adrénaline, d’autres veulent impressionner leurs amis ou se montrent impatients. Mais les limitations de vitesse ne sont pas fixées au hasard : elles existent pour laisser le temps de réagir. Les dépasser, c’est réduire ses chances d’éviter un accident et augmenter la violence du choc”.