Les compteurs Sts sont sous le feu des critiques de nombreux usagers. Ces derniers pointent «une surconsommation» qui entraine une hausse inhabituelle des factures. Les autorités, elles, mettent en avant les installations électriques des habitations et des appareils énergivores mais également la fin des délestages. Et surtout la diversification des moyens de production qui assurent désormais une fourniture régulière du courant dans les foyers.

 

La Fédération comorienne des consommateurs (Fcc) dénonce «une hausse des factures des usagers» des compteurs intelligents (Sts) de la Société nationale de l’électricité des Comores (Sonelec). La responsable administrative de cette structure note «une surconsommation » qui impacte le portefeuille des consommateurs depuis l’arrivée de ces nouveaux compteurs. «Les consommateurs qui ont installé ces compteurs dits intelligents se rendent compte d’une consommation beaucoup plus importante, comparée à celle comptabilisée par les anciens compteurs à disque, les Pp1 et les Pp2», a-t-elle souligné.

Tahamida Mzé affirme que les consommateurs déboursent beaucoup plus d’argent qu’avant, ajoutant que les usagers sont confrontés à des recharges multiples au cours d’un mois, citant des crédits avec des tickets de quinze mille, vingt-mille francs, voire même vingt-cinq mille francs. «J’ai même demandé des explications au sein de la société nationale d’électricité concernant le fonctionnement de ces compteurs intelligents, et on m’a répondu que plusieurs clients utilisent des appareils qui consomment beaucoup d’énergie, notamment des chauffe-eaux électriques, des mixeurs et autres», a-t-elle expliqué évoquant un communiqué de la Sonelec selon lequel “les appareils que les usagers utilisent maintenant ne sont pas ceux utilisés avant».

Une inspection difficile des compteurs faute d’équipements
 
De nombreux clients expriment eux aussi la même inquiétude. Ibrahim Ali note une consommation hebdomadaire évaluée à 20 000 francs, pourtant, à l’en croire, il ne dispose «pas d’appareils importants» en termes de consommation. Ce client de la Sonelec affirme que son compteur «était beaucoup économique par rapport au nouveau». Même son de cloche pour Ahmed Idi Soulaimana.  Ce dernier se plaint et se rappelle avec nostalgie des compteurs à disque. «Je ne supporte pas ces compteurs Sts. Je ne comprends pas ce qui se passe», peste-t-il, demandant à la société de procéder à une vérification technique poussée des compteurs Sts.

Mina Housseine, une commerçante, pointe du doigt une consommation excessive. «Avant, je payais 25 000 francs par mois, aujourd’hui, c’est le double, voire même le triple», dénonce-t-elle. Tahamida Mzé va jusqu’à pointer un possible défaut technique, appelle ainsi la société à se pencher sur la question et à régler ces compteurs. «Les consommateurs comoriens ne sont pas des ignorants, ils savent très bien les appareils qu’ils utilisent dans leurs foyers. Avant, on utilisait des groupes électrogènes, maintenant, on alterne avec l’énergie solaire. Au lieu de voir la facture baisser, elle augmente toujours. Les consommateurs d’aujourd’hui sont des personnes instruites. Ils savent analyser la consommation journalière et mensuelle», a-t-elle déploré. Pour la responsable de la Fcc, «il y a forcément quelque chose qui cloche».


Le ministre de l’Energie, interrogé il y a quelques jours sur le sujet, est revenu sur les critiques émises par les usagers, estimant «qu’aucun problème » n’a été détecté. «Le gouvernement n’a aucun intérêt à laisser fonctionner un compteur qui pénalise le consommateur. Il y a eu un travail technique et une inspection avec des agents du service de la métrologie. Les gens consomment de l’électricité parce qu’il n’y a pas de délestages. Le courant est désormais là presque tous les jours. Des appareils sont connectés 24h sur 24h. Tous ces appareils laissés souvent allumés consomment du courant. Avant, on peut faire deux ou trois jours sans courant. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Le courant est là et il y a des habitudes qui changent dans nos foyers», a expliqué Dr Aboubacar Said Anli.


La question des compteurs Sts est allée jusqu’aux oreilles des députés. Le sujet a été évoqué à l’Assemblée, lors d’un séminaire de réflexion animée par le député de Washili, Chatoi Abdou Mohamed. «Pour le moment, nous n’avons pas eu d’informations et aucun suivi n’a été annoncé car la société n‘a pas des instruments pour contrôler les compteurs, paraît-il», a-t-il indiqué. 
Salim Ibouroi, ingénieur de la métrologie, confirme les propos de Chatoi Abdou Mohamed. «Nous n’avons pas d’équipements pour inspecter les compteurs Sts», fait-il savoir.