Le ministre de l’Intérieur, Mohamed Ahamada Assoumani, a ouvert hier mercredi 19 juillet à Moroni «un forum régional» de deux jours sur «la lutte contre la criminalité organisée et le trafic de stupéfiants dans les pays de l’Océan Indien». La cérémonie s’est déroulée en présence du gouverneur de Ngazidja, des membres du gouvernement, des représentants du corps diplomatique accrédités aux Comores, ainsi que de plusieurs membres des forces de sécurité.


Dans son discours d’ouverture officielle, le ministre de l’Intérieur a d’abord exprimé sa gratitude envers le Royaume d’Arabie saoudite et l’Université arabe Naef des sciences de la sécurité pour avoir choisi les Comores comme pays hôte de ce forum international. «Aucun État, quelle que soit sa taille ou ses capacités, ne peut faire face à lui seul aux nouvelles formes de criminalité organisée et des trafics internationaux», a souligné le ministre, précisant que la criminalité s’adapte aux mutations de notre monde.

Intensifier l’échange d’expériences

Le ministre a appelé tous les pays de la région et les partenaires au développement à unir leurs forces afin de perfectionner les systèmes juridiques et sécuritaires, et d’intensifier l’échange d’expériences et de bonnes pratiques. «Ce forum international a été pensé et conçu comme une plateforme scientifique et professionnelle de dialogue de haut niveau. Il doit nous permettre de bâtir des ponts durables entre les forces de sécurité, les institutions judiciaires, les services de renseignements, les unités de lutte contre le trafic des drogues et la criminalité, ainsi que la communauté scientifique représentée par les chercheurs et centres de recherche», a annoncé le ministre Mohamed Ahamada Assoumani.


Il a également énuméré les différents thèmes qui seront débattus au cours de ces deux jours de travaux, citant «l’analyse des évolutions des réseaux criminels et l’expansion alarmante des drogues synthétiques et des substances psychoactives modernes. L’intégration des technologies de pointe et de l’intelligence artificielle dans les dispositifs de surveillance, d’investigation et d’analyse. Le renforcement des souverainetés nationales, du cyber sécurité et l’amélioration des mécanismes de partage d’informations en temps réel. La consolidation des cadres juridiques de coopération régionale et internationale».


Le ministre de l’Intérieur a, par ailleurs, brossé un tableau préoccupant de la situation des trafics de stupéfiants aux Comores, affirmant que ces derniers sont en nette augmentation. «La situation en Union des Comores est malheureusement caractérisée par une augmentation du trafic de stupéfiants, du trafic illicite de migrants, de la traite des personnes, du blanchiment de capitaux, de la fraude documentaire, du trafic d’espèces protégées, de la criminalité financière et de la cybercriminalité». 

Une augmentation des trafics 

Pour illustrer la gravité de la situation, le ministre a révélé qu’en 2025, «près de 64 % des procédures judiciaires engagées par nos services concernaient le trafic illicite de migrants, faisant de cette activité la principale expression de la criminalité organisée identifiée dans notre pays».En ce qui concerne les drogues, Mohamed Ahamada Assoumani a annoncé des saisies record de cannabis enregistrées en 2024 et 2025 s’élevant à plus de « 600 kg ». Celles de la drogue de synthèse (appelée localement «chimique» ou «shiite»), de cocaïne, d’héroïne et de résine de cannabis inexistantes il y a encore quelques années approchent désormais la «centaine de kilogrammes». Pour le ministre, «ces données confirment que les Comores demeurent exposées aux nouvelles routes régionales du trafic». Ces flux proviennent des quatre coins du monde. 


Le ministre a tiré la sonnette d’alarme face à la hausse de la consommation de stupéfiants. Pour lui, au-delà des chiffres, ce sont les réalités humaines qui doivent interpeller : «Les données montrent que la consommation de stupéfiants touche désormais des personnes âgées de 14 à 70 ans, révélant que cette menace dépasse largement le seul cadre de la jeunesse, même si cette catégorie reste la plus touchée».


Pour finir, le ministre a réaffirmé l’ambition du gouvernement du président Azali Assoumani de «faire des Comores un acteur pleinement engagé dans la sécurité collective de l’océan Indien et de la région». Il a rappelé que la responsabilité collective est de « bâtir une communauté régionale de sécurité fondée sur la confiance, le partage du renseignement, la formation, l’innovation et le respect du droit. L’océan Indien ne doit pas devenir un corridor de la criminalité organisée. Il doit demeurer un espace de paix, de coopération, de prospérité et de stabilité».
De son côté, le secrétaire du Conseil suprême de l’Université arabe Naef des sciences de la sécurité et vice-président chargé des relations extérieures, Khalid Alharfash, a rappelé que le rapport 2025 de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (Onudc) indique que l’instabilité mondiale a contribué à exacerber le problème de la drogue et à renforcer les capacités des groupes criminels, ce qui a entraîné une augmentation des taux d’abus et de trafics de drogues. Il a insisté sur les défis liés à la lutte contre la criminalité organisée, particulièrement dans les zones maritimes comme l’océan Indien.


Enfin, pour le chef du bureau de l’Onudc, Mostafa Ibrahim Elbanna, l’Océan Indien occupe «une place stratégique dans l’économie mondiale». Il a précisé que son agence constate quotidiennement des trafics de tout genre. Le fonctionnaire international s’inquiète de la prolifération de nombreuses formes de fléaux qui tirent leurs sources sur seulement sur le trafic de drogue, citant plus précisément le trafic d’armes, de migrants, de blanchiment d’argent, de piraterie, de pêche illégale et d’autres activités criminelles.