Face à la grève contre la hausse des prix du carburant, le gouvernement comorien appelle à reprendre les négociations, dénonce une instrumentalisation politique et annonce l’arrestation de 26 jeunes lors des troubles enregistrés dans plusieurs localités.

 


Trois jours après le lancement de la grève initiée par le syndicat des chauffeurs Usukani wa Masiwa, soutenu par le Synaco (Syndicat national des commerçants), le gouvernement comorien est sorti de son silence. Hier mercredi dans l’après-midi, les autorités ont convié la presse à une conférence organisée au Secrétariat général du gouvernement. Elles appellent au calme suite aux perturbations qui animent plusieurs localités du pays, dont la capitale Moroni. Selon le gouvernement, aucun compromis n’a encore été trouvé avec les grévistes.


Prenant la parole en premier, le ministre de l’Énergie, Aboubacar Saïd Anli, est revenu sur les raisons ayant conduit le gouvernement à augmenter les prix du carburant. Il a expliqué que cette hausse est liée au contexte international. Selon lui, «les Comores subissent les conséquences de la guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël », évoquant notamment les perturbations provoquées par la fermeture du détroit d’Ormuz, axe stratégique du commerce pétrolier mondial. 

«Nous n’avons pas fermé les portes»

Le ministre a affirmé que le gouvernement avait été contraint d’augmenter les prix du carburant tout en mettant en place «des mesures d’accompagnement» destinées à atténuer l’impact de cette décision sur la population. De son côté, le secrétaire général du gouvernement, Nour El-Fath Azali, a indiqué que cette décision avait été prise après plusieurs échanges avec différentes parties, notamment le Synaco et Usukani wa Masiwa. «Nous n’avons pas fermé les portes. Nous allons prendre d’autres mesures», a-t-il déclaré, tout en affirmant que le gouvernement restait ouvert au dialogue. Il a également exprimé son incompréhension face à l’ampleur actuelle de la contestation. «Nous nous demandons d’où vient cela ? », s’est-il demandé. Il a  fait savoir que « les discussions se poursuivent avec les organisations en grève», même si aucun compromis n’a été trouvé jusqu’à présent.


Le ministre de l’Intérieur, Mohamed Ahmed Assoumani, a quant à lui dénoncé ce qu’il qualifie de  «manipulation politique» derrière les mouvements de contestation. Revenant sur les négociations menées avec les syndicats, il a affirmé qu’aucun accord n’avait été conclu et que les discussions se poursuivaient. Il a appelé à la fin des troubles et assuré que les forces de sécurité étaient «mobilisées pour protéger les commerçants souhaitant ouvrir leurs boutiques ainsi que les automobilistes désirant circuler librement ».

Mohamed Ahmed Assoumani a également annoncé plusieurs arrestations dans les zones où des barricades avaient été érigées. Parmi les personnes interpellées figureraient des «mineurs âgés de 13 et 14 ans manipulés par des membres de l’opposition». Le ministre de l’Intérieur a fait état de «26 jeunes actuellement aux mains des forces de l’ordre».


De son côté, le ministre de la Justice, Mouhamed Nourouddine Afraitane, a adopté un ton plus ferme. Selon lui, la grève «ne suit pas les normes » et constitue «une atteinte à l’ordre public». Il a rappelé que le gouvernement demeure garant de l’ordre public et a averti que toute personne impliquée dans des «attroupements illégaux» et arrêtée par les forces de l’ordre sera traduite devant la justice.