Le chef de l’Etat a répondu hier aux questions des journalistes à l’occasion d’une conférence de presse organisée peu après la présentation de vœux à la presse au Palais de Beit-Salam. Azali Assoumani a fait le tour de nombreuses questions touchant la vie quotidienne de la population et la gestion normale d’un Etat. Le président est longuement revenu sur l’une des grandes préoccupations des Comoriens à savoir la hausse quasi permanente des prix des produits de première nécessité.
Eviter une rupture de stock des produits
Le dernier bulletin de l’Indice harmonisé des prix à la consommation (Ihpc) évoque une inflation qui frôle les 20% dans certains produits et biens de consommation. Azali Assoumani a reconnu les difficultés quotidiennes posées par la hausse des prix des denrées de première nécessité. Il invite toutefois les citoyens, chacun à son niveau, à veiller sur le respect des prix homologués et à dénoncer ceux qui s’adonnent à des pratiques frauduleuses. «La lutte contre la cherté de la vie est de la responsabilité de nous tous», a-t-il insisté.
A l’entendre, le gouvernement s’est fixé l’objectif d’éviter une rupture de stock des produits dans le pays. «Nous devons nous féliciter des dispositions prises ces derniers temps et qui ont permis d’épargner le pays d’une catastrophe. C’est vrai, les prix augmentent mais nous sommes tous responsables. En ce qui nous concerne, nous nous sommes fixés un objectif cardinal à savoir l’approvisionnement du marché. Nous faisons tout le nécessaire pour qu’il n’y manque rien», a-t-il rappelé. «Maintenant, les prix augmentent. Il y a de nombreux paramètres à prendre en compte. La production a baissé à l’international. Ceux qui produisent cessent d’importer pour faire leurs propres provisions. Et l’impact est immédiat sur les pays importateurs», a souligné Azali Assoumani.
Le mandat de la prochaine présidence de l’Union africaine
S’agissant des solutions à apporter contre la vie chère, le chef de l’Etat n’y voit qu’une seule option prioritaire : la production locale pour limiter les importations, rappelant les effets mécaniques de la loi de l’offre et de la demande. «La rareté des produits aura toujours un impact sur les prix, l’inverse fait aussi l’effet contraire», a-t-il expliqué, promettant de renforcer les conditions nécessaires à un contrôle rigoureux et permanents des prix dans les marchés et les magasins. Mais, insiste-t-il, «c’est le combat de tout le monde, chacun doit y apporter sa contribution. Et surtout, ne venez pas vous plaindre demain si tel est arrêté pour une flagrance».
Sur un autre registre, le président de la République est revenu sur le mandat de la prochaine présidence de l’Union africaine. «C’est une chance pour notre pays», a-t-il d’abord souligné. «Les Comores ont eu le mérite d’être choisies parmi des grandes puissances de l’Afrique de l’Est. C’est une bénédiction divine. Il nous reste maintenant à capitaliser cette honneur faite à notre pays pour diriger le continent africain», a-t-il indiqué, invitant l’ensemble de la classe politique nationale à l’unité et à l’amour de la patrie.
Les acquis démocratiques de ces 20 dernières années
«Cette présidence fait et fera honneur à notre pays. Nous devons entre ensemble, échanger et nous entendre sur la ligne à tracer et les priorités à défendre pour marquer l’histoire de notre pays», a plaidé Azali Assoumani.Au sujet des élections de 2024 et de son éventuelle candidature, le président de la République s’est d’abord félicité de l’adoption récente de nombreux textes censés améliorer l’environnement électoral. «Si j’ai demandé la tenue d’un dialogue politique, c’est pour permettre à toutes les sensibilités de s’exprimer, soumettre leurs propositions pour garantir des élections transparentes en 2024 et éviter les contestations toutes faites», a-t-il indiqué, s’abstenant à donner une réponse directe à sa candidature à la prochaine élection présidentielle. «Il y a eu une investiture le 26 mai 2022, le 26 mai 2006, le 26 mai 2011, le 26 mai 2016, le 26 mai 2019 et le 26 mai 2024 inchallah. Nous devons nous en féliciter. Nous sommes parmi les rares pays qui réussissent à faire passer la main à un nouvel élu à une date bien précise. C’est un fait rare dans le monde, je ne connais pas un pays qui réussit une telle prouesse, peut-être les Etats-unis d’Amérique», a rappelé Azali Assoumani, invitant les acteurs politiques à contribuer à la consolidation des acquis démocratiques de ces 20 dernières années.
Le président a rappelé les chantiers de développement en cours et sa volonté à aller jusqu’au bout pour concrétiser le Plan Comores Emergentes (Pce) à l’horizon 2030. «Soyons unis pour bâtir le pays. Nous devons donc assurer une alternance pacifique en 2024 pour garantir la poursuite harmonieuse du plan de développement du pays», a-t-il insisté, évitant de faire de commentaires après une question d’une journaliste sur le rôle de son conseiller privé, Nour-El Fath Azali, à la fois actif dans les grands dossiers et présent dans les manifestations publiques. Et surtout si le conseiller privé sera candidat. «C’est un conseiller privé, cela relève donc du privé», a-t-il répondu.
Une éventuelle grâce en faveur de l’ancien président Sambi
Revenant sur les jeux des îles de 2027, le chef de l’Etat dit compter d’abord sur l’expertise nationale pour relever ce challenge. Il dit avoir déjà entamé des démarches avec certains partenaires clés. «J’en ai déjà discuté ce matin avec le nouvel ambassadeur de la République populaire de Chine. Nous avons parlé des infrastructures. Je pense que nous pouvons réussir. Mobilisons-nous, tout est possible, nous y travaillons. Et, nous l’espérons bien», a-t-il souligné, annonçant «un programme» dans le secteur du tourisme. L’objectif étant de disposer d’un parc hôtelier à même de répondre aux besoins d’hébergement des différentes délégations. «Tout est sur la table. Il y a la construction de l’hôtel Galawa, d’autres seront réhabilités et renforcés car la grande priorité est de de doter le pays des capacités d’accueil nécessaires», a-t-il promis.
Le président de la République s’est exprimé sur le récent procès sur la citoyenneté économique avec une seule et unique question à savoir une éventuelle grâce en faveur de l’ancien président Sambi. «Chaque chose à son temps», a-t-il répondu, rappelant tout de même «la gravité du programme de vente des passeports» ainsi que «le préjudice moral subi par le pays». Pour le chef de l’Etat, «les Comores ont été humiliées et exposées à une insécurité» à l’international. «Un terroriste avec un passeport comorien, un violeur avec un passeport comorien, un criminel avec un passeport comorien, vous savez c’est ce que cela représente en termes d’image pour un pays», a-t-il interrogé, exprimant à demi-mot sa tristesse.
Enfin, Azali Assoumani est revenu sur la loi portant conditions d’éligibilité du chef de l’Etat, notamment l’obligation de renoncer à la nationalité étrangère pour pouvoir briguer la magistrature du pays. «Notre pays ne fait pas l’exception. Bien de Nations démocratiquement avancées posent de conditions encore plus strictes que les nôtres pour devenir président par mesure de sécurité en raison de la sacralité de la fonction. Nous reconnaissons l’apport inestimable de notre diaspora. Mais la fonction de président doit être sécurisée. Ceux qui veulent gouverner le pays doivent abandonner leurs nationalités étrangères pour éviter un mélange de genres pouvant exposer le pays à une forme d’insécurité incontrôlable», a-t-il expliqué.