Aux Comores, la mémoire d’Ali Soilihi demeure vivace, 48 ans après son assassinat par des mercenaires dirigés par Bob Denard. Comme chaque année, les Comoriens ont commémoré, ce vendredi 29 mai 2026 à Shuani, la disparition du guide de la révolution comorienne, dans un moment de prière et de recueillement en son hommage.

 

Du 29 mai 1978 au 29 mai 2026, cela fait 48 ans que le «Mongozi» a été froidement assassiné, quelques jours après son renversement. Cette date tragique est régulièrement marquée par une cérémonie religieuse à Shuani, son village natal, où il repose. Ce fut encore le cas cette année, lors d’une cérémonie sobre, à l’image du défunt président.


L’événement a réuni plusieurs personnalités, dont l’ancien gouverneur de Ngazidja, Mouigni Baraka Saïd Soilihi, le député de Hambuu, Hachim Halidi, le maire de Hambuu Ntsinimwapanga, Ali Chahid, ainsi que d’anciens compagnons du Mongozi et de nombreux anonymes. Dans son intervention, Dr Toihir Ibrahim Mmoisi, doyen de la faculté Imamou Chafioun, a mis en avant la piété et les œuvres d’Ali Soilihi, qui, selon lui, lui confèrent une forme d’immortalité. Il a cité le verset 36:12 de la sourate Ya-Sine «C’est Nous qui redonnons la vie aux morts. Nous enregistrons ce qu’ils ont accompli ainsi que les traces qu’ils ont laissées.»
Poursuivant son propos, il a affirmé : 
«Ali Soilihi n’est pas mort, il est plus vivant que jamais. Car chaque année, nous nous réunissons pour honorer sa mémoire et rappeler ses réalisations, notamment la construction des mudurias, aujourd’hui devenues des collèges, ainsi que des infrastructures routières réalisées en peu de temps. 
Cela constitue une aumône continue.» Selon lui, le Mongozi mérite également le statut de martyr, ayant sacrifié sa vie pour défendre sa patrie, libérer sa nation du joug colonial et la conduire vers le progrès. 
Il a notamment rappelé qu’il fut le seul dirigeant à se rendre à Mayotte pour contester son occupation par la France, en violation des résolutions de l’Onu.

Le statut de martyre

De son côté, Foundi Mohamed Mzé, ancien proche collaborateur d’Ali Soilihi, a également souligné que le leader était un homme de foi et de piété, contrairement aux accusations de ses détracteurs. Il a partagé ce souvenir marquant : «Jeune lycéen, lorsque mon père m’a conduit le voir pour la première fois, j’ai été surpris de constater qu’il avait à sa droite un exemplaire du Coran et à sa gauche “Le Capital” de Karl Marx. Plus tard, en le rencontrant à Paris, j’ai compris que si son programme politico-économique s’inspirait de Marx, ses actions étaient profondément guidées par le Coran.» 


Il a appuyé ses propos en évoquant les derniers versets de la sourate Al-Furqân, qui décrivent le croyant idéal : humble, patient, assidu dans la prière, modéré dans ses dépenses, sincère et attaché à la vérité. Autant de qualités qu’il a attribuées à Ali Soilihi. Il a également rappelé que le projet politique du Mongozi communément appelé « Plan quinquennal», s’inspirait du verset coranique. «Allah ne modifie pas l’état d’un peuple tant que les gens ne changent pas ce qui est en eux-mêmes», a-t-il rapporté.  Avant d’ajouter «On ne peut pas espérer récolter des bananes sans les cultiver. Ni vendre du girofle sans l’avoir planté.

Rien ne s’obtient dans l’inaction.» «Certes Ali Soilihi n’était pas un prophète et il n’a jamais prétendu l’être mais il tirait son inspiration de la foi», a-t-il affirmé. Selon toujours, le combat d’Ali Soilihi visait notamment à lutter contre l’ignorance, à travers la construction d’écoles dans les régions, souvent à proximité des mudurias, dans une logique de décentralisation du pouvoir.

 Selon lui, cet engagement s’étendait aussi à la lutte contre la famine, la sorcellerie, le fétichisme et les dépenses ostentatoires et inutiles. «Ali Soilihi adoptait un comportement conforme aux valeurs d’un musulman exemplaire. Pourtant, parce qu’il ne correspondait pas aux apparences traditionnelles (comme le port du turban ou de la barbe) ses détracteurs l’ont injustement accusé d’être hérétique», a-t-il regretté. À noter qu’une cérémonie similaire s’est déroulée le même jour à Marseille en France, tandis que celle organisée à Ntsudjini s’est déroulée le lendemain.