En marge de la cérémonie commémorative de l’Accord-cadre de Fomboni qui s’est ténue ce mardi 17 février, à Fomboni, trois acteurs historiques présents lors des négociations sont revenus sur cette période charnière et ont livré chacun leur message.
Houmed Msaidie, ancien ministre et témoin direct des événements, a expliqué que la période fut particulièrement éprouvante. «Cela n’a pas été facile d’arriver là où nous en sommes aujourd’hui. Le pays traversait une crise grave. Certains voulaient que les trois îles se détachent pendant que d’autres proposaient une confédération. Mais nous étions nombreux à défendre l’unité nationale», se rappelle-t-il, avant d’ajouter qu’»à la fin des années 1990, les tensions politiques et institutionnelles avaient conduit à une remise en cause profonde de l’État central. Les revendications séparatistes, notamment à Ndzuani mettaient à rude épreuve la cohésion nationale. Dans ce contexte explosif, la voie du dialogue n’allait pas de soi. Nous avons traversé des moments de grande incertitude mais nous avons compris que la solution ne pouvait être ni militaire ni autoritaire. Elle devait être politique», a-t-il indiqué. Houmed M’saidie a également insisté sur le rôle déterminant joué par le président de la République, Azali Assoumani, dans la consolidation du processus de réconciliation. «Le sens du dialogue et la volonté d’aboutir à un compromis ont été essentiels. Aujourd’hui encore, si nous voulons faire avancer notre pays, nous devons privilégier la concertation », a-t-il précisé.
Pour sa part, Said Ali Bacar, originaire de Ndzuani, les Accords de Fomboni représentent bien plus qu’un simple texte juridique. «Il y a 25 ans, ici même, à Fomboni, nous avons pris une décision historique. L’Accord-cadre pour la réconciliation nationale n’était pas qu’un document politique. C’était un engagement collectif pour sauver la Nation», a-t-il mentionné avant de poursuivre. «A l’époque, la fracture entre les îles semblait profonde mais heureusement nous avons compris que personne ne gagnerait dans la division. L’intérêt supérieur du pays a primé sur les ambitions personnelles ou insulaires», s’est-il remémoré. Said Ali Bacar a saisi l’occasion pour rendre hommage à tous les acteurs, qu’ils soient institutionnels organisationnels ; nationaux ou internationaux, qui ont contribué à la réussite et à l’aboutissement de cet accord. «Je rends aujourd’hui un hommage solennel à mes collègues signataires de cet accord, vivant ou disparus. J’exprime aussi ma profonde reconnaissance pour le choix courageux qu’ils ont fait en privilégiant le dialogue», a-t-il déclaré, avant d’ajouter. «Je tiens également à remercier les colonels, Azali Assoumani et Said Abeid Abderemane sans oublier Mohamed Bacar, dont la participation et la contribution à cette discussion a permis d’ouvrir le dialogue», devait-il noter.
De son côté, Chamsi Bounou, notable représentant de Mwali, a insisté sur l’enjeu principal qui était de restaurer la confiance. «Nous sortions d’une période d’instabilité et de suspicion. Il fallait recréer un climat de confiance entre les îles et réaffirmer notre volonté de vivre ensemble. Le compromis trouvé à Fomboni n’était pas parfait, mais il était indispensable car il aura permis d’éviter l’éclatement du pays et donné une chance à la paix», a-t-il témoigné, rappelant que «la réconciliation ne se limite pas à la signature d’un texte, mais qu’elle exige un engagement constant en faveur du dialogue et du respect des institutions ».À l’heure où les Comores font montre d’une résilience sur le plan politique et institutionnelle, le message des acteurs de 2001 résonne avec force : «l’unité nationale se construit et se préserve chaque jour, par la responsabilité, la concertation et la volonté commune de bâtir un avenir partagé».



