Par un arrêté conjoint signé le mardi 5 mai, le gouvernement comorien a officialisé une hausse des prix des produits pétroliers à la pompe. Si l’État a déjà promis de "geler' les tarifs de l’eau et de l’électricité, la révision des prix des trois produits suscite une inquiétude du côté des consommateurs qui craignent une hausse du coût de la vie.
Le gouvernement a rendu public, samedi dernier, l’arrêté conjoint signé le mardi 5 mai par les ministres des Finances, de l’Économie et de l’Énergie, portant fixation des prix de vente au détail des produits pétroliers sur l’ensemble du territoire national. Selon l’article 2 de cet arrêté, les prix à la pompe ont été revus à la hausse. Le pétrole lampant passe de 350 à 650 francs le litre, le gasoil de 650 à 950 francs le litre, et l’essence de 750 à 1 000 francs le litre. Soit une augmentation d’environ 300 francs pour le gasoil, 250 francs pour l’essence, et 100 francs pour le pétrole lampant.
Le gouvernement justifie cette décision par l’article 4 de l’arrêté, qui évoque l’évolution des cours internationaux et les «impératifs économiques nationaux». L'arrêté prévoit une éventuelle révision à la baisse en cas de conjoncture favorable et en fonction de la situation globale du pays. «Ces prix peuvent être révisés périodiquement en fonction de l’évolution des cours internationaux et des impératifs économiques nationaux», stipule l’article 4 dudit arrêté.
Pas de hausse de l'électricité et de l'eau
En réaction à cette annonce, la Fédération comorienne des consommateurs (Fcc) a dénoncé des hausses variant de 29 à 46 % selon les produits, appliquées brutalement, et a exprimé ses craintes quant «au non-respect» des tarifs officiels par les vendeurs et prestataires. «Les prix fixés par arrêté ne seront pas ceux que paieront réellement les Comoriens. Dans un contexte marqué par des ruptures de stock récurrentes et une culture de la spéculation solidement ancrée, le carburant vendu à 950 francs à la pompe risque d'être revendu au détail entre 1 500 et 2 000 francs le litre, selon des connaisseurs du secteur. «Le pétrole lampant, utilisé par les foyers les plus modestes, suivra la même logique», croient savoir les mêmes connaisseurs. «L’État le sait. Il n’a ni les moyens ni la volonté politique d’enrayer cette situation», souligne la Fcc dans son communiqué, publié samedi 9 mai.
Certains s’attendaient aussi à une révision à la hausse du prix du kilowattheure et du mètre cube d’eau. Interrogée sur la possibilité d’une flambée du prix du kilowattheure, l’Autorité de régulation indépendante des secteurs de l’énergie et de l’eau, institution habilitée à fixer les barèmes tarifaires conformément au décret n°25-124/PR du 6 juin 2025, a assuré que le tarif de l’électricité ne sera pas revu à la hausse par la société nationale d’électricité, la Sonelec. «L’État envisage de mettre en place une subvention de deux milliards de francs comoriens au profit de la Sonelec afin de maintenir les tarifs actuels. Il s’agit d’une mesure destinée à accompagner la population, comme l’a annoncé le chef de l’État dans son discours», a fait savoir le directeur général dudit régulateur, Saïd Mohamed Nassur.
Quant au prix de l’eau, il assure également que la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede) ne procédera à aucune hausse tarifaire. «Il s’agit également d’une mesure d’accompagnement. Toutefois, nous allons engager des discussions avec les propriétaires de camions-citernes afin qu’ils n’appliquent pas des augmentations insupportables, puisqu’ils pourraient être impactés par la nouvelle tarification des produits pétroliers», a-t-il dit.
Reste à savoir si les mesures d’accompagnement annoncées suffiront à contenir l’inflation qui pèse sur les ménages et l’ensemble des secteurs de l’économie comorienne.




