Dans la capitale, l’infraction routière s’est banalisée. Ignorance des règles, manque de signalisation et impunité transforment chaque trajet en prise de risque collective et permanente.
Rouler dans les rues de Moroni demande beaucoup de sang-froid. L’insécurité routière ne relève plus seulement de l’accident imprévisible, mais d’une habitude dangereusement installée. Jour après jour, les infractions se répètent, se normalisent et finissent par façonner une culture de la route où le risque est comme accepté.Beaucoup d’usagers ne font d’ailleurs plus la différence entre une contravention et un délit routier. Pourtant, l’écart est majeur. Le non-port de la ceinture, l’usage du téléphone au volant, le défaut de casque, d’assurance ou de carte grise relèvent des contraventions, sanctionnées par des amendes. À l’opposé, la conduite en état d’ivresse, le délit de fuite, l’absence de permis ou les excès de vitesse ayant causé des blessures ou un décès constituent des délits, passibles de lourdes sanctions pénales, voire d’emprisonnement.
Sur le terrain, cette distinction s’efface au profit de comportements à risque quotidiens. Sur des axes très fréquentés comme Zilimadjuu–Caltex ou Bonzami–Ambassadeur, les dépassements dangereux et les manœuvres improvisées sont devenus monnaie courante, notamment aux heures de pointe. Pour Anfane Attoumane, livreur à Mpess Express, la route est devenue « un calvaire », où chacun cherche à gagner quelques secondes au détriment de la sécurité de tous. L’apparition de « troisièmes voies » improvisées ou l’intrusion de véhicules prioritaires supposés paralysent la circulation et accentuent la tension.Dans les quartiers, l’inquiétude est tout aussi forte. Les riverains dénoncent la circulation de motos sans plaques ni assurance, roulant à vive allure dans des zones habitées. Maoulida Hassan Moindjie rappelle qu’un piéton a récemment été grièvement blessé par un motard qui a ensuite pris la fuite, un délit pénal. Les ronds-points, censés fluidifier la circulation, sont devenus des points noirs. Le non-respect de la priorité, pourtant clairement définie par le code de la route, crée confusion et collisions. Au rond-point Ambassadeur, explique Al-Hamdi Abdillah Hamdi, beaucoup de conducteurs « appliquent à tort la priorité à droite », faute de signalisation claire et de rappels visibles des règles.
Cette absence d’infrastructures adéquates aggrave l’ignorance. Dos-d’âne contournés, feux tricolores hors service, panneaux quasi inexistants : autant de facteurs qui encouragent des infractions devenues réflexes. Même ceux qui connaissent les règles finissent par s’y adapter, au risque de les transgresser.Pour Abdoul-Hak Salim, moniteur d’auto-école, les accidents naissent presque toujours de ces « petits gestes » banalisés : refus de priorité, téléphone au volant, excès de vitesse. Au-delà des sanctions, il plaide pour une véritable culture de la responsabilité : «la route ne doit pas être un espace de rivalité, mais un lieu de respect et de protection de la vie».




