À l’occasion de la Semaine de l’indépendance, le juriste, auteur et spécialiste des questions de décentralisation, Anzaouir Ben Alioiou a défendu le rôle historique de l’esprit communal dans la conquête de la souveraineté et appelé à renforcer la décentralisation pour développer les Comores.
Dans le cadre des célébrations du cinquante-et-unième anniversaire de l’indépendance des Comores, Anzaouir Ben Alioiou, juriste et auteur de l’ouvrage «De l’Institution Communale en Union des Comores», a animé, mercredi 8 juillet, une conférence au Centre national de documentation et de recherche scientifique (Cndrs) consacrée au thème «Communalisation et indépendance des Comores». La rencontre a réuni notamment le directeur général du Cndrs, le directeur régional de l’Office comorien des produits de rente (Ocpr), le spécialiste en développement local, Soulaimana Fardane, ainsi que des étudiants de l’Université des Comores.
À travers cette conférence, l’auteur a souhaité ouvrir une réflexion sur le rôle de l’institution communale dans l’histoire politique du pays et sur sa place dans la construction de l’État.
En guise d’introduction, il a cité Alexis de Tocqueville : «Les institutions communales sont à la liberté ce que les écoles primaires sont à la science ; elles lui en font goûter l’usage paisible et l’habituent à s’en servir».
Selon Anzaouir Ben Alioiou, l’organisation traditionnelle des villages comoriens constitue depuis des siècles le socle de la vie collective. Il a rappelé qu’à partir du VIIIᵉ siècle, le Muji (village) représentait déjà une cellule fondamentale de l’organisation sociale, reposant sur un système peu centralisé mais durable. « Aujourd’hui est un moment de partage et de changer d’idée», a-t-il déclaré en invitant les participants à repenser la gouvernance locale.
S’appuyant sur son ouvrage «De l’institution communale en Union des Comores», il a présenté sa vision de la décentralisation en revenant sur les notions de pouvoir politique (Maferembwe), de droit général (Milanantsi) et de droit local (Andanamila). «Mon ouvrage présente ma vision et mes recommandations sur la manière d’améliorer la communalisation de notre pays», a-t-il expliqué.Pour le conférencier, la démocratie doit s’enraciner d’abord dans les communes.
Il estime que le développement économique doit être porté par une véritable décentralisation et par une coopération entre collectivités.
L’existence de contre-pouvoirs traditionnels
Il a plaidé pour un investissement accru de l’État dans les villages ainsi que pour une meilleure organisation des communes rurales et urbaines afin de renforcer les capacités d’action des collectivités locales.Revenant sur l’histoire institutionnelle des Comores, Anzaouir Ben Alioiou a rappelé qu’après le détachement administratif de Madagascar en 1946, les collectivités rurales et les communes avaient progressivement acquis davantage de compétences. Il a souligné qu’en 1957, la classe politique revendiquait déjà «plus de pouvoir pour le territoire, plus de pouvoir pour la gestion des affaires propres».
Selon lui, la dynamique communale a largement précédé l’accession du pays à la souveraineté. «Depuis 2021, le droit existe ; il reste à le faire vivre, compétence par compétence sur le terrain. Ce n’est pas l’indépendance qui a produit la commune, c’est l’esprit communal qui a nourri l’aspiration à l’indépendance», a-t-il affirmé.Prenant part aux échanges, le directeur régional de l’Office comorien des produits de rente, Saïd Youssouf Seda, diplômé en gestion de la décentralisation, a salué une réflexion qu’il a jugée essentielle. Selon lui, si le modèle communal s’est inspiré des expériences occidentales, il trouve également ses racines dans les pratiques traditionnelles des villages comoriens.
Il a toutefois estimé que la mise en place des communes ne peut se limiter à l’élection des maires. «Ce que nous voulons, c’est accompagner la décentralisation», a-t-il insisté. «Le maire doit ressentir qu’il a une responsabilité. S’il a des projets, il doit aussi avoir les moyens de les réaliser», a-t-il suggéré.Le responsable a enfin évoqué les défis auxquels se heurte la décentralisation, notamment l’existence de contre-pouvoirs traditionnels dans les villages, tels que les notables, les institutions du grand mariage ou encore les autorités coutumières.
Des réalités qui, selon lui, rendent plus complexe la mise en œuvre effective des politiques de gouvernance locale.




