Réunis à Moroni, les participants au colloque sur l’éducation numérique ont adopté des résolutions visant à encadrer l’IA, renforcer l’Éducation aux médias, à l’information et à la citoyenneté numérique et lutter contre la désinformation en Afrique.
Les rideaux sont tombés le mercredis 6 mai 2026 pour le colloque international sur les nouveaux enjeux de l’Éducation aux médias, à l’information et à la citoyenneté numérique. A l’issue des travaux, les participants ont adopté une série de résolutions ambitieuses visant à renforcer la résilience numérique et démocratique du continent africain.
Pendant deux jours de travaux, les participants ont dressé un constat préoccupant de l’environnement numérique mondial, marqué par la montée de la désinformation, des discours de haine en ligne, des deepfakes et de l’exploitation abusive des données personnelles, amplifiés par les nouvelles technologies de l’intelligence artificielle.
Face à ces défis, les membres du colloque ont insisté sur le rôle central de l’Emicn (Education aux médias, à l’information et à la citoyenneté numérique) comme outil stratégique de formation de citoyens critiques, capables d’identifier les manipulations informationnelles et de participer de manière éclairée au débat public.
Encadrement de l’IA
Dans leur première résolution, les participants invitent les États membres du Réseau des Instances Africaines de Régulation de la Communication (Riarc) à inscrire l’Emicn parmi les priorités nationales. Ils recommandent notamment l’élaboration de politiques publiques dédiées, l’intégration de l’Emicn dans les programmes scolaires et universitaires, ainsi que la mobilisation de ressources financières et techniques adaptées.
Les autorités de régulation sont également appelées à coordonner des mécanismes nationaux associant gouvernements, médias, société civile et secteur privé. Le colloque a particulièrement insisté sur l’urgence de renforcer la lutte contre la désinformation et les contenus manipulés par l’intelligence artificielle. Les participants ont préconisé l’adoption de cadres réglementaires spécifiques pour l’usage de l’IA dans les secteurs audiovisuel et numérique, ainsi que le renforcement des capacités des régulateurs africains en matière de veille informationnelle.
Ils ont également demandé davantage de transparence algorithmique de la part des plateformes numériques opérant en Afrique et la mise en place de mécanismes efficaces de lutte contre les campagnes de manipulation de l’information. Les résolutions adoptées mettent également l’accent sur la protection des données personnelles et la cybersécurité.
Les participants ont encouragé les États africains à renforcer leurs législations nationales conformément aux standards internationaux, notamment le Règlement général sur la protection des données (Rgpd) et la Convention de l’Union africaine sur la cybersécurité. Ils ont aussi plaidé pour la création d’autorités indépendantes de protection des données personnelles et pour l’intégration de la culture de la sécurité numérique dans les programmes éducatifs.
Le colloque a ainsi appelé les États et les plateformes numériques à agir conjointement contre la prolifération des discours de haine en ligne. Les résolutions prévoient l’adoption de lois spécifiques, la publication régulière de rapports de transparence par les plateformes et le développement d’outils de signalement adaptés aux réalités linguistiques et culturelles africaines. Des programmes de sensibilisation et de formation à destination des jeunes, enseignants et professionnels des médias sont également recommandés.
Un rôle renforcé pour les régulateurs africains
Les participants ont souhaité voir les missions des régulateurs africains élargies à la promotion de l’Emicn. Ils ont proposé la création d’un programme régional de partage de bonnes pratiques au sein du Riarc et la mise en place d’observatoires nationaux du numérique. Le colloque a aussi recommandé un dialogue structuré entre les régulateurs africains et les grandes plateformes numériques afin d’obtenir des engagements plus fermes contre les contenus nuisibles.
Enfin, les participants ont plaidé pour une coopération accrue entre États africains, organisations internationales et partenaires techniques et financiers.
Ils ont proposé notamment la création d’un réseau africain permanent de coordinateurs nationaux de l’Emicn, l’organisation d’un colloque régional tous les deux ans et le développement de ressources pédagogiques en langues africaines.
Dans la Déclaration finale de Moroni, les participants se sont engagés à promouvoir la mise en œuvre de ces résolutions dans leurs pays respectifs.
Ils ont appelé les gouvernements, les parlements, les régulateurs, les médias, les organisations de la société civile et les plateformes numériques à unir leurs efforts afin de faire de l’éducation aux médias, à l’information et à la citoyenneté numérique «un droit fondamental pour chaque citoyen africain».Les signataires ont estimé que la souveraineté informationnelle et la résilience démocratique des sociétés africaines reposent désormais sur la capacité des citoyens à évoluer de manière critique, autonome et responsable dans l’espace numérique.




